Afrique Sub-Saharienne

  • Un outil pour évaluer la conformité des projets aux ODD

    Godefroy Chabi

    13/06/16

Lecture rapide

  • Créé depuis les années 1980, cet outil a connu plusieurs améliorations

  • Le Togo et le Burkina Faso font partie des pays qui l’ont déjà expérimenté

  • L’impact direct de cet outil dans les pays où il a déjà été utilisé reste à mesurer

Pour évaluer la conformité des projets, programmes et politiques avec les exigences du développement durable, un chercheur canadien a mis en place la Grille d’analyse du développement durable (GADD).
 
Claude Villeneuve, chercheur à l’université du Québec à Chicoutimi, a eu l’idée de créer cet outil dans les années 1980 en réponse à la question d’un étudiant. Depuis lors, il a connu plusieurs améliorations jusqu’à sa version actuelle.
 
Ce qui fait la différence entre cet outil et les autres, c’est surtout le nombre d’objectifs qu’il présente : près de 170 au total, associés au développement durable. 
 

“On peut l’utiliser dans n’importe quel projet, un projet minier, de construction d’école, de développement d’un commerce, etc. Il suffit de l’ajuster afin qu’il s’adapte aux priorités locales”

Claude Villeneuve
Chercheur, université du Québec à Chicoutimi

 
Ces objectifs sont regroupés en 40 thèmes réparties en six dimensions : sociale, économique, écologique, culturelle, éthique et gouvernance.
 
"C’est la grille la plus complète, l’idée est qu’il faut couvrir un grand nombre d’objectifs", indique Claude Villeneuve, interrogé par SciDev.Net.
 
Un système de pondération est relié à la grille et permet aux utilisateurs d’autoévaluer leurs initiatives.
 
En fonction de la note obtenue, il est possible de savoir si elles répondent ou non aux attentes en matière de développement durable.
 
À ce jour, plusieurs centaines de projets et de politiques dans le monde ont déjà testé l’outil disponible gratuitement et utilisable par n’importe qui.
 
"On peut l’utiliser dans n’importe quel projet, un projet minier, de construction d’école, de développement d’un commerce, etc. Il suffit de l’ajuster afin qu’il s’adapte aux priorités locales", assure Claude Villeneuve.
 
Appropriation
 
A travers des formations, l’Institut de la francophonie pour le développement durable (IFDD) a joué un rôle clé dans l’appropriation de cette application en Afrique.
 
Marcel Klassou, attaché de programme à l’IFDD explique par exemple qu’au Burkina-Faso, la grille a permis d’évaluer quatre plans communaux.
 
"Les plans locaux évalués ont conduit à élaborer de nouvelles stratégies qui tiennent compte des thématiques prioritaires pour ce pays", dit-il. Citant le changement climatique, les questions de genre, la gestion durable des terres, etc.
 
Il évoque aussi le Togo qui a utilisé cette application pour améliorer sa Stratégie de croissance accélérée et de promotion de l’emploi (SCAPE); et qui compte s’en servir pour préparer sa vision de développement à l’horizon 2030, en conformité avec les Objectifs du développement durable.
 
Ainsi, dit-il, "la GADD répond à une attente des communautés et leur permet de mener des actions d'une manière intégrée en tenant compte des piliers social, environnemental et économique".
 
"Elle a la double pertinence d'être un outil de conception et d'évaluation de politiques existantes", déduit Marcel Klassou.
 
Harmoniser l’interprétation
 
Rasmané Ouedraogo, coordonnateur du projet Pauvreté et environnement au ministère de l’Environnement et du développement durable du Burkina Faso, indique que parmi les quatre communes qui ont expérimenté l’outil, la prise en compte des dimensions éthique, écologique, sociale, économique et culturelle dans les plans communaux a été insuffisante; alors que la dimension gouvernance a été "fortement" considérée dans deux communes.
 
Aussi juge-t-il nécessaire de "traduire la grille dans les langues nationales du pays pour permettre sa compréhension à tous les acteurs locaux".
 
Question d’harmoniser l’interprétation des objectifs et du système de pondération entre ces acteurs.
 
En attendant, Marcel Klassou reconnait qu’il est encore trop tôt pour évaluer les impacts directs de l’outil dans les pays concernés.