Afrique Sub-Saharienne

  • Un portail pour gérer les mauvaises herbes dans les champs

    Julien Chongwang

    26/09/16

Lecture rapide

  • WIKWIO est un site web qui recense les mauvaises herbes et la façon de les gérer

  • Les acteurs du monde agricole y partagent les connaissances de manière collaborative

  • La plateforme compte s’appuyer sur l’expérience de ses utilisateurs pour s’améliorer

Des chercheurs d'horizons divers viennent de mettre au point un outil collaboratif de reconnaissance et de gestion de la flore adventice, ces plantes spontanées qui font concurrence aux cultures dans les champs.
 
Baptisé WIKWIO, cet outil "vise à aider les agriculteurs à mieux connaître ces mauvaises herbes, afin de mieux les gérer pour limiter les pertes de rendements", selon un article publié par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD).
 
WIKWIO est l’acronyme de "Weed identification and knowledge in the western indian ocean" ; ce qui signifie en français "Identification et connaissance des adventices de l’ouest de l’océan indien".
 

“WIKWIO se pose comme une interface, un milieu de socialisation entre les agriculteurs, les encadreurs, les vulgarisateurs et les techniciens pour échanger leur savoir-faire et répondre aux questionnements pour une gestion efficace de telle ou telle espèce adventice de culture”

Ibrahim Yahaya
Centre national de documentation et de recherche scientifique (CNDRS), Comores

 
Concrètement, cet outil se présente sous la forme d’un portail internet qui recense les mauvaises herbes et donne des informations utiles sur chacune d’elles.
 
"Ces informations portent sur leurs caractéristiques botaniques, leur biologie, leur écologie, leur répartition, leur nuisibilité dans différentes régions et différents systèmes de cultures et les moyens de lutte mis en œuvre dans différentes situations", explique Thomas Le Bourgeois, chercheur au CIRAD et coordinateur de ce projet.
 
Ce dernier ajoute que "toutes ces informations sont validées par des experts. Un module de documentation met à disposition différents documents scientifiques et/ou techniques portant sur les adventices tropicales et le désherbage".
 
Pour l’heure, plusieurs centaines d’espèces de mauvaises herbes sont déjà répertoriées sur le site avec leurs photos prises sous différents angles pour permettre de les reconnaître au simple coup d’oeil.
 
Car, d’après ses concepteurs, ce site web peut être utilisé par n’importe qui : agriculteur, agent de développement, étudiant, enseignant, agronome, chercheur, etc.
 
Le visiteur pouvant soit être simplement à la recherche d’informations sur une espèce donnée, soit être intéressé à collaborer à cette plateforme ; par exemple en faisant des commentaires, en apportant des informations supplémentaires, en déclarant de nouvelles espèces de mauvaises herbes, etc.
 
Toujours est-il que dans ce dernier cas il devrait s’inscrire et devenir en conséquence membre du réseau qui compte déjà 700 personnes. Cette inscription lui permettrait de bénéficier des deux instruments mis en œuvre dans le cadre de ce programme. L’un pour permettre l’identification des mauvaises herbes, et l’autre pour observer directement les plantes dans les champs, en vue de leur mise en ligne.
 
Intérêt
 
Pour Thomas Le Bourgeois, l’intérêt de cet outil est que "pour l'agriculteur, il s'agit de gérer l'enherbement de ses parcelles à court terme pour limiter les pertes de rendement de ses cultures et à plus long terme pour maintenir le potentiel de production de son exploitation".
 
Car, ajoute-t-il, "un enherbement mal maitrisé à long terme peut amener un agriculteur à abandonner ses parcelles devenues incultivables à cause de la pression de compétition exercée par les mauvaises herbes".
 
L’idée de ce portail collaboratif est d’ailleurs née "du constat du manque d'information disponible sur ce sujet alors qu'un grand nombre d'acteurs possèdent des connaissances parfois très poussées, acquises de façon empirique après des années de terrain ou de façon scientifique".
 
Dès lors, "le portail WIKWIO se pose comme une interface, un milieu de socialisation entre les agriculteurs, les encadreurs, les vulgarisateurs et les techniciens pour échanger leur savoir-faire et répondre aux questionnements pour une gestion efficace de telle ou telle espèce adventice de culture", constate Ibrahim Yahaya du Centre national de documentation et de recherche scientifique (CNDRS) aux Comores.
 
L’intéressé martèle au passage que "le problème d’enherbement pose des difficultés énormes aux agriculteurs africains qui, en général, pratiquent un désherbage manuel, long dans la durée et pénible physiquement. L’agriculteur doit consacrer plus de 50% de son temps depuis le débroussage jusqu’à la récolte pour désherber et nettoyer son champ. Le non-désherbage ou le mauvais désherbage ayant des conséquences directes désastreuses sur sa récolte."
 
Révolution
 
C’est pour cela que Paul Andrianaivo, malherbologue et coordinateur national du projet WIKWIO à Madagascar, trouve que l’avènement de cette plateforme est une révolution.
 
"Quand le secteur agricole avait des problèmes et que l'on était à la recherche d’explications et de solutions, dit-t-il, il fallait suivre tout un processus pour pouvoir agir ; ce qui est trop lourd pour des situations qui nécessitent des interventions immédiates ; je m'exprime là en tant que phytopathologiste-malherbologue. Mais avec la plateforme WIKWIO, tout est presque à portée de main : documents, photos, questionnements à temps réel, solutions, etc."
 
Reste que l’utilisation de ce portail peut se révéler un peu compliquée dans le contexte africain du fait de plusieurs facteurs allant de la qualité de la connexion internet au problème des langues utilisées en passant par les noms scientifiques des mauvaises herbes qui ne sont pas toujours d'usage.
 
Aussi, Paul Andrianaivo, suggère-t-il d’envisager "une version en langue locale pour le commun des mortels" ; tandis qu’aux Comores, on prévoit de contourner la difficulté d’accès à internet en produisant un manuel qui sera un guide local sur la connaissance et la gestion des adventices des cultures.
 
Quoi qu’il en soit, réagit Thomas Le Bourgeois, "cet outil est en évolution et amélioration permanentes, notamment en fonction des retours d'expérience des membres et utilisateurs du portail".