Afrique Sub-Saharienne

  • Les abattoirs, source potentielle d'énergie

    Richard Douala

    19/10/14

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  • Le projet, initié avec l'apport de financements privés, permet de traiter 220 tonnes de déchets par jour

  • Ces déchets sont ensuite envoyés dans une unité de production et transformés en énergie électrique

  • Le procédé présente plusieurs avantages, notamment en matière de protection de l'environnement.

A Pikine, dans la banlieue est de Dakar, la capitale sénégalaise, une entreprise locale (la société Theogas Sénégal SARL) a mis en place pour le compte de la Sogas (Société des abattoirs du Sénégal) une unité  pilote de production d’électricité  et de biogaz, à  partir de déchets issus de l’abattoir (résidus de pense, eaux usées et sang).

"Les 220 tonnes quotidiennes de déchets stockés sur le site de l’abattoir ou déversés à la baie de Hann sur l’océan atlantique, tout comme les nuisances environnementales et sanitaires ne sont plus un grand sujet de préoccupation", fait remarquer Sadio Baldé, employé à Theogas.  

De même, la facture énergétique de la Sogas, "estimée à 4 millions de F CFA par mois, a été ramenée au tiers et les abattoirs du Sénégal ne connaissent plus les délestages électriques», a pour sa part  déclaré à SciDev.Net l’initiateur du projet, Lamine Ndiaye.

Ce dernier dit avoir réussi à convaincre les dirigeants des abattoirs du Sénégal de la pertinence du projet, malgré un certain scepticisme de leur part.

Paraphrasant le physicien italien Avogadro, Lamine Ndiaye souligne que "rien ne se perd, rien ne se gagne, tout se transforme",  car, estime-t-il, "nous restituons à la nature ce que nous lui avons pris".
Un voyage en quatre étapes

Tout commence par le pôle biologique. Le projet recueille les déchets issus des penses des animaux, des eaux usées et du sang en provenance de l’abattoir.

Le tout est mélangé dans un bassin de 45 mètres-cubes et envoyé dans une espèce de puits de pré mélange, grâce à  un réseau de gazoduc.

Au préalable, tous les déchets non biodégradables sont séparés et enlevés.

Lorsque le mélange de déchets de pense, d’eaux usagées et de sang des animaux abattus est réalisé, "on achemine le tout vers des espèces de puits, grâce à un réseau de gazoducs. Ici l’eau est retenue, seul  le gaz de méthane parvient alors dans une espèce de tente géante ; un réceptacle hermétique que l’on appelle digesteur", explique Lamine Ndiaye.

L’objectif, précise le directeur du projet, est "d’éliminer un maximum de méthane.  C’est la désulfuration. Au bout d’une semaine environ, on obtient du biogaz raffiné.
 
La dernière étape consiste à  aspirer et insérer ce gaz  épuré dans un moteur à biogaz, avec pour objectif la production de l’énergie électrique et thermique pour les besoins de l’abattoir.

Au bout du compte, explique le chef de production, Lamine Ndiaye, Theogas réussit à produire plus de 50%  des besoins  énergétiques de l’abattoir, soit 4300 KW/an (1500 KW d’énergie électrique et 2800 kW d’énergie thermique).

A cela il faut ajouter du bio fertilisant, utilisé pour le moment dans la ferme de démonstration de Theogas.

Mais les responsables de Theogas insistent sur le fait que ce modèle abattoir expérimental est applicable sur le plan industriel. Tout dépend des besoins des clients.

"Tous les déchets des villes, la portion qui se fermente, peuvent être transformés."

"Pour le moment, regrette Lamine Ndiaye, nous ne pouvons que transformer 30  à  40 % des déchets de l’abattoir de Pikine, au regard de la dimension de notre usine qui n’est qu'une unité pilote."

Dans la perspective de l’agrandissement de cette usine, un partenariat avec les biologistes de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar est envisagé.

Il est question de trouver un moyen pour "renforcer le travail des bactéries, afin d’accroitre la production du biogaz", explique Lamine Ndiaye.

De plus, Theogas, qui emploie 14 personnes, envisage aussi, grâce à un volet portant sur la recherche agronomique, de caractériser son processus de bio-fertilisation.

Il est question de déterminer la composition de cet engrais biologique en macro et microéléments (calcium, magnésium, etc.) pour mieux le valoriser sur le marché.