Afrique Sub-Saharienne

  • Les petits exploitants face aux impacts du changement climatique

    Baraka Rateng’

    31/12/16
Les agriculteurs de Mwingi, une région éloignée, aride et pauvre du comté de Kitui, au Kenya, sont confrontés à la rareté des précipitations, ainsi qu'à une forte sécheresse.
 
Les petits exploitants agricoles ont perdu jusqu'à 80% de leurs récoltes; de nombreuses sources d'eau se sont taries et des habitants ont dû parcourir jusqu'à 20 kilomètres pour recueillir de l'eau.

Mais une grande partie de l'eau disponible est de mauvaise qualité et des analyses ont révélé une forte teneur en sel, la rendant parfois impropre à la consommation ou aux besoins de l'irrigation.
 
Mais grâce à la création d'organisations communautaires comme Kitum, qui compte 176 membres, les agriculteurs élaborent maintenant des moyens novateurs pour faire face aux impacts liés au changement climatique.
 
Nzoka Kathande, président du groupement des agriculteurs de Mwingi, est l'un de ces nombreux agriculteurs qui luttent pour gagner leur vie à partir de l'exploitation des terres de Mwingi.
 
Les récentes pluies ont été mauvaises, avec à la clé les difficultés pour les agriculteurs comme Nzoka Kathande d'avoir des récoltes suffisantes pour nourrir leurs familles.

Face à ces problèmes, Nzoka Kathande, un père de famille de 47 ans avec trois enfants, ainsi que des membres de sa communauté, ont créé un groupe d'agriculteurs en 2014 dans l'espoir que, ensemble, ils pourront obtenir une aide urgente.
 
"Nous avons beaucoup de défis dans ce domaine. L'une des raisons pour lesquelles nous avons lancé cette organisation tient au fait que nous voulons professionnaliser l'activité agricole et la transformer en une entreprise", affirme Nzoka Kathande. "Depuis un certain temps, nous cultivons des produits avec un succès relatif; alors nous nous sommes réunis pour élaborer des plans de culture adaptés au contexte actuel."
 
"Un autre défi auquel nous sommes confrontés est celui de l'eau pour un usage domestique et pour le bétail. Les pluies sont devenues rares ces dernières années et nous devons parcourir de longues distances pour aller chercher de l'eau. Nous perdons beaucoup de temps à recueillir de l'eau; ce temps précieux pourrait être consacré à d'autres activités."
 
En plus de la pénurie d'eau, un autre problème auquel la communauté est confrontée est celui de la perte de cultures en raison des parasites et des maladies.
 
La plupart des agriculteurs n'ont pas accès aux technologies agricoles modernes qui pourraient aider à protéger et préserver leurs récoltes. Ainsi, leurs revenus demeurent faibles, les laissant prisonniers d'un cycle infernal de pauvreté et incapables de produire suffisamment d'excédents pour leur rapporter l'argent dont ils ont besoin pour investir dans des intrants tels que des semences de qualité, des pesticides et des fongicides.
 
Pour aider les agriculteurs à relever ces différents défis, un organisme de bienfaisance international pour le développement, Farm Africa (1), a récemment commencé à travailler avec le groupe d'agriculteurs de Mwingi et sept autres organisations de la région.
 
Nzoka Kathande est l'un des quelque 100 agriculteurs locaux formés aux techniques agricoles pour conserver l'eau et le sol. Les agriculteurs ont également accès à des semences de haute qualité plus résistantes aux ravageurs et aux maladies et qui produisent des cultures tolérantes à la sécheresse, comme le sorgho.
 
En outre, les groupes d'agriculteurs bénéficieront d'une aide pour accéder aux marchés où ils peuvent vendre ensemble leurs récoltes à un prix plus profitable.
 
"Nous nous sommes réunis dans un groupe d'agriculteurs pour nous unir afin d'avoir un pouvoir de négociation", affirme Nzoka Kathande, ajoutant qu'ils manquent d'entrepôts adéquatset de débouchés pour les produits agricoles.
 
Avec une formation et un soutien appropriés, Nzoka et d'autres au sein de sa communauté peuvent mieux résister au type de chocs climatiques qui affectent Mwingi. En augmentant leur production, ils seraient plus en mesure de subvenir aux besoins alimentaires de leurs familles et d'avoir des revenus supplémentaires à partir de la vente de leurs excédents, lesquels bénéfices peuvent ensuite être investis pour renforcer leurs entreprises.
 
Le groupe d'agriculteurs nourrit beaucoup d'espoir de lendemains meilleurs, quand ils auront reçu l'aide nécessaire.
 
Dans une interview à SciDev.Net, Nzoka Kathande a déclaré: "Nous voulons que Farm Africa assure la formation et apporte du soutien, et c'est un soulagement qu'ils nous aident à obtenir l'information dont nous avons besoin pour une agriculture durable, car cela signifie que nous en saurons davantage sur l'agriculture. Ils pourront nous relier à d'autres acteurs de la chaîne de valeur qui nous aideront à vendre nos cultures à un meilleur prix."
 
Et d'ajouter: "Il est important que nous obtenions une formation qui pourrait avoir un impact sur nos moyens de subsistance. L'autonomisation est vitale pour que nous puissions rompre avec le syndrome de la dépendance vis-à-vis des donateurs. La formation que nous recevrons nous permettra de devenir indépendants afin qu'après le retrait de Farm Africa, nous soyons en mesure de continuer de nous améliorer."