Afrique Sub-Saharienne

  • Environnement: Un expert appelle à réduire le plafond des émissions de gaz

    Jan Piotrowski

    16/04/15

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  • Une limite de 1,5 et non 2 degrés C est nécessaire pour éviter la catastrophe

  • Ce plafond plus bas permettrait également de s’attaquer aux inégalités en matière d'émissions

  • Pour ces deux plafonds, il faut atteindre zéro émission de gaz à effet de serre nécessaire pour éviter une catastrophe.

Les dirigeants de la planète doivent réduire l’objectif de longue date de limitation du réchauffement du globe à moins de deux degrés Celsius afin d’éviter des impacts catastrophiques sur les populations les plus pauvres du monde, dit un éminent climatologue.

Pour Petra Tschakert, une géographe de l’Université de l’Etat de Pennsylvanie, aux États-Unis, les pays industrialisés doivent cesser d'ignorer les appels soutenus de la part du monde en développement - appuyés par des scientifiques - et fixer un plafond de 1,5 degré lorsque la limite convenue au niveau international fera l’objet d’un réexamen ; ce sera lors du sommet de l'ONU sur le climat à la fin de cette année à Paris, en France.

"Toute autre chose serait inacceptable", dit-elle.

Dans un article paru le 27 mars dans "Réponses aux changements climatiques" elle réfléchit sur ses expériences lors d’une consultation scientifique de deux jours avec des décideurs à l’occasion de la réunion de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) à Lima, au Pérou, en 2014.
 
Petra Tschakert souligne les ravages auxquels il faudra s’attendre avec une augmentation de deux degrés.

Plus de la moitié des récifs coralliens de la planète disparaîtront, les petits États insulaires seront submergés et de nombreux systèmes sociaux indigènes pourront s’effondrer.

En outre, le seuil représente une moyenne mondiale, avec quelques zones connaissant des impacts beaucoup plus importants.

L’Afrique cuirait avec une hausse des températures de plus de trois degrés à travers le continent, dit-elle.

Mais les décideurs des pays développés n'écoutent plus les arguments scientifiques, déclare Petra Tschakert ; "maintenant, ils se résument au coût".
Cela est dû au fait qu'un cadre juridique devant permettre aux pays en développement de demander réparation à leurs voisins industrialisés traîne en longueur dans les négociations de la CCNUCC.

S’il était mis en place, les pays développés pourraient faire face à des dettes évaluées en milliards de dollars, pense Petra Tschakert.
Plus vite le monde dépassera la limite de température convenue pour des changements climatiques dangereux, plus vite les pays plus vulnérables pourront puiser dans cette réserve potentielle, dit-elle.

Les tendances des émissions semblent indiquer que même une limite de deux degrés sera dépassée.

“Toute autre chose serait inacceptable”

Petra Tschakert, Université de l’Etat de Pennsylvanie, États-Unis

Mais Petra Tschakert laisse entendre que le potentiel pour remédier à l’inégalité "par la petite porte" de la compensation de la part des pays développés est la raison pour laquelle il est si important de lutter pour un plafond de 1,5 degré.

Pour sa part, Saleemul Huq, un expert en changements climatiques venant d’un organisme de recherche sur les politiques, à savoir, l'Institut international pour l'environnement et le développement, déclare que les pays riches n’ont aucun intérêt à lutter contre l’inégalité.

Plus de 200 millions parmi les personnes les plus pauvres de la planète souffriront si le réchauffement du globe atteint deux degrés plutôt que 1,5 degré, pense-t-il ; ajoutant que l'inaction fait clairement comprendre que les pauvres n’ont pas d'importance, dit-il.

Saleemul Huq doute que quelque chose change au moment de finaliser un nouvel accord sur le climat à Paris en décembre.

En effet, les pays en développement poursuivront le combat symbolique, en dépit d’un ressentiment croissant au sujet de leur apparente invisibilité.
Toutefois, pour Simon Buckle, chef de la division changements climatiques, biodiversité et eau de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), viser 1,5 ou 2 degrés ne changera pas grand-chose sur le long terme.

Les deux scénarios sont possibles, mais requièrent également des émissions de gaz à effet de serre nulles d’ici le milieu du siècle.

Bien que les gros émetteurs doivent faire les plus grosses réductions, il prévient que le monde en développement doit également jouer un rôle important pour l’atteinte de cet objectif.

Par le passé, certains pays en développement ont rechigné à s’engager pour des objectifs de réduction des émissions, en faisant valoir qu'ils avaient besoin de plus de temps pour se développer.