Afrique Sub-Saharienne

  • Fiara 2014: Un outil contre l'aflatoxine

    Jean Shiloh

    18/03/14
Au Sénégal, l’huile d’arachide produit artisanalement en milieu rural comporte de l’aflatoxine, un produit cancérigène pour l’homme. Sur financement de la Banque Mondiale, des tables de traitement seront distribuées aux producteurs pour fabriquer une huile de meilleure qualité.
 
La trituration artisanale de l’arachide est une activité largement répandue dans le bassin arachidier, au centre du pays. A la différence de l’huile industrielle raffinée, cette huile est souvent contaminée par l’aflatoxine, une substance cancérigène pour l’homme.
 
L’Institut de Technologie Alimentaire a pris en charge cette préoccupation, en mettant au point une table de traitement de l'huile artisanale d'arachide sans aflatoxine. Ce système comprend une presse hydraulique avec vérin, un mélangeur, un décanteur à fond conique et un dispositif de filtration sous pression, composé d’une pompe et d’une batterie de trois filtres.
 
L’opération de traitement de l’huile consiste notamment à « mesurer la quantité d’huile obtenue, peser 7,5% de son poids en attapulgite, transférer une partie d’huile dans un récipient pour procéder à un pré-mélange avec l’argile ; procéder à un premier mélange de sorte à avoir une suspension homogène, le restant de l’huile étant transféré dans le mélangeur », explique Dr Amadou Kane, qui a inventé en 2009 cette table qui « permet d’éliminer l’aflatoxine à presque 100% ».
 
Depuis, seulement neuf machines ont pu être installées et sont fonctionnelles dans les localités de Diourbel, Touba, Saint Louis, Kaffrine, Fatick et Medina Baye.
 
Dans le cadre du projet de diffusion à grande échelle au Sénégal de bonnes pratiques et d’innovations techniques de traitement d’huile artisanale d’arachide, la Banque Mondiale vient de débloquer 201 millions de Francs CFA pour vulgariser ces techniques artisanales de fabrication d’huile.
 
C’est ainsi que dès la fin de ce mois, soixante-dix tables de traitement de l'huile artisanale d'arachide seront distribuées dans plusieurs collectivités locales.
 
Au même moment, des dizaines de groupements de femmes spécialisées dans la production d’huile artisanale vont bénéficier d'une formation dans les six régions du bassin arachidier (Diourbel, Fatick, Kaffrine, Kaolack, Louga et Thiès).
 
A terme, ce sont 200 groupements qui seront équipés pour rendre l’huile attrayante, régler le problème de santé publique que constitue la présence de l’aflatoxine et augmenter les revenus des groupements de femmes.

« Nous n’avons pas de données précises sur la quantité d’huile produite et distribuée. Pour vous donner une idée, sachez que près de 2000 groupements sont actifs dans la transformation artisanale de l’huile au niveau du bassin arachidier. Cette huile est très consommée dans la zone rurale, d’où un réel problème de santé publique », signale le coordonnateur du projet, Amadou Moustapha Mbaye.

Du côté des utilisateurs, il y a une réelle satisfaction. C’est le cas de Mme Yandé Faye, présidente du Groupement d'intérêt Economique (GIE) Ndjolor, dans le village de Mbafaye, à 10 km de Fatick.

Contactée par SciDev.Net, elle affirme que « la table est facile à utiliser, elle est manuelle. Donc nous n’avons pas besoin d’électricité et pour la manipuler, nous n’avons pas à utiliser beaucoup de force. Le mélange prend juste 30 minutes, on verse le produit dans le réservoir jusqu’au lendemain pour pouvoir filtrer et faire sortir l’huile. C’est une table que nous avons reçue gratuitement. Et nous remercions le projet pour cela mais pour le moment, 95 femmes utilisent une seule table, nous espérons que l’Etat ou le projet auront plus de financement pour distribuer plus de tables. Cela va aider les productrices à augmenter leur rythme de production».

Dans une phase ultérieure, le projet envisage de partager cette expérience avec des pays de la sous-région, comme le Burkina Faso, le Mali, la Gambie, où des groupements produisent aussi de l’huile artisanale.