Afrique Sub-Saharienne

  • Découverte des marqueurs génétiques de maladies virales du manioc

    Esther Nakkazi

    18/09/17

Lecture rapide

  • Deux maladies affectant le manioc pourraient entraîner des pertes de 100%

  • Des scientifiques ont identifié les marqueurs génétiques pour lutter contre ces maladies

  • Cette découverte pourrait conduire à des variétés de manioc local plus résistantes

[KAMPALA] Des scientifiques ont identifié des marqueurs génétiques résistant à deux maladies virales mortelles chez certaines variétés de manioc originaires d'Afrique de l'Est.
 
Selon les chercheurs, les variétés de manioc - Namikonga et Albert - qui sont génétiquement liées à une variété d'Afrique de l'Ouest - le TME117 - sont préférées par les agriculteurs en Tanzanie et ont été cultivées pendant des décennies dans des zones du pays exposées à des maladies.

“L'identification des marqueurs d'ADN associés à la résistance aux maladies les plus importantes du manioc établit une base pour la sélection assistée par marqueurs.”

Morag Ferguson
IITA - Kenya


La striure brune de manioc (CBSD en anglais, pour Cassava Brown Streak disease) et la maladie du virus de la mosaïque du manioc (MVMM) dévastent la production de manioc en Afrique. Les infections sévères à la CBSD peuvent entraîner des pertes de rendement de 70 à 100% et pour la MVMM, la perte de rendement pourrait atteindre 95%, selon l'Institut international d'agriculture tropicale (IITA).
 
La MVMM est répartie dans toute l'Afrique, alors que la CBSD, précédemment connue pour être une maladie affectant les zones de faible altitude limitées aux plaines côtières de l'Afrique de l'Est, a été signalée dans certaines zones de moyenne à haute altitude, le long du lac Victoria et de l'Afrique centrale. Les spécialistes redoutent une propagation vers l'Afrique de l'Ouest.
 
"L'identification des marqueurs d'ADN associés à la résistance aux maladies les plus importantes du manioc établit une base pour la sélection assistée par marqueurs", écrit Morag Ferguson, l'un des co-auteurs de l'étude, publiée dans la revue Theoretical and Applied Genetics, du 13 juillet dernier.
 
"L'utilisation de marqueurs dans la reproduction augmente l'efficacité et l'exactitude de la reproduction. Elle permet une sélection précise de la progéniture, à partir d'un croisement avec la combinaison souhaitée de gènes pour une double résistance CBSD/CMD", ajoute Morag Ferguson, sélectionneur à l'IITA, au Kenya.
 
Les chercheurs, venus du Kenya, de l'Afrique du Sud, de la Tanzanie et des États-Unis, ont croisé les deux variétés locales de manioc – le Namikonga, résistant à la CBSD et Albert, résistant aux MVMM - grâce à la pollinisation manuelle, ce qui a donné naissance à des marqueurs génétiques résistant aux deux maladies mortelles.
 
Morag Ferguson explique que l'équipe a semé les plantes hybrides pendant les saisons 2013 et 2014 dans deux régions de la Tanzanie connues pour être des régions à risque de la maladie et a évalué leur potentiel de résistance à la CBSD et à la MVMM.
 
Dans une étude connexe publiée le mois dernier (29 août), une équipe de scientifiques, dont Morag Ferguson, a constaté que la variété Namikonga comporte des gènes qui limitent la multiplication du virus qui cause la CBSD, réduisant ainsi la progression de la maladie.
 
Selon la dernière étude dans la revue Research Reports, les résultats offrent des occasions de mener des recherches avec le "but ultime de développer des biomarqueurs robustes pour les cultivateurs de manioc afin de développer une résistance durable à la CBSD".
 
Morag Ferguson déclare à SciDev.Net que les marqueurs identifiés pour les deux maladies pourraient stimuler la culture dans les pays producteurs de manioc comme le Nigeria, le plus grand producteur du monde.
 
Commentant l'étude antérieure, Harriet Muyinza, chercheur principal de l'Organisation nationale de recherche agricole (Ouganda), a déclaré à SciDev.Net : "C'est une bonne nouvelle. Ces gènes peuvent également être partagés dans toute la région pour améliorer les variétés locales de manioc.
 
"Cela peut être amélioré avec d'autres caractéristiques telles que le rendement, le goût et la résistance à d'autres facteurs de stress biologique".
 
Cet article a été rédigé par le desk Afrique Anglophone de SciDev.Net