Afrique Sub-Saharienne

  • Un Ivoirien sacré champion d’Afrique de mathématiques

    Traoré Mamadou

    01/08/17

Lecture rapide

  • Polneau Néba Eddie Ibrahim a résolu avec succès toutes les équations du tournoi

  • La compétition oppose les meilleurs élèves du secondaire en mathématiques

  • Âgé de 16 ans, le lauréat passe en terminale C où il va affronter le bac l’an prochain

[ABIDJAN] C’est un jeune Ivoirien de 16 ans, élève en première C, qui a remporté la 25ème édition des Olympiades panafricaines de mathématiques (OPAM) qui ont eu lieu du 4 au 6 juillet dernier à Rabat (Maroc).
 
Il s’agit d’une compétition qui oppose chaque année les meilleurs élèves en mathématiques inscrits dans l’enseignement secondaire sur le continent, à condition qu’ils soient âgés de moins de 20 ans.
 
Polneau Néba Eddie Ibrahim a notamment engrangé le nombre maximum de points en trouvant la bonne réponse à tous les exercices, totalisant 42 points sur 42.
 
"On nous a donné des exercices de niveau supérieur, comme par exemple une suite récurrente affine d’ordre deux. Ça n’a rien à voir avec les maths que nous étudions à l’école. J’ai juste mis en pratique tout ce que j’ai appris durant nos ateliers de formation", relate le jeune homme.
 
"Pour la vérification des résultats, poursuit-il, j’ai utilisé une technique qu’on nous a enseignée et qui consiste à vérifier du bas vers le haut; car dans le sens normal, le cerveau a déjà enregistré les données et on risque de ne pas voir les erreurs".
  

“C’est cette attitude de "forceur" qui lui a permis de prendre le dessus sur les candidats des autres pays lors des Olympiades."

Brahima Koné
Enseignant de mathématiques, SMCI (Abidjan)

 
Quoi qu’il en soit, son succès n’est pas étonnant quand on sait que cet adolescent vient d’être admis, avec une moyenne annuelle en mathématiques de 15,97 / 20, en classe de terminale C à l’Ecole militaire préparatoire et technique (EMPT) de Bingerville (Abidjan) où il est inscrit.
 
Découvert il y a environ un an par la Société mathématique de Côte d’Ivoire (SMCI), alors qu’il était en classe de seconde, Polneau Néba Eddie Ibrahim, va très vite s’imposer et intégrer l’équipe nationale de mathématiques.
 
"Lors de mon premier stage, se souvient-il, j’étais en seconde et j’étais avec des élèves de terminale. Au départ je n’y comprenais rien, pourtant en classe j’avais 19,61 de moyenne en maths. Mais après, je me suis dit : si les autres le peuvent, pourquoi pas moi ? Et c’est ainsi que je me suis mis au travail pour arriver à ce stade".
 
Brahima Koné, un des encadreurs de la SMCI, se rappelle qu'ensuite, Polneau Ibrahim, cette-année-là, avait achevé en l’espace d’une semaine le chapitre d’arithmétique de la terminale C, qui s'assimile normalement en deux à trois semaines.
 
Et pourtant, ce jeune homme n’a pas toujours eu le même intérêt pour les matières scientifiques, encore moins pour les mathématiques.
 
En effet, après un cycle primaire normal, sa passion pour les maths n’a commencé qu’au lendemain de son arrivée à l’EMPT où les mathématiques ont un coefficient de 20, soit plus de 10 points de plus que les coefficients des autres disciplines.
 
D’ailleurs, "quand on a voulu qu’il se présente au concours d’entrée à l’EMPT, il m’a dit : "Papa, si c’est pour prendre les armes là-bas, moi je ne veux pas y aller", se souvient Polneau Marcelin Akadié.
 
Polneau 3
 
Le géniteur de l’élève ajoute : "Mais une fois dans cette école, il s’est habitué à l’environnement. Avec la discipline militaire, il s’est forgé un caractère d’enfant très discipliné".
 
"J’ai donc dû forcer dans les maths à partir de la classe de 5ème ; car en 6ème j’étais plus porté vers les matières comme l’histoire et la géographie", relate l’enfant lui-même.
 
"C’est cette attitude de "forceur" qui lui a permis de prendre le dessus sur les candidats des autres pays lors des Olympiades", croit même savoir Brahima Koné.
 
Résultat de ce forcing : il s’est peu à peu laissé fasciner par cette discipline qui est ainsi devenue sa passion, au point où il en parle avec une remarquable aisance, par exemple lorsqu’il s’agit des équations fonctionnelles.
 
"Toute la démarche pour traiter une équation fonctionnelle, c’est comme de l’art. C’est bien ordonné. Quand on voit la correction d’une équation, on se dit que c’est facile ; or ça demande beaucoup de réflexion", dit-il avec confiance.
 
Une confiance qui fait la fierté de ses enseignants et suscite l’admiration et la déférence de ses camarades.
 
Pour Gbégbalo Sandé, son professeur de maths, Polneau Néba Eddie Ibrahim est un "garçon exceptionnel" : "Il est au-dessus du lot et au-dessus du niveau normal du programme des mathématiques de la première C. Il est très travailleur, très méthodique. C’est quelqu’un qui pose des questions très pertinentes en classe".
 
"Comme il fait beaucoup de recherches, il soulève souvent des questions puisées ailleurs, et auxquelles il n’a pas pu trouver de réponses. Et quand on pose des questions compliquées, il est très souvent le seul à lever le doigt", poursuit le professeur.
 
Tout est question de logique
 
Quant à ses camarades de classe, ils disent de lui qu’il est "quelqu’un qui est toujours prêt à aider les autres à comprendre les leçons et exercices de mathématiques".
 
"Même quand il n’a pas la réponse à un exercice, il va te dire d’attendre, et il ira chercher jusqu’à ce qu’il ait trouvé cette réponse pour te satisfaire", note Doh Yannick, l’un de ses camarades de classe.
 
Lorsqu’on lui demande comment il a procédé pour trouver la réponse à un exercice, Polneau Néba Eddie Ibrahim répond : "au fait, je trouve qu’en maths, il n’y a pas d’à peu près. Quand c’est ça, c’est ça ! Tout est question de logique", affirme-t-il.
 
Et il ajoute : "En traitant un sujet par exemple, on peut être bloqué quelque part, mais à force de chercher, la solution jaillit d’un coup, et c’est le déclic".
 
Considéré depuis son sacre à Rabat comme une "fierté" aussi bien pour ses parents que pour la SMCI, son école, ses amis et ses encadreurs, Polneau Ibrahim garde la tête sur les épaules et scrute l’horizon de son avenir.
 
Tiraillé qu’il est entre devenir un chercheur en mathématiques, faire carrière dans l’aéronautique, travailler dans l’astronomie ou faire de l’astrophysique…
 
Mais, il sait que tout cela est encore lointain et que des défis plus immédiats l’attendent. A l’instar du concours national Félix Houphouët-Boigny de mathématiques, des prochaines Olympiades panafricaines, des Olympiades internationales, et surtout du baccalauréat 2018 qu’il doit passer.