Afrique Sub-Saharienne

  • Flickr / Biodiversity International

  • Un centre d’appels en langues locales pour les planteurs du Togo

    Raphaël Djamessi

    15/05/17

Lecture rapide

  • Le paysan appelle pour avoir toutes sortes d’infos : météo, conseils, prix des denrées…

  • Il donne aussi l’alerte dès l’apparition d’un ravageur, ce qui fait agir les autorités

  • Cette application va réduire le déficit d’informations chez les producteurs illettrés

Une équipe de développeurs togolais vient de rendre opérationnel un centre d’appels en langues locales pour permettre aux agriculteurs analphabètes d’accéder aux informations agricoles en temps réel.
 
Les agriculteurs peuvent notamment y recueillir des informations relatives à la météo, aux bonnes pratiques culturales ainsi qu’au marché agricole.
 
"Les différents services que nous leur proposons sont notamment les informations météo en fonction de leur situation géographique, l’évolution des coûts des produits agricoles et les opportunités d’affaires", précise Edeh Dona Etchri, l’initiateur de cette application.
 
"Ces informations peuvent leur permettre d’améliorer leurs performances agricoles, de vendre ou acheter leurs produits au juste prix et d’éviter des pertes de production" ajoute-t-il.
 

“L’existence de ce dispositif d’alerte précoce pourra nous permettre de vite circonscrire les attaques d’un ravageur dans une zone une fois que nous l’aurons identifié”

Mondjonesso Gomina
Chercheur, Université de Lomé

 
 
Ce centre d’appel est une des composantes d’une plateforme numérique destinée au monde agricole et dénommé "e-agribusiness".
 
A en croire Edeh Dona Etchri, l’objectif de cette plateforme est de "favoriser l’inclusion technologique et financière des acteurs du secteur agricole qui, avec l’évolution numérique actuelle, sont de plus en plus marginalisés".
 
Car, selon le rapport 2013 de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) sur le Togo, 46% des agriculteurs togolais sont des analphabètes et seulement 4,4% de ceux qui sont instruits ont atteint le troisième degré.
 
Ce faible taux d’instruction de la population agricole empêche, selon ce rapport, les agriculteurs d’accéder aux informations fiables lorsqu’elles sont disponibles.
 
Aussi Edeh Dona Etchri pense-t-il que ce centre d’appel contribuera à réduire ce déficit d’informations, non seulement au niveau des agriculteurs, mais aussi au niveau de l’Etat.
 
"Notre plateforme propose, en effet, une interface qui apporte des réponses aux préoccupations des agriculteurs, peu importe leur lieu de résidence. Elle peut donc constituer une base de données qui permette à l’Etat de disposer d’informations fiables sur le secteur pour ses prises de décisions" souligne-t-il.
 
Alerte
 
Outre les informations agricoles, les agriculteurs peuvent également bénéficier, à travers le centre, de l’accompagnement des experts (ingénieurs agronomes ou des chercheurs) par rapport aux techniques culturales adaptées au sol, aux techniques de conservation et de stockage des récoltes ou à la lutte contre les ravageurs identifiés.
 
Ce d’autant plus que "avec le dérèglement du climat, les agriculteurs rencontrent de plus en plus de difficultés à définir un planning fixe pour leurs activités ; ce qui réduit considérablement leur productivité", dit Edeh Dona Etchri.
 
"Ils ont également la possibilité de nous informer de l’existence d’un ravageur dans une zone donnée, ce qui nous amène à créer une alerte au niveau de nos laboratoires partenaires pour permettre d’identifier le ravageur et proposer des moyens de lutte adaptés" précise Bella Nabede, la chargée des opérations de la plateforme.
 
Pour Mondjonesso Gomina, chercheur au laboratoire d’entomologie appliquée de l’Université de Lomé, cette dernière fonctionnalité permettra de limiter les dégâts causés par certains ravageurs.
 
"L’existence de ce dispositif d’alerte précoce pourra nous permettre de vite circonscrire les attaques d’un ravageur dans une zone une fois que nous l’aurons identifié", dit-il.
 
"Car, poursuit-il, c’est parfois parce que nous ne sommes pas vite informés des invasions que les pertes subies sont énormes au niveau des agriculteurs".
 
Il faut rappeler que l’appel au niveau du centre est facturé à 170F CFA/min (environ 0,25 euros) quel que soit le réseau de téléphonie mobile utilisé.
 
La plateforme "e-agribusiness" dispose d’autres canaux d’informations, notamment un site web, une application mobile, les services SMS, etc.