Afrique Sub-Saharienne

  • Les petites exploitations agricoles face au changement climatique

    Julien Chongwang

    24/10/16

Lecture rapide

  • La résilience concerne les systèmes de production et les moyens d’existence des populations

  • L’agroécologie et la gestion de l’eau occupent une bonne place parmi les prescriptions

  • La prise en compte de la différence entre hommes et femmes est aussi jugée nécessaire

A l’occasion de la journée mondiale de l’alimentation qui s'est célèbrée le 16 octobre, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a produit un rapport intitulé "La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture : changement climatique, agriculture et sécurité alimentaire".
 
Dans ce document de 234 pages, un chapitre entier est consacré à un ensemble d’indications en vue de l’adaptation des petites exploitations agricoles au changement climatique.
 
Car, pour la FAO, "on ne pourra pas éliminer la pauvreté dans le monde sans renforcer la résilience des petites exploitations agricoles face aux incidences du changement climatique".
 

“On ne pourra pas éliminer la pauvreté dans le monde sans renforcer la résilience des petites exploitations agricoles face aux incidences du changement climatique”

FAO

 
Et selon ce rapport, l’adaptation est perçue aussi bien du point de vue de la résilience des systèmes de production agricole que de celui de la résilience des moyens d’existence des populations vulnérables.
 
Pour ce qui est de la résilience des systèmes de production, il est recommandé de recourir à l’intensification durable, à l’agroécologie et à la gestion efficace de l’eau.
 
L’intensification durable permet de renforcer la productivité, de baisser les coûts de production, d’accroître et de stabiliser les bénéfices tirés de la production, tout en préservant les ressources naturelles, en réduisant les incidences négatives sur l’environnement et en renforçant le flux des services écosystémiques.
 
"Dans le cadre de ce modèle, on applique les intrants externes appropriés au bon moment et dans la bonne quantité sur des variétés de cultures améliorées qui sont résilientes au changement climatique et utilisent plus efficacement les éléments nutritifs, l’eau et les intrants externes", prescrit le rapport.
 
En ce qui concerne l’agroécologie qui est l’application des principes de l’écologie aux systèmes agricoles, elle vise entre autres à "accroître le recyclage de la biomasse, en vue d’optimiser la décomposition de la matière organique et le cycle des éléments nutritif".
 
Sur ce point, la FAO prescrit aussi une prise en compte des connaissances locales et traditionnelles afin de créer des solutions adaptées aux besoins des agriculteurs.
 
Modification de la pluviométrie
 
Quant à la gestion efficace de l’eau enfin, il s’agit de prendre en considération la pénurie ou l’excès d’eau, compte tenu de ce que le changement climatique entraîne une modification de la pluviométrie.
 
"Dans les systèmes non irrigués, qui représentent 95 % des terres agricoles en Afrique subsaharienne, l’amélioration de la gestion des eaux de pluie et de l’humidité du sol est la clé pour accroître la productivité et réduire les pertes de rendement lors des périodes sèches et des périodes où les précipitations sont variables", indique le rapport qui cite un ouvrage de T. Oweis paru en 2014.
 
Et d’ajouter : "l’irrigation d’appoint, qui suppose de collecter les eaux de ruissellement ou de puiser dans les nappes phréatiques peu profondes, est une stratégie importante pour l’amélioration de la productivité de l’eau dans l’agriculture pluviale, mais elle reste sous-utilisée".
 
De l’autre côté, la résilience des moyens de production peut se faire de quatre manières essentielles dans les petites exploitations : la diversification, l’appui à la gestion des risques, la réduction des inégalités entre les sexes et les migrations.
 
Selon le document, la diversification peut consister à "à ajouter des variétés et espèces végétales, ou des races animales, dans les exploitations ou les communautés agricoles" ou à "mener différentes activités agricoles et non agricoles – par exemple en combinant des activités sur le lieu d’exploitation et un travail agricole saisonnier ailleurs, en prenant un emploi en ville, en transformant des produits agricoles ou en ouvrant un magasin".
 
Vulnérabilité
 
Sur le plan de l’appui à la gestion des risques, "les subventions relatives aux intrants agricoles peuvent aussi avoir une fonction de protection sociale en contribuant à réduire la vulnérabilité des petits exploitants face à l’instabilité des prix", peut-on lire dans le rapport qui souligne également que "des données factuelles recueillies en Amérique latine et en Afrique subsaharienne montrent les effets positifs évidents que la protection sociale a en termes de sécurité alimentaire".
 
Il est aussi recommandé aux responsables politiques de tenir compte des différences entre les sexes lorsqu’ils conçoivent les interventions visant à renforcer la résilience des moyens d’existence ruraux.
 
"Par exemple, apprend-on, les informations sur le moment où vont commencer les pluies sont importantes pour les agriculteurs au Sénégal étant donné que les hommes ont un accès prioritaire aux animaux en vue de la préparation des champs ; les femmes n’ont pas la capacité d’agir sur la base de ces informations et préfèrent les prévisions concernant la fin des pluies et les périodes sèches".
 
Enfin, concernant les migrations, il ressort d’une étude réalisée en 2010 par l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED) que "des centaines de millions de personnes pourraient se voir contraintes de fuir leur foyer en conséquence de pressions climatiques et environnementales d’ici à 2050".
 
A ce sujet, le rapport note que "un aspect particulièrement intéressant pour ceux qui définissent les politiques de développement est la possibilité de voir les migrants qui vivent déjà en dehors des zones vulnérables aider leurs communautés d’origine à s’adapter et à faire face au changement climatique."