Afrique Sub-Saharienne

  • Le Gabon produit du biocarburant à partir de l’huile de palme

    Pierre Célestin Atangana

    15/03/16

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  • La ville de Lambaréné est alimentée en électricité grâce au biocarburant

  • Le nombre de foyers ayant accès à l’électricité dans cette ville a crû de 20 %

  • Ce mode de fourniture d’énergie entraîne aussi une réduction des factures

[LIBREVILLE] Depuis la fin du mois de janvier 2016, la ville de Lambaréné, capitale de la province du Moyen Ogooué, à l’ouest du Gabon, est éclairée grâce à la stéarine, un acide gras d’huile de palme raffinée, produit dans l’usine de transformation de la société Siat Gabon, multinationale agroindustrielle belge.
 
Située à 250 kilomètres de Libreville, la ville de 30 000 habitants éprouve traditionnellement des difficultés d’approvisionnement en énergie électrique ; du coup, cet agro-carburant constitue une révolution tant pour la cité que pour les entreprises.
 
"Depuis le 28 janvier 2016, l’énergie électrique produite par Siat Gabon est déjà injectée dans le réseau de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), sous forme de test grandeur nature. L’ensemble des essais ont été concluants", explique le directeur général du complexe industriel de Lambaréné, Jean-Pierre Mvate.
 
Depuis l’injection de la production de biocarburant dans le réseau de la compagnie nationale d’électricité, le nombre de foyers ayant accès à l’électricité a augmenté de 20 %, selon l’entreprise agroindustrielle.

“C’est une source d’énergie alternative aux énergies fossiles trop polluantes et coûteuses à l’instar de l’énergie produite par les centrales thermiques. Il dégage moins de gaz à effet de serre”

Christian Richard Abiaghe Ngomo
Président, SOS Consommateurs

Aujourd’hui, d’après les responsables de l’huilerie, le gasoil qui faisait fonctionner les groupes électrogènes qui alimentent habituellement la ville, a été remplacé.
 
Désormais, avec cette nouvelle énergie propre, renouvelable et bon marché, le carburant classique a fait place aux agro-carburants issus des plantations de palmiers à huile situées dans la localité voisine de Makouke.
 
Pour cette entreprise, les avantages sont multiples. Depuis le lancement de cette technologie, la facture d’énergie électrique a baissé de 66%.
 
"L’usure du groupe électrogène est beaucoup plus lente, puisqu’il est moins rapide dans son fonctionnement. Un moteur classique à gasoil fonctionne à 1 500 tours par minute. Deuxième avantage, c’est un groupe qui vient d’un moteur marin conçu pour fonctionner 24 heures sur 24, pendant des semaines, des mois, sans interruption. Troisième avantage, il est moins coûteux en maintenance, parce que les entretiens sont plus espacés", explique Daniel Meulemans, directeur technique de Siat Gabon.
 
La production de cet agro-carburant procède d’un contrat signé en 2014 entre la compagnie agro-industrielle et la société d’énergie et d’eau du Gabon.
 
D’après les termes du contrat, l’énergie produite par Siat Gabon doit être réinjectée dans le réseau de la SEEG qui, en retour, doit l’acquérir.

Energie bon marché
 
Mais les experts rappellent que cette énergie bon marché doit profiter au porte-monnaie des ménages.
 
"L’impact des biocarburants dans une ville comme Lambaréné est très grand parce que c’est une source d’énergie alternative aux énergies fossiles trop polluantes et coûteuses à l’instar de l’énergie produite par les centrales thermiques. Il dégage moins de gaz à effet de serre", indique Christian Richard Abiaghe Ngomo, président de SOS Consommateurs, une association de défense des droits des consommateurs.
 
"Seulement, compte tenu de ces aspects, notamment son faible coût, il faut que les consommateurs ressentent cet impact dans leurs factures", relève-t-il.
 
Selon les autorités gouvernementales, l’industrie des biocarburants pourrait créer de multiples emplois et enrayer, en des proportions relatives, le chômage.
 
Avec un couvert végétal d’environ un million d’hectares de savanes très peu peuplées et adaptées à la production d’énergies propres faiblement émettrices de carbone, le Gabon dispose d’un potentiel encore inexploré.
 
"Il y a un avantage écologique certain, mais cela suppose plus de plantations de palmiers à huile et donc plus de destruction d’espaces. Il faut simplement que le secteur soit porteur», souligne-t-on au centre national de la recherche scientifique et technologique de Libreville.