Afrique Sub-Saharienne

  • La RDC et le Bénin touchés par des séismes

    Jean Shiloh

    12/08/15

Lecture rapide

  • Le séisme survenu dans l’est de la RDC pourrait être lié à l’activité volcanique dans la région

  • Celui de Cotonou, quoique de moindre portée, pose la question de la sécurité, en cas de séisme plus important

  • Ces deux événements mettent à nu les faiblesses des systèmes de prévention de catastrophe, à l’échelle du continent

Un premier séisme d’une magnitude 5,9 sur l’echelle de Richter a frappé l'Est de la République démocratique du Congo dans la nuit de jeudi à vendredi entre 03h15 et 03H50 à Bukavu.
 
Le bilan est d’au moins un mort et des centaines de maisons détruites. 

Le séisme a été ressenti à 70 km au nord-ouest de Bukavu et à Uvira, à quelque 125 km au sud de la capitale provinciale. 
 
Dieudonné Wafula Mifundu, géophysicien au Centre de recherche en sciences naturelles (CRSN), dans le Sud-Kivu, a déclaré à SciDev.Net que "ce tremblement de terre comportait en fait des centaines de secousses, mais seules les trois plus fortes ont été ressenties par les populations."
 
"Nous observons ces activités géophysiques depuis 1997 et c’est la troisième vague de secousses que nous sommes en train de constater. La première, c’était le 24 octobre 2002, suivie d’une série de répliques dont la plus forte a atteint une magnitude de 6,1. La deuxième, c’était le 3 février 2008."
 
D’après les explications de Dieudonné Wafula Mifundu, c’est tout le bassin du lac Kivu qui est en train de bouger.

Les répliques se situent souvent même dans le lac, un site très mouvementé.

 
Activités volcaniques  

 
Par ailleurs, il y aurait des liens avec l’activité volcanique dans la région, notamment celle du Nyiragongo.
 
"Dans le passé, nous avons relevé que ces faits sont souvent liés. Quand il y a des tremblements de terre, il survient à court ou moyen terme des éruptions volcaniques. Par exemple, l’éruption du volcan Nyiragongo, le 10 janvier 1977, est intervenue après le séisme du 6 janvier 1977, à 130 km du volcan. Après ce séisme, dans la mesure où la situation du volcan était déjà très instable avec un lac de laves très élevé, le volcan Nyirangogo a libéré son lac de laves. En 2002 c’était presque les mêmes phénomènes : tremblement de terre de magnitude 4,8 enregistré le 4 janvier, puis éruption du Nyiragongo le 17 janvier. Le volcan a rejeté son lac de laves qui a coulé à travers toute la ville de Goma jusqu’au lac Kivu."

“Quand il y a des tremblements de terre, des éruptions volcaniques surviennent à court ou moyen terme.”

Dieudonné Wafula Mifundu
CRSN Bukavu

A la suite de cette éruption, il n’y avait plus de lac de laves, donc plus d’activités à partir du milieu de l’année 2002. Mais après les tremblements de terre du 24 octobre 2002, le lac de laves est réapparu dans le cratère du volcan Nyiragongo et il y est jusqu’à présent.
 
Certains habitants craignent que le séisme ne réveille l'activité du volcan Nyiragongo, dont la dernière éruption, en 2002, avait détruit la moitié de la ville de Goma. Mais le professeur Wafula estime que ce ne sera pas forcément le cas. "Après ce tremblement de terre, nous ne savons pas ce qui peut arriver au niveau du volcan. Pour une éruption dont les laves risquent de couler, jusque sur la ville de Goma (comme certains le craignent), tous les paramètres ne sont pas encore réunis. Ce que je veux dire c’est que le lac de laves est actif dans le Nyiragongo, mais encore trop bas pour que le volcan puisse cracher."
 
Après ce séisme, l’observatoire vulcanologique de Goma (OVG), chargé du suivi des volcans de la zone, à savoir le Nyiragongo et le Nyamulagira, est en alerte.
 
Les activités habituelles de suivi de l’OVG se font essentiellement à travers les stations placées autour des volcans.
 
Ces stations enregistrent les signaux qui viennent des volcans et essaient de les analyser.
 
Suite au séisme, les experts de l’observatoire vulcanologique de Goma (OVG) ont décidé de survoler les volcans dans les prochains jours pour un meilleur suivi de la situation et de l’activité volcanique.
 
 
"Petites secousses"

 
Le tremblement de terre de Cotonou, quant à lui, a été confirmé par plusieurs sources universitaires, même si aucune information n’est encore disponible sur son amplitude.
 
Le professeur Eustache Bokonon-Ganta, expert en océanographie, était le premier chercheur à annoncer le précédent tremblement de terre, en 2009, au Bénin.
 
Interrogé par SciDev.Net, il fait état de "petites secousses, en pleine journée, d’abord entre 15:21 et 15:22", précisant que  la deuxième secousse est intervenue à 16:59.
 
"La première secousse était brève, mais sérieuse. C’était comme un grondement puissant dans le voisinage. La deuxième était un peu plus longue, de quelques secondes", affirme-t-il.
 
Le séisme a également été ressenti à Porto Novo, la capitale, située à 35 kilomètres de Cotonou et à Allada, à 40 kilomètres, ce qui laisse penser que le séisme a été ressenti à 40 kilomètres autour de la ville de Cotonou.
 
Pour Eustache Bokonon-Ganta, le séisme de samedi au Bénin était probablement lié à un mouvement très localisé.
 
"Nous avons la grande vallée de l’Ouémé, qui est une ria, c’est-à-dire, un ancien bras de mer", explique-t-il.
 
"Cette ria a été favorisée par deux failles Nord-Est qui ont encadré la vallée. Nous estimons que ce qui s’est passé, en 2009, c’était un mouvement localisé dans cette partie du Glofe de Guinée et il y a de fortes chances que le tremblement de terre de samedi soit le résultat du même phénomène qu’en 2009."

 
Infrastructures déficientes

 
Les experts béninois n’en savent pas plus, pour l’heure, sur ce tremblement de terre. Ils comptent en général sur la station sismique de Lamto, en Côte d’Ivoire, pour obtenir des données mesurées sur ce genre de phénomène.

Or, celle-ci n’a toujours pas rendu publique la moindre information sur l'événement.
 
Ceci pose, selon les experts béninois, le problème de l’insuffisance des infrastructures, aussi bien au niveau de la recherche que du secours, en cas de catastrophe sismique de plus grande ampleur, même si la plupart des experts s’accordent pour dire que la probabilité est très faible dans la région.
 
Toutefois, selon le professeur Bokonon-Ganta, le problème immédiat, en cas de séisme plus important, serait celui des risques d’effondrement. "Les 65% de la superficie de la ville de Cotonou sont situés à moins d’un mètre du niveau de la mer et la plupart des bâtiments sont vieux et n’ont pas été construits suivant les normes en matière de prévention de catastrophe sismique", estime-t-il.