Afrique Sub-Saharienne

  • Kit fox (Vulpes Macrotis). Janos, Chihuahua, 2008

  • Le mur de Donald Trump, une menace pour l'écosystème

    Lucina Melesio

    15/02/17

Lecture rapide

  • Plus de 50 espèces animales partageant l'écosystème de la frontière américano-mexicaine sont en danger

  • Depuis 2011, les chercheurs ont averti que ce nombre s'accroîtrait en cas d'extension des barbelés

  • Une étude a révélé que les barbelés affectent la circulation des animaux, pas les sans-papiers

[MEXICO] Selon des scientifiques de plusieurs pays, le mur de sécurité dont le nouveau président américain Donald Trump a ordonné la construction, le 25 janvier, exposera plus de 50 espèces animales qui se partagent les ressources de l'écosystème le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique.
 
Depuis 2006, 1.100 kilomètres de barbelés, couvrant plus de 30% de la frontière entre les deux pays ont été construits. Le récent décret ordonne la "construction immédiate d'un mur physique", précisant que le mot "mur" signifie "une barrière physique, continue et infranchissable".

“Les gens dans des situations désespérées font appel à des solutions ingénieuses pour défier les barrières, mais les animaux ne peuvent pas faire la même chose.”

Jamie McCallum
Trans Frontier International

 
"Ce sera un gros problème pour la faune", explique Jesse Lasky, chercheur à l'Université d'État de Pennsylvanie, aux Etats-Unis et auteur d'une étude datant de 2011 et avertissant que 50 espèces auront été mises en danger, en raison des barrières existantes.
 
L'étude a également mis en garde contre une possible extension des barbelés, estimant que, dans ce scénario, le nombre d'espèces en danger augmenterait.
 
Jesse Lasky a expliqué à SciDev.Net que la séparation des écosystèmes de ces zones arides le long de la frontière met en danger la vie des animaux en ceci qu'elle coupe leur accès à l'eau et dérègle leur mode d'accouplement; elle réduirait également leurs territoires de chasse, tout obstruant les possibilités de recolonisation de certaines régions.
 
Le couguar, de loup mexicain, l'ours noir et le porc-épic sont quelques-unes des espèces menacées le long de la frontière.
 
De fait, il existe des preuves que le mur n'a pas empêché les mouvements de sans-papiers le long de la frontière.
 
Une étude britannique publiée en 2014 avait conclu que le mur restreint les mouvements des animaux, mais pas ceux des hommes.
 
"Nous avons vu que le nombre de personnes traversant la frontière dépasse de loin celui des animaux", a déclaré Jamie McCallum, fondateur de la société de conseil Trans Frontier International et auteur de l'étude, dans un entretien avec SciDev.Net.
 
"Il semblait que le mur causait des dommages à tout ce qu'il ne devrait pas affecter, et ne faisait aucun tort à ce qu'il était censé combattre. C'est comme si l'on avait le pire des deux mondes."
 
Jamie McCallum a rappelé que dans les situations difficiles, les hommes recourent à des solutions ingénieuses pour contourner les barrières et souligne que les animaux n'ont pas cette capacité.
 
Rurik List, écologiste à l'Université Autonome Métropolitaine du Mexique, qui a étudié la frontière depuis 1993, a confirmé à SciDev.Net qu'un mur infranchissable aurait des conséquences graves supplémentaires, en limitant les mouvements des animaux qui tentent de s'adapter aux changements climatiques.
 
Jesse Lasky a fait part des mêmes inquiétudes, citant des changements dans les modèles hydrologiques de la région.
 
"Nous avons vu comment les bisons brisent les barbelés en traversant la frontière, permettant ainsi aux petits animaux de passer. Maintenant, [avec un mur en béton], ce ne sera plus possible", conclut Rurik List.