Afrique Sub-Saharienne

  • Egypte: Du carburant pour avions à partir du jatropha

    Hazem Badr

    28/02/17

Lecture rapide

  • Les chercheurs produisent du carburant à partir de plantes de jatropha

  • L'objectif est de réduire les émissions dans l'aviation, mais le coût élevé reste un défi

  • Les expériences se poursuivent pour développer une production bon marché

[LE CAIRE] En Egypte, des chercheurs du Centre national de recherche ont produit un biocarburant adapté aux avions, après des expériences semi-industrielles réussies en décembre dernier.
 
Le centre a été officiellement mandaté par le ministère égyptien de l'aviation civile pour trouver un biocombustible local afin d'alimenter des avions.
 
Il s'agissait d’aider à la mise en œuvre d’une recommandation de l'Association internationale du transport aérien, visant à réduire de moitié les émissions de dioxyde de carbone causées par les compagnies aériennes d'ici à 2050.
 
L'aviation commerciale contribue à hauteur de 2% environ aux émissions annuelles de carbone à l'échelle mondiale.
 
Gizine El Diwani, enseignant au département d'ingénierie chimique et semi-industrielle du centre, déclare que tout a commencé avec la production d'un biocarburant pour les voitures.
 
Les chercheurs ont fabriqué du biodiesel à partir de graines de l'arbre de jatropha, une plante pouvant servir de matière première pour la production de biocarburant renouvelable.
 
La teneur en huile des graines est située entre 20 et 25%. Pour obtenir un litre d’huile, il faut généralement 5 kg de graines.
 
Selon Gizine El Diwani, l’huile peut être facilement extraite à l'aide de solvants organiques tels que l'hexane.

“Le prix le plus bas du biocarburant est de 90 % supérieur à celui du carburant classique; cela est dû au coût élevé des matériaux nécessaires à la fabrication de biocarburants.”

Khaled Fouad
Université de Zagazig en Égypte

 
Étant donné que les propriétés de l’huile à base de jatropha diffèrent de celles du carburant traditionnel - en termes de viscosité, de densité et de degré de combustion -, elle doit passer par un certain nombre de procédés chimiques assez simples pour être adaptée aux moteurs.
 
À ce stade, l’huile est adaptée pour les moteurs de voiture. Pour être adaptée aux moteurs à réaction, elle devrait être capable de résister à la congélation jusqu'à au moins -45 degrés Celsius. L'équipe de recherche envisage de résoudre ce problème à un stade ultérieur du développement du combustible.
 
Gizine El Diwani explique : "Nous avons réussi à améliorer le point de congélation du biocarburant Jatropha par un processus de craquage thermique, en utilisant des stimuli thermiques à haute température avec une pression élevée, pour ramener le carburant à -40 degrés C sans qu'il se congèle. Ensuite, nous avons pu atteindre -45 degrés en introduisant des additifs chimiques."
 
Gizine El Diwani ajoute que l'Egypte a réussi à cultiver le jatropha sur de vastes étendues de terres, dans une zone désertique de la Haute-Egypte estimée à environ 1000 acres.
 
Le succès des expériences de production de biocarburants devrait encourager l'équipe de recherche à augmenter la superficie réservée à la culture de jatropha.
 
Khaled Fouad, chercheur en ingénierie aéronautique à l'Université Zagazig en Egypte, voit un avantage fondamental dans la production de biocarburants à partir de graines de jatropha.
 
"Il s'agit d'un arbre non comestible pour les humains et les animaux, qui pousse dans le sol désertique sablonneux et est irrigué par les eaux usées - ce qui en fait une source unique de biocarburants.
 
Cependant, souligne Khaled Fouad, il subsiste un sérieux défi dans le coût élevé de production, qu'il attribue à l'utilisation d'additifs pour abaisser le point de congélation.
 
"Globalement, le prix le plus bas du biocarburant est de 90% plus élevé que celui du carburant classique ; cela est dû au coût élevé des matériaux nécessaires à la fabrication de biocarburants", a-t-il expliqué.
 
Les chercheurs travaillent actuellement à résoudre ce problème, selon Salwa Hawash, membre de l'équipe de recherche. "Nous allons essayer d'éliminer les matériaux utilisés pour abaisser le point de congélation, en ajoutant de l'hydrogène au processus de craquage thermique, et nous nous attendons à des résultats positifs qui permettront de réduire le coût."
 
Une autre expérience semi-industrielle sur le biocarburant sera effectuée après l'introduction de ce type de craquage.
 
Selon Gizine El Diwani, l'équipe espère terminer toutes les expériences industrielles et commencer à utiliser des biocarburants fabriqués localement dans les avions d'ici à la fin de 2017.