Afrique Sub-Saharienne

  • Barrages et réservoirs, source de tarissement d'eau pour les utilisateurs en aval

    Claudia Caruana

    10/07/17

Lecture rapide

  • Les barrages et les systèmes d'irrigation ont certes profité à l'humanité

  • Mais les populations en aval ont souvent subi une réduction de la disponibilité en eau

  • 20% ont connu une hausse du volume d'eau, tandis que 24% ont connu une baisse

[NEW YORK] Selon une étude, les réservoirs, les barrages et autres systèmes d'irrigation ont augmenté la disponibilité en eau pour une grande partie de la population mondiale, mais ils ont également créé une pénurie dans de nombreuses localités en aval.
 
L'étude, publiée le mois dernier dans la revue Nature Communications, est l'une des premières à fournir une comptabilité mondiale des impacts régionaux et locaux causés par l'intervention humaine, avec à la clé la modification des points névralgiques en matière de pénurie d'eau.
 
Les chercheurs ont constaté qu'une partie importante de la population bénéficiait d'apports supplémentaires en volume d'eau ou en perdait quand il s'agissait de la disponibilité de ressources en eau douce.
 
À l'aide de cinq modèles hydrologiques, ils ont examiné l'évolution de la disponibilité, de la demande et de la pénurie d'eau à l'échelle mondiale, de 1971 à 2010. L'approche systémique leur a permis de proposer une estimation plus réaliste que les approches précédentes ; elle révèle également une plus grande pénurie d'eau que les estimations précédentes.

“C'est une question de bon sens que prélever de l'eau d'un cours d'eau réduira la quantité d'eau disponible pour les populations en aval.”

Ted Veldkamp
Université libre d'Amsterdam

 
Ted Veldkamp, auteur principal de l'étude et chercheur à la l'Université libre d'Amsterdam, affirme que plus d'un tiers de la population mondiale a été touchée.
 
En moyenne, environ 20% de la population mondiale a enregistré une augmentation significative de la disponibilité en eau, estime-t-il. Toutefois, "24% ont connu une diminution significative de la disponibilité en eau".
 
"C'est une question de bon sens que prélever de l'eau d'un cours d'eau réduira la quantité d'eau disponible pour les populations en aval. Mais ce n'est pas si simple. Les changements saisonniers dans les précipitations et le stockage de l'eau rendent difficile pour les modélisateurs d'estimer la disponibilité en eau et les impacts des interventions", explique Ted Veldkamp, ajoutant que les effets du changement climatique peuvent être "difficiles à distinguer d'autres impacts comme les activités humaines".
 
Le chercheur ajoute que le résultat final de l'étude est que "les interventions humaines - l'ensemble des activités d'irrigation et les prélèvements d'eau à des fins domestiques et industrielles, l'utilisation des terres, les changements dans la couverture des sols et les opérations de barrages et réservoirs - modifient radicalement les dimensions critiques de la pénurie d'eau."
 
"Les décideurs en aval ont la responsabilité de regarder vers le haut. Dans un scénario idéal, les deux parties devraient tenter d'optimiser (ensemble) leurs intérêts et d'obtenir une répartition optimale des ressources en eau douce qui répondent mieux à leurs besoins collectifs", soutient-il.
 
"L'étude est un excellent exemple de la rapidité avec laquelle la disponibilité des données à l'échelle mondiale peut aider à comprendre les conflits en amont et en aval potentiels dans les régions pauvres en données, telles que de grandes régions d'Afrique et d'Asie", a pour sa part déclaré Matti Kummu, enseignant à la Water and Development Research Group, une entité de l'Université d'Aalto, en Finlande.
 
"Les organisations de bassins hydrographiques nationaux et internationaux (dans le cas des bassins fluviaux transfrontaliers) peuvent utiliser ces résultats pour avoir une connaissance objective et scientifique des impacts potentiels de l'utilisation en amont de l'eau pour mieux négocier des traités entre des groupes d'intérêt", ajoute Matti Kummu.
 
Cet article a été rédigé par l'édition Asie & Pacifique de SciDev.Net.