Afrique Sub-Saharienne

  • ONU: Les handicapés impliqués dans la politique de gestion des catastrophes

    Wagdy Sawahel

    12/08/13

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  • Une enquête de l'ONU sur les personnes handicapées dans les zones sinistrées est, dit-on, une première mondiale

  • Elle apportera une contribution au cadre de réduction des risques post-2015 de l'ONU

  • Un critique affirme qu'elle est trop simple pour saisir la diversité de l'expérience liée à l’invalidité

L'ONU mène une enquête auprès des personnes handicapées, dans le but de savoir comment elles se débrouillent lors des catastrophes, et d’aider à inclure l’invalidité dans l’agenda de développement post-2015 sur la réduction des risques de catastrophe.

L'enquête, lancée fin juillet par le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes (UNISDR), et considérée comme une première mondiale, couvre les types de dangers et de risques auxquels les personnes handicapées sont exposées dans les zones sinistrées ainsi que les plans personnels et nationaux d'action et de réduction des risques. 

Les résultats seront annoncés lors de la Journée internationale pour la Réduction des Risques de Catastrophes (13 octobre) qui, cette année, a pour thème l’invalidité. 

"L'enquête est ouverte à toute personne qui voudrait s’y lancer. Nous espérons obtenir des réponses de partout dans le monde", a déclaré Denis McClean, porte-parole de l'UNISDR, à SciDev.Net.

"Nos bureaux régionaux sont en contact avec des groupes représentant les personnes handicapées et les incitent à l'utiliser". 

“Cette étude est une première étape collective visant à établir des bases de données pour les moyens factuels et scientifiques de mieux combler les lacunes en matière de vulnérabilité.”

Philipp Danao


Le responsable onusien a ajouté que l'enquête bénéficiait du soutien de l’ONU Enable, de l'OMS, de l'UNICEF (Fonds des Nations unies pour l'enfance), du Réseau incluant les personnes handicapées pour l'Asie et le Pacifique, du Réseau genre et catastrophe et de la Commission Huairou - une coalition mondiale dont l’objectif est d’autonomiser les organisations féminines au niveau de la communauté.

"Il est trop tôt pour dire quel sera le degré de réactions, mais nous avons grand espoir qu'elle recueillera plusieurs centaines de réponses et fournira des données sur les personnes handicapées pour le cadre de réduction des risques de catastrophe post-2015, qui succédera au Cadre d'action de Hyogo," a déclaré McClean.

Philipp Danao, coordinateur de la réduction des risques de catastrophe au Malteser International, un organisme de secours, a affirmé que cette organisation faisait circuler l'enquête au Myanmar en birman. 

"Cette étude est une première étape collective visant à établir des bases de données pour des moyens factuels et scientifiques de mieux combler les lacunes liées à la vulnérabilité des personnes handicapées et, plus important encore, reconnaître leurs capacités lors des catastrophes, lesquelles peuvent être traduites en politiques axées sur l’action", a déclaré Philipp Danao.

Toutefois, Ahmed Fathy Alsaka, étudiant handicapé physique à l'Institut technique industriel, en Egypte, a déclaré à SciDev.Net que "jusqu'à présent, cette enquête des Nations unies n’est qu’un exercice sur papier". 

"Attendons de voir comment le résultat d'une telle enquête sera traduit sur le terrain pour profiter aux personnes handicapées dans les pays en développement", a-t-il déclaré.

Dewald van Niekerk, directeur du Centre africain d'études des catastrophes au North-west University, en Afrique du Sud, se montre également prudent. 

"Ses résultats peuvent servir de point de départ pour des discussions de politiques et une plate-forme pour des recherches futures", a-t-il déclaré à SciDev.Net.

Dewald van Niekerk a fait savoir que l'enquête avait des limites et ne devrait pas être utilisée comme seul élément de preuve pour des décisions relatives aux politiques.

"Comme elle traite des personnes handicapées, la possibilité d'erreur de réponse est élevée. Les personnes ayant des difficultés mentales seront-elles en mesure de répondre avec précision aux questions de cette enquête? La langue dans laquelle les questions sont formulées est beaucoup trop académique et formelle. Cela peut entraîner des erreurs", a-t-il estimé. 

Selon Dewald van Niekerk, une seule enquête quantitative ne peut pas saisir la diversité des environnements des gens et le type de handicap.

"Le handicap de chaque personne est unique et nécessitera une préparation et des comportements de réponse uniques. L’utilisation de cette enquête dans le but de formuler des recommandations pour des stratégies d'adaptation efficaces pour un grand nombre de personnes handicapées passera inévitablement à côté des facteurs spécifiques au contexte", a-t-il affirmé.

"Ces préoccupations appellent à des recherches qualitatives supplémentaires sur le contexte qui saisiront l'influence des facteurs individuels et environnementaux sur les stratégies d'adaptation, et qui seront très précieuses dans l'élaboration de politiques efficaces, a conclu Niekerk.

McClean a répondu aux critiques en appelant à un large soutien pour s’assurer que l'enquête produise "des informations de bonne qualité" et qu'elle "fasse passer le message selon lequel les personnes handicapées doivent constituer une partie du processus de planification". 

"L'enquête ne sera aussi bonne que comme la réponse qu'elle suscite de la part des personnes handicapées", a-t-il poursuivi.

"C'est toujours mieux d’allumer une bougie que de maudire l'obscurité", a ajouté McClean.

"Nous savons que les personnes handicapées sont touchées de manière disproportionnée par les catastrophes. Nous espérons que la présente étude contribuera quelque peu à nous dire pourquoi il en est ainsi et sera le point de départ d’une conversation. Les universitaires et les chercheurs sont invités à prendre le relais à partir de là. C'est surprenant que rien de tel n’ait été tenté auparavant".

Lien vers l’Enquête de 2013 sur Vivre avec un handicap et une catastrophe