Afrique Sub-Saharienne

  • Une invention réduit de moitié la quantité d'eau pour l'irrigation du riz

    Mohamed El-Sayed

    16/02/17

Lecture rapide

  • L'inventeur égyptien d'une machine à irriguer remporte un prix international

  • La machine réduit de moitié la quantité d'eau nécessaire à la culture du riz

  • Elle pourrait profiter à l'Egypte, dont la part de l'eau du Nil est menacée

[Le CAIRE] En Egypte, des experts mettent en garde contre une crise imminente de l'eau, à cause de la construction du barrage de la Renaissance, un ouvrage construit sur le Nil, en territoire éthiopien et qui est sur le point d'être achevé.
 
Pendant ce temps, la production agricole consomme environ 85% des ressources en eau de l’Egypte, dont la moitié est consacrée à l'irrigation du riz.
 
La culture du riz consomme en effet plus de 10 milliards de mètres cubes d'eau par an, soit plus d'un sixième de la part de l'Egypte dans l'eau du Nil, a déclaré à SciDev.Net Khaled Ghanem, professeur d'agriculture biologique à l'Université Al-Azhar.
 
Et cette estimation ne tient pas compte de l'eau utilisée pour la culture dans les zones non-autorisées, dont le volume est estimé à environ un tiers de celui utilisé dans les zones autorisées, a-t-il ajouté.
 
Mais il pourrait bientôt y avoir une solution, sous la forme d'une machine qui laboure les champs de manière à économiser environ la moitié de la quantité d'eau habituellement utilisée pour l'irrigation, ainsi qu'un quart des engrais utilisés dans la culture.
 
Une unité spécialement importée, qui sème mécaniquement les semis de riz, est montée sur la machine.

“Cette machine permettra d'économiser beaucoup d'eau d'irrigation en Egypte chaque année, ce qui aidera le pays à relever ces défis et à diriger l'eau économisée vers d'autres cultures.”

Khaled Ghanem
Université Al-Azhar


 
 
L'inventeur égyptien de la machine, Mohamed El-Sayyed El-Hagarey, chercheur au Desert Research Centre [Centre de Recherche sur le désert] au Caire, a reçu le prestigieux Prix WatSave pour les jeunes professionnels de la Commission Internationale de l'Irrigation et du Drainage (ICID), lors du deuxième Forum Mondial de l'Irrigation, en Thaïlande, au mois de novembre 2016.
 
Dans une interview à SciDev.Net, Mohamed El-Sayyed El-Hagarey a fait part de ses motivations.
 
Pendant la culture, a-t-il expliqué, le riz nécessite une submersion complète dans une couche d'eau de 10 à 15 cm au-dessus de la surface du sol, ce qui exige d'énormes quantités d'eau et d'engrais.
 
Son objectif était de faire face à ce défi.
 
La machine creuse des lignes en forme de "V" dans le sol, avec une profondeur et une largeur de 20 cm, et sème automatiquement les plants de riz.
 
Cette opération maintient le niveau d'eau nécessaire pour que le riz se développe dans les auges en forme de V, ce qui représente une quantité d'eau inférieure au volume utilisé dans l'agriculture conventionnelle qui exige que l'ensemble du terrain soit complètement submergé.
 
La machine a été testée avec succès dans un champ du gouvernorat de Kafr el-Sheikh, connu pour la culture du riz en Egypte.
 
Selon Mohamed El-Sayyed El-Hagarey, elle a permis de réduire la quantité d'eau utilisée de moitié et "le rendement des cultures a augmenté de 4,6 %".
 
Atef Sweilem, spécialiste de l'eau et de l'irrigation au Centre international de recherche agronomique dans les zones sèches (ICARDA), a loué les performances de la machine, tout en ajoutant que "l'économie d'eau et d'engrais n'inciterait pas les petits exploitants agricoles à l'acheter, les rendements n'étant pas énormes".
 
Il a souligné que les parcelles agricoles de riz détenues par la plupart des agriculteurs ne dépassent pas un demi-acre.
 
"Economiser de l'eau et des engrais ne signifie pas grand-chose pour les agriculteurs, qui obtiennent de l'eau gratuitement et des engrais subventionnés par l'Etat", a expliqué Atef Sweilem.
 
L’hydrologue croit donc que le ministère égyptien de l'Agriculture et celui des Ressources en Eau et de l'Irrigation devraient jouer un rôle important, en soutenant financièrement les agriculteurs et en leur apprenant à utiliser la machine.
 
Mohamed El-Sayyed El-Hagarey a pour sa part précisé que la machine coûte environ 5000 dollars US – environ 300.000 Francs CFA -, mais doit encore subir des améliorations avant d'être prête pour la commercialisation.
 
Il a l'intention de soumettre de nouveau une proposition à l'Académie de recherche scientifique et de technologie en Egypte, en espérant qu'elle soutiendrait son développement.
 
Une proposition antérieure formulée en 2014 est restée sans réponse et le chercheur a dû concevoir son invention à ses propres frais.
 
Khaled Ghanem estime que "l'Égypte doit utiliser cette machine très largement pour plusieurs raisons", la plus importante étant les implications du barrage de la Renaissance en Éthiopie sur la part de l'Égypte dans l'eau du Nil.
 
Il a également évoqué les effets du changement climatique, notamment la sécheresse, la désertification et une augmentation des taux d'évaporation, ainsi que l'eau gaspillée le long du Nil.
 
"Cette machine permettra d'économiser beaucoup d'eau d'irrigation en Egypte chaque année, ce qui aidera le pays à faire face à ces défis et à diriger l'eau économisée vers d'autres cultures", a précisé Khaled Ghanem.
 
Et de conclure : "Les ministères concernés pourraient ne pas prêter attention à cette innovation. La solution consiste à mettre en place des entreprises majeures pour commercialiser des innovations similaires qui peuvent être financées par des actions à bas prix, ce qui les rend disponibles à un plus grand nombre de consommateurs."