Afrique Sub-Saharienne

  • Manifestations en Libye contre la crise de l'eau

    Hazem Badr

    17/08/17

Lecture rapide

  • L'instabilité politique entraîne de graves pénuries d'eau dans les villes libyennes

  • Les réseaux publics souffrent de perturbations, de vieillissement des infrastructures et de pénurie de matériaux

  • La crise crée un commerce informel qui prospère, les revendeurs écoulent de l'eau à des prix élevés

[LE CAIRE] Le mois dernier, les habitants de la ville libyenne de Tobruk, sur la côte est de la Méditerranée, ont manifesté leur colère contre le manque d’eau, des bouteilles vides à la main, avec comme cri de ralliement "l'eau pour le pétrole" et menaçant de fermer le port de Marsa Hariga - l'un des plus grands ports pour l'exportation de pétrole - si la crise n'était pas résolue.
 
Avec une population de plus de 150.000 personnes, Tobruk s'approvisionne en eau à partir d'une usine de dessalement devenue opérationnelle juste après l'an 2000. 
L'usine, qui a trois unités avec une capacité de production quotidienne combinée de 36.000 mètres cubes, a été forcée de réduire sa production d'un tiers, début de juillet.
Elle manquait par la suite d’intrants chimiques, ce qui a conduit à sa fermeture définitive fin juillet.

“L'approvisionnement de l'usine est interrompu de manière sporadique et la reprise des activités peut prendre jusqu'à plusieurs jours.”

Saleh Al-Kilani

 
Selon Saleh Al-Kilani, un habitant de la ville côtière de l'est de la Libye, les gens recourent maintenant aux commerçants qui vendent de l'eau à des prix élevés, en raison des perturbations répétées de l'offre depuis 2012.
 
"L'approvisionnement de l'usine est interrompu de manière sporadique et la reprise des activités peut prendre jusqu'à plusieurs jours", a déclaré Kil-Kilani à SciDev.Net. "La raison invoquée est que l'équipement est suranné et qu'il n'y a pas de ressources financières pour acheter du matériel d'exploitation, ni un budget pour payer les travailleurs."
 
Un travailleur de la station, qui s'exprimait sous anonymat, a confirmé le besoin d'entretien complet de l'usine, ajoutant qu'un soutien financier était nécessaire pour réparer les chaudières.
Cependant, il ne nourrissait quasiment aucun espoir quant à la possibilité d'obtenir une réponse, en raison de "la coexistence de deux gouvernements, l'un à l'est et l'autre dans la capitale".
 
Une crise de l'eau a également frappé la ville de Sabha, dans le sud-est dont le réseau d'approvisionnement public pompe l'eau de 80 puits souterrains.
"Cela nécessite un approvisionnement régulier en électricité, ce qui n'est malheureusement pas le cas", selon Khalid al-Juhaimi, journaliste résidant dans la ville.
 
La solution immédiate offerte par les responsables de Sabha consiste à installer de nouvelles pompes pouvant fonctionner malgré les fluctuations de la disponibilité en électricité. Mais la proposition intervient dans un contexte de difficultés financières et d'obstacles administratifs également observés à Tobruk.
 
Sabha est une illustration de la façon dont la crise en Libye a créé un commerce de l'eau prospère, les concessionnaires apportant de l'eau des puits à environ 20 kilomètres de la ville et la vendant à des prix élevés. 
 
Mohammed Abdoul Aziz, un habitant, estime que cela impose un fardeau financier élevé aux habitants de la ville : "J'achète mille litres d'eau par semaine à 20 dinars (15 dollars) que je place dans le réservoir de la maison."
 
La crise est moins perceptible dans la capitale, Tripoli, qui dépend de l'eau fournie par la Grande rivière artificielle (GRA) construite par l'ancien dirigeant, Mouammar Kadhafi.
 
La GRA est le réseau pipelinier le plus important au monde. Avec plus de 1.300 puits, dépassant une profondeur de 500 mètres, elle fournit quotidiennement de l'eau douce à Tripoli, à Benghazi, à Syrte et à d'autres villes.
 
Mutasim al-Hawzi, également journaliste résidant à Tripoli, rapporte qu'en raison de la faible tension du réseau électrique public, "les pompes à eau sont éteintes et cela affecte le débit d'eau dans la rivière".
 
Bien que le problème soit habituellement résolu rapidement, l'autorité de la GRA a averti plus d'une fois sur sa page Facebook que des interruptions répétées pourraient endommager les moteurs de pompes, selon Mutasim Al-Hawzi.  
 
Et elle a récemment demandé à la compagnie d'électricité publique de mieux gérer le réseau, de préserver l'équipement et de maintenir les niveaux de production requis.