Afrique Sub-Saharienne

  • Les anticorps des survivants peuvent aider à stopper Ebola

    Julien Chongwang

    13/06/17

Lecture rapide

  • Des anticorps d’un survivant se sont montrés efficaces contre trois souches du virus

  • Deux souches n’ont cependant pas été sensibles à l’action de ces anticorps

  • L’étude pourrait accélérer l’élaboration d’autres remèdes et vaccins contre la maladie

Et si on prévenait l’infection à virus Ebola à partir des anticorps prélevés chez des individus qui ont survécu à la maladie ? C’est le défi que se sont lancé des chercheurs soutenus par le National Institutes of Health (NIH) aux Etats-Unis.
 
Une étude publiée le 18 mai dernier dans la revue scientifique Cell, révèle que ces chercheurs ont découvert deux anticorps qui pourraient jouer un tel rôle.
 
Dans un communiqué de presse publié le même jour, le NIH indique que les travaux des chercheurs avaient commencé sur des souris chez lesquelles ils avaient trouvé qu’un anticorps était capable de les prémunir contre les différentes souches du virus Ebola.
 
"Pour trouver des anticorps humains de protection générale similaires, indique le communiqué, les chercheurs ont étudié 349 anticorps monoclonaux humains dérivés du sang d'un survivant de la récente épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest".
 

“Nous croyons qu'un médicament peut être développé à partir de nos travaux au cours des prochaines années. En revanche, un vaccin basé sur notre étude demande encore un peu plus de temps”

Kartik Chandran
Professeur, Albert Einstein College of Medicine

 
Dans leur démarche, les chercheurs se sont attelés spécifiquement à identifier des anticorps qui pourraient neutraliser les cinq souches communes de virus Ebola.
 
A l’arrivée, apprend-on de ce même document, ils ont découvert deux anticorps (ADI-15878 et ADI-15742) qui, sous certaines conditions, pourraient empêcher plusieurs souches de virus Ebola d’infecter des cellules ; notamment en bloquant leur processus de fusion avec la cellule.
 
"De plus, lorsqu’ils ont été testés sur des cellules humaines en laboratoire, ces anticorps ont protégé les cellules contre une infection par plusieurs souches différentes de virus pathogènes d’Ebola", ajoute le communiqué.
 
Cependant, hors des laboratoires, les résultats des tests ont été beaucoup plus nuancés lorsque ces anticorps ont été essayés sur des souris sauvages, sur des souris génétiquement modifiées et sur des furets (mammifères proches du putois).
 
Ainsi, peut-on lire, "le traitement des souris de type sauvage avec les anticorps après exposition au virus Ebola de type Zaïre semblait avoir un effet protecteur, tout comme le traitement des souris génétiquement modifiées, après exposition au virus de type soudanais. Quant aux furets, les anticorps ont protégé leurs cellules contre la souche de virus Ebola appelée Bundibugyo".
 
Pour autant, il a été constaté que chez les furets traités avec l’ADI-15742, le virus Bundibugyo a opéré une mutation qui lui a permis d’échapper aux effets de l’anticorps.
 
Tandis qu’aucun des anticorps n’a apporté de protection contre les virus de souche Lloviu ou Marburg lors des tests en laboratoire sur les cellules humaines.
 
Cocktail prophylactique
 
Ce qui n’est pas de nature à décourager les chercheurs qui ont conduit ces travaux et ces différents tests.
 
C’est le cas de Kartik Chandran, professeur de microbiologie et d’immunologie à Albert Einstein College of Medicine, et l’un des principaux auteurs de l’étude.
 
"Nous croyons qu'un médicament peut être développé à partir de nos travaux au cours des prochaines années. En revanche, un vaccin basé sur notre étude demande encore un peu plus de temps, mais les résultats de cette recherche indiquent la voie de son développement", dit-il.
 
Concernant justement la suite à donner à cette étude, l’intéressé confie que "notre prochaine étape est de construire un "cocktail", un mélange d'anticorps monoclonaux, des anticorps individuels que nous avons identifiés, qui puissent protéger les animaux, y compris les primates non humains, de la maladie du virus Ebola".
 
En outre, il confie à SciDev.Net que "nous aimerions développer un "cocktail prophylactique" qui puisse être administré aux personnes des jours ou même des semaines avant qu'elles ne puissent être exposées à une contamination, afin de les empêcher de tomber malades".
 
Car, ajoute-t-il, "avoir des cocktails qui peuvent à la fois prévenir les infections et guérir la maladie serait extrêmement utile lors des épidémies".
 
"Ces résultats peuvent contribuer à l'élaboration d'anticorps thérapeutiques contre différentes souches du virus Ebola, ainsi que des vaccins pour une utilisation potentielle en cas d'une autre épidémie", conclut le communiqué de presse du NIH.
 
Réponse immunitaire
 
A en croire les chercheurs, lorsqu'il infecte les humains et les primates non humains, le virus Ebola supprime rapidement la réponse immunitaire chez la plupart des gens.
 
Et une fois que cela se produit, le virus peut continuer à se reproduire sans réponse ; ce qui entraîne la défaillance des organes et la mort du patient.
 
Toutefois, ils ne comprennent pas encore ce qui explique la résistance des anticorps de certains individus face à l’agression du virus Ebola. En attendant que les recherches leur permettent d’y voir plus clair, ils ne peuvent qu’émettre des hypothèses.
 
Ainsi, pensent-ils, "il se pourrait qu'ils aient reçu une dose plus faible de virus. Mais il est également probable que certaines personnes abritent des adaptations génétiques qui leur permettent de survivre à l'apparition rapide de la maladie et au choc qui résulte de l’infection à Ebola".
 
Et de poursuivre : "D'autres peuvent avoir des mutations qui réduisent la capacité du virus à se répliquer dans leurs cellules. Enfin, nous ne pouvons pas exclure le fait que certaines personnes aient déjà été exposées à une forme de virus et qu'elles puissent apporter une réponse efficace ; cependant, il est peu probable que ce soit l'explication pour la grande majorité des survivants"
 
Epidémie
 
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la maladie à virus Ebola est survenue pour la première fois en 1976 à Nzara (actuellement au soudan du Sud) et à Yambuku (actuellement en République démocratique du Congo - RDC).
 
Mais, la plus grande crise d’Ebola enregistrée jusqu’ici reste l’épidémie qui a sévi entre 2014 et 2016 en Guinée, en Sierra Leone et au Libéria et qui était causée par l’espèce Zaïre du virus.
 
Selon les derniers pointages de l’OMS à ce sujet, cette épidémie a touché quelque 28 616 personnes, dont 11 310 en sont mortes.
 
La dernière manifestation de la maladie remonte cependant à mai 2017 en RDC où elle a été rapidement maîtrisée.
 
Entre temps, un vaccin jugé "efficace" contre la maladie a été développé et est désormais disponible. Son nom : rVSV-ZEBOV.