Afrique Sub-Saharienne

  • Café: L'Ethiopie devrait déplacer ses champs vers de hauts plateaux

    Baraka Rateng’

    28/07/17

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  • Des terres en hauteur sont réputées plus propices à la culture

  • Jusqu'à 60% de la zone de production pourrait être inadéquate avant fin 2090

  • Selon un expert, cette éventualité, quoiqu'incertaine, doit être prise au sérieux

Selon une étude, la délocalisation des champs caféicoles, de pair avec le reboisement et des travaux de conservation, vers des terres plus hautes, pourrait quadrupler la superficie des champs de café en Éthiopie.
 
L'étude, publiée dans le journal Nature le mois dernier (19 juin), indique que le fait de déplacer les champs de café éthiopiens vers de hauts plateaux est porteur de promesses pour la résistance du café aux effets du changement climatique, en raison de l'augmentation substantielle des zones de production appropriées.
 
L'étude prévoit en effet que les altitudes plus élevées deviennent plus adaptées à la culture du café, tandis que les altitudes inférieures devraient être moins adaptées.
 
Justin Moat, chercheur principal et analyste des données à référence spatiale chez The Royal Botanic Gardens, au Royaume-Uni, affirme que le café est principalement confiné à des altitudes entre 1200 et 2000-2200m.

“Un facteur critique dans l'adéquation du café est l'interaction entre les précipitations et la température.”

Justin Moat
Royal Botanic Gardens

 
"En général, la niche du café se déplacera vers le haut pour maintenir une température optimale. L'Ethiopie a de la chance que le plateau du sud-ouest soit en état. Beaucoup de travail serait nécessaire pour y parvenir, si la planification commence maintenant", explique Justin Moat à SciDev.Net.
 
Selon lui, jusqu'à 60% de la zone de production de café en Éthiopie pourrait devenir inadaptée avant la fin du siècle.
 
L'Éthiopie, dit-il, est le 5ème producteur de café au monde, une activité qui fournit au pays un quart de ses recettes d'exportation ; environ 15 millions d'Ethiopiens sont engagés dans l'agriculture et la production de café.
 
Au cours de l'étude, explique Justin Moat, les chercheurs ont effectué beaucoup de travail de terrain, de modélisation informatique et de simulations: "Nous avons déterminé le climat préféré du café (niche), en utilisant une quantité énorme de données collectées sur le terrain, y compris des observations historiques, superposées sur les cartes climatiques."
 
Ils ont projeté ces données dans l'avenir, en utilisant de nombreux modèles et scénarios climatiques, ce qui leur a donné des tendances générales et tous les modèles étaient convergents sur les points clés.
 
"Nous avons ensuite combiné cela avec des images satellitaires pour avoir une idée de l'état actuel et futur du café de forêt", a-t-il déclaré à SciDev.Net.
 
"Un facteur critique dans l'adéquation de la culture du café est l'interaction entre les précipitations et la température ; Des températures plus élevées pourraient être tolérées s'il y avait une augmentation des précipitations", note-t-il.
 
Indépendamment des interventions, l'une des régions les plus connues en matière de caféiculture, le Harar, dans l'est de l'Éthiopie, devrait disparaître avant la fin du siècle, estime Justin Moat.
 
Selon le chercheur, l'étude - issue d'un projet de 4 ans avec des experts de la modélisation informatique, du café, de la conservation, de la télédétection et de la cartographie en Éthiopie et au Royaume-Uni - pourrait profiter aux scientifiques, aux décideurs et aux agriculteurs, dans le cadre des études sur le changement climatique.
 
Shem Wandiga, professeur de chimie à l'Institut de l'adaptation aux changements climatiques de l'Université de Nairobi, au Kenya, déclare: "Ce n'est pas une prédiction, mais un regard sur ce qui pourrait arriver compte tenu de la météo. Mais cette éventualité fait toujours l'objet d'études et on ne peut pas dire avec certitude ce qui se passera", explique-t-il.
 
Pour les décideurs politiques, Shem Wandiga estime que l'étude permet de tirer des leçons très importantes: "Commencez à planifier l'expansion des zones de production de café à une altitude plus élevée. L'expansion devrait être associée au reboisement des zones ; il y a aussi lieu de définir les conditions humaines, sociales et écologiques qui peuvent permettre une telle expansion".
 
De plus, substituez lentement le café à d'autres plantes qui peuvent générer des revenus, car au-delà de 2100, la culture du café ne sera pas une activité rentable en Éthiopie.
 
William Ndegwa, directeur du comté de Kitui au département météorologique du Kenya, affirme pour sa part que le modèle BioClim utilisé dans la recherche est un outil puissant pour relier les variables climatiques aux paramètres biologiques.
 
"Il s'agit d'une étude très intéressante, avec des idées approfondies sur les caractéristiques des impacts du changement climatique sur la production végétale", note-t-il.
 
Cependant, les modèles climatiques sont des représentations mathématiques des interactions entre l'atmosphère, les océans, la surface terrestre, la glace, et le soleil, construites pour estimer les tendances plutôt que les événements, explique William Ndegwa.
 
Cet article a été rédigé par la rédaction de langue anglaise de SciDev.Net pour l'Afrique sub-saharienne.