Afrique Sub-Saharienne

  • Les épluchures de manioc peuvent permettre de produire de l'énergie

  • Le Biogel, un carburant biologique "made in Togo"

    Raphaël Djamessi

    22/08/16

Lecture rapide

  • Le Biogel est un biocarburant obtenu à partir de déchets comme les pelures de manioc

  • Un peu moins puissant que le butane, il ne produit pas de gaz à effet de serre

  • L’utilisation de ce biocarburant pourra aider à lutter contre la déforestation

L’ingénieur togolais Egbaré A. Kobiéssama vient de mettre au point un biocarburant composé d’éthanol anhydre obtenu à base de déchets agricoles et ménagers.
 
Pour son obtention, le concepteur explique avoir utilisé des déchets ménagers comme les épluchures de manioc et l’amidon de récupération qui, généralement, ne servent à rien dans les zones à forte production de gari, une farine de manioc très prisée en Afrique de l’Ouest.
 

“L’utilisation du Biogel dont la combustion n’émet pas de gaz à effet de serre, peut réduire de façon significative la demande en charbon de bois, et donc la déforestation ; tout en créant une impulsion économique locale”

Beckhodro Thaï
Expert en gestion de l’environnement

 
"Nous y avons ajouté de la pomme d’anacarde qui a l’avantage de contenir du sucre et de faciliter la saccharification. Nous avons ensuite ajouté un agent gélifiant au bioéthanol obtenu après distillation, question de rendre le combustible consistant et d’éviter sa volatilité", explique-t-il.
 
Présentant le même confort que le gaz butane, ce biocombustible dénommé "Biogel" peut être incorporé à l’essence ou utilisé pour l’alimentation des groupes électrogènes ; ce qui en fait une source d’énergie électrique.
 
Cependant, à en croire son concepteur, le Biogel a un "léger inconvénient" par rapport au gaz butane.
 
En effet, la combustion d’un kilogramme de ce carburant fournit entre 22 et 23 mégajoules (MJ) d’énergie contre 42 et 45 MJ pour la combustion de la même masse de gaz butane.
 
Toutefois, son pouvoir calorique inférieur massique est supérieur à celui du charbon de bois (16 MJ/Kg).
 
Pour Beckhodro Thaï, un expert en gestion de l’environnement et en entrepreneuriat qui effectué une étude sur l’impact environnemental et social du Biogel, l’utilisation de ce carburant pourrait être une solution à la déforestation ; et donc au réchauffement climatique au Togo.
 
Charbon de bois
 
"On estime à plus de 600 000 tonnes le volume de charbon de bois consommé chaque année au Togo. En prenant uniquement la commune de Lomé, le dernier recensement de la population indique que 85% des ménages utilisent le charbon de bois et 9% le gaz butane ; la situation est pire en zone rurale. L’utilisation du Biogel dont la combustion n’émet pas de gaz à effet de serre, peut réduire de façon significative la demande en charbon de bois, et donc la déforestation ; tout en créant une impulsion économique locale", dit-il.
 
Selon cet environnementaliste, l’initiative de la production du bioéthanol à base des résidus de produits agricoles est à encourager parce que pouvant permettre de relever les défis climatiques et énergétiques en Afrique subsaharienne "à un coût plus réduit, comparativement aux moyens utilisés actuellement".
 
En effet, d’après les estimations, 10 kg de Biogel peuvent fournir la même quantité d’énergie que 6 kg de gaz butane pour un coût réduit d’environ 50%.
 
"L’idée, c’est de fournir une source d’énergie aussi performante que le gaz butane, respectueuse de l’environnement, plus économique et plus accessible, même aux populations rurales", affirme-t-il.
 
Les études menées par l’International Tropical Timber Organization (ITTO) en 2010 montrent que la production du bois de chauffe et du charbon de bois pour les ménages, reste la cause majeure de la déforestation avancée au Togo.