Afrique Sub-Saharienne

  • Comment doper l’enseignement supérieur en Afrique

    Julien Chongwang

    23/07/15

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  • L’objectif est de faire passer le taux d’accès à l’université de 8% à 50%

  • L’intention est aussi de parrainer 1 000 chercheurs par an pendant 10 ans

  • L’UA appelle à plus d’investissement pour créer une masse critique

L’organisation TrustAfrica a publié la semaine dernière la déclaration finale et le plan d’action du premier sommet sur l’enseignement supérieur en Afrique qui s’est tenu du 10 au 12 mars 2015 à Dakar.

Ce sommet qui avait réuni quelque 500 participants dans la capitale sénégalaise avait pour thème "Revitalisation de l’enseignement supérieur pour l’avenir de l’Afrique".

Il avait pour objectifs entre autres de créer une vision commune pour l’avenir de l’enseignement supérieur en Afrique ; ou encore de soutenir et partager l’innovation dans l’enseignement supérieur en Afrique ; sans oublier d’exploiter et mettre en évidence les meilleures pratiques et initiatives mises en œuvre dans cet ordre d’enseignement.

Les échanges avaient vu la participation d’éminentes personnalités à l’instar de Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) et de Nkosazana Dlamini Zuma, la présidente de la Commission de l’Union africaine.

La déclaration et le plan d’action publiés ce mois de juillet retient huit axes d’intervention prioritaires comme résultat de ces travaux.

Ces priorités vont de "l’engagement ambitieux des diverses parties prenantes pour élargir le secteur de l’éducation" à la mobilisation de la diaspora en passant par le renforcement des capacités dans les domaines de la recherche et par l’accroissement de l’investissement dans l’enseignement supérieur.

Sur l’élargissement du secteur de la recherche, le plan d’action appelle les pays du continent à atteindre "un taux d’inscription de 50% dans les établissements d’enseignement supérieur grâce à des investissements concomitants de l’Etat, du secteur privé et de la société en général, dans le personnel universitaire, les infrastructures et les installations".

C’est le lieu d’indiquer que TrustAfrica situe aujourd’hui le taux d’accès à l’enseignement supérieur en Afrique à 8% ; ce qui n’est pas loin des 7% annoncés par le président Macky Sall lors de l’ouverture de ce sommet.

“Notre objectif est de voir toutes les parties prenantes aux niveaux continental et national prendre des mesures concrètes pour faire des recommandations du Sommet une politique applicable.”

Omano Edigheji de TrustAfrica, directeur du Sommet tenu à Dakar 

En ce qui concerne la mobilisation de la diaspora, il est question de mettre en œuvre un programme dénommé 10/10.

Ce programme consisterait à parrainer "chaque année 1 000 chercheurs de la diaspora africaine, toutes disciplines confondues, dans des universités et collèges africains à des fins de collaboration en matière de recherche, d’élaboration de programmes et d’enseignement et mentorat d’étudiants diplômés".

 
Investissement

 
Pour ce qui est du renforcement des capacités dans les domaines de la recherche, de la science, de la technologie et de l’innovation, les organisateurs du sommet font le constat selon lequel "la part de l’Afrique dans les dépenses intérieures brutes mondiales sur la recherche et le développement (DIRD) n’était que de 0,9% en 2009, et les DIRD s’élevaient à un taux insignifiant de 0,4% du PIB du continent".
Alors, "d’ici 2063, les pays d’Afrique doivent chercher à dépasser les moyennes mondiales en termes de niveaux de dépenses intérieures brutes en recherche et développement (DIRD)", recommande la déclaration finale.

Quant au volet investissement, il est préconisé entre autres la mise en place de politiques fiscales incitatives pour les groupes privés et les structures de bienfaisance qui investissent dans l’enseignement supérieur.

Dans le même ordre d’idées, "il est essentiel de conférer aux institutions d’enseignement supérieur une autonomie opérationnelle afin de faire des praticiens de l’enseignement supérieur en Afrique les pivots de l’effort de revitalisation de leur secteur", peut-on lire.

Pour le reste, il est demandé aux Etats d’améliorer la qualité de l’enseignement supérieur en Afrique "en encourageant les approches pédagogiques axées sur des enquêtes et l’apprentissage autonome, l’introduction précoce des étudiants à la recherche, et l’utilisation de la technologie ; et en équilibrant la croissance des effectifs par rapport aux capacités institutionnelles existantes".

"Notre objectif est de voir toutes les parties prenantes aux niveaux continental et national prendre des mesures concrètes pour faire des recommandations du Sommet une politique applicable", exhorte Omano Edigheji de TrustAfrica, directeur du Sommet.

Partie prenante de l’organisation du sommet de Dakar, l’Union africaine y a consacré un paragraphe dans le communiqué final qui a consacré son 25ème sommet qui s’est tenu en juin dernier en Afrique du Sud.

Dans ce passage, l’institution continentale demande aux Etats membres "de renforcer leur soutien et leurs investissements dans l’enseignement supérieur afin de développer une masse critique de capital intellectuel de haut niveau, et de promouvoir l’employabilité des jeunes en les dotant de compétences en entrepreneuriat et en développant leur sens de l’innovation".

Par ailleurs, l’assemblée générale a demandé à la Commission de l’UA "de jouer un rôle de premier plan dans le processus de construction de l’espace commun africain pour l’enseignement supérieur et la recherche".

De son côté TrustAfrica a déjà engagé des actions dans ce sens : "nous travaillerons avec les gouvernements africains à l’élaboration de plans nationaux pour l’enseignement supérieur. Ainsi TrustAfrica a tenu des réunions avec les ministères africains de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de la technologie en vue de collaborer à l’élaboration de ces plans nationaux", confie Omano Edigheji.