Afrique Sub-Saharienne

  • Les agriculteurs veulent être impliqués dans les activités de recherche

    Leocadia Bongben

    28/10/13
Les chercheurs agricoles qui ont été perchés sur de hauts piédestaux tout en restant largement distants de la communauté agricole pourraient tomber de haut.

Les agriculteurs veulent à présent être impliqués dans les activités de recherche, une position qui a figuré en bonne place dans de nombreux thèmes débattus lors du 3ème Congrès du riz en Afrique, qui s’est tenu à Yaoundé, au Cameroun, du 21 au 24 octobre 2013.

Au Centre du riz pour l’Afrique, basé au Bénin, la participation des agriculteurs à la recherche a été adoptée. Marie-Noelle Ndiondjop, une biologiste qui développe des variétés améliorées à l’intention des agriculteurs, affirme que le programme dure trois ans.

Lorsque des agriculteurs font partie du processus de sélection d'une variété de riz, ils collectent des informations et font des choix éclairés sur l'opportunité d'accepter ou de rejeter une variété.

David Nanfumba, agronome, Ouganda

Au cours de ce programme, les agriculteurs, les services de vulgarisation et les chercheurs travaillent ensemble sur des variétés proposées pour adoption par les agriculteurs sur la base des problèmes perçus et de besoins ressentis.

"Les agriculteurs sont formés pour planter et lorsque les variétés sont au stade végétatif, ces agriculteurs évaluent, sélectionnent et expliquent pourquoi ils ont choisi ou rejeté une variété particulière à la fin des trois ans", a déclaré Ndjiondjop.

Et d’ajouter: "Quand les agriculteurs rejettent une variété particulière, les chercheurs en font une question de recherche et retournent dans le laboratoire pour l'améliorer, en s’appuyant sur les commentaires des agriculteurs."

David Nanfumba, un agronome en service à l’Institut zonal de recherche et de développement agricole de Buginyanya, en Ouganda, a fait remarquer : "Lorsque des agriculteurs font partie du processus de sélection d'une variété de riz, ilscollectent des informations et font des choix éclairés sur l'opportunité d'accepter ou de rejeter une variété."

Certes, les agriculteurs attendent avec impatience de nouvelles variétés répondant à leurs besoins agricoles, mais cela ne signifie pas que ces variétés doivent être étudiées et développées sans leur apport.

"Les agriculteurs veulent être impliqués dans le processus, de sorte qu'au moment où il sera lancé, ils sauront déjà tout sur la variété et seront prêts à l'adopter", a laissé entendre David Nanfumba.

Dans son pays d'origine, la sélection participative porte des fruits et les agriculteurs ont montré leur affection pour les variétés K85 et Wita 9 issues de la recherche sur le riz – des lignées en essais et portant encore leurs noms de code scientifiques -- qui sont à haut rendement, arrivent rapidement à maturité et tolèrent la sécheresse et les inondations.

En Ouganda, selon David Nanfumba, les agriculteurs semblent devenir des gens de moins en moins discrets et ont exprimé leur aversion pour une variété qui est difficile à trouver, en raison de la probabilité que cette variété soit submergée dans l'eau, conduisant à des pertes de grains.

Un processus participatif similaire de sélection de riz avec des agriculteurs à Zanzibar a révélé que les agriculteurs préféraient le SUPA BC, une variété qui a aujourd’hui été mise en circulation chez eux, a affirmé Khatib Juma Khatib, responsable de la recherche agricole à l'Institut de recherche de Zanzibar.

Il ressort de ce qui précède que l'adoption d'une nouvelle variété de riz peut être difficile si elle est étudiée et développée sans l’implication d’agriculteurs dans un processus ouvert à tous.
 
Cet article est une production de la rédaction Afrique sub-saharienne de SciDev.Net.