Afrique Sub-Saharienne

  • Des subventions pour six groupes de chercheurs africains

    Julien Chongwang

    14/03/17

Lecture rapide

  • Les chercheurs de 8 pays, dont le Cameroun et le Gabon, auront un appui du CODESRIA

  • Leurs projets de recherche touchent à la biodiversité, au genre, à la sécurité…

  • Le CODESRIA a été sacré meilleur think tank d’Afrique subsaharienne en janvier 2017

Six groupes de chercheurs africains viennent d’être sélectionnés pour bénéficier du programme de subvention du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA).
 
Les membres de ces réseaux proviennent notamment du Cameroun, du Cap-Vert, du Gabon, de la Guinée Bissau, du Kenya, du Mozambique, de la Tanzanie et du Zimbabwe.
 
Ils ont été sélectionnés sur la base des projets de recherche qu’ils ont soumis dans le cadre de l’appel à candidatures émis au début de l’année 2016 par le CODESRIA et dont les résultats ont été publiés le dimanche, 12 mars dernier.
 

“L’appui aux chercheurs africains et à ceux de la diaspora est l’un des principaux moyens par lesquels le CODESRIA accomplit son mandat de promotion de la recherche en sciences sociales en Afrique et contribue au développement du continent”

CODESRIA

 
Les projets de recherche retenus vont des questions de genre à la sécurité, en passant par les mariages de jeunes enfants et la préservation de la biodiversité.
 
Il en est ainsi de celui intitulé "genre et armée au Cameroun", coordonné par Estelle Kouokam Magne de l’université catholique d’Afrique centrale (UCAC) à Yaoundé.
 
Selon le communiqué publié par le CODESRIA, "l’objet de cette recherche est d’étudier le rôle que joue le genre dans l’armée camerounaise. Elle analysera son importance dans le recrutement, la formation, les promotions et les procédures administratives".
 
Le synopsis du projet ajoute que "l’étude fait partie de nombreux travaux qui visent à établir des liens entre la sécurité et le genre dans une période où la violence sexuelle basée sur le genre, orchestrée par les armées régulières, les troupes de maintien de la paix et les forces irrégulières est de plus en plus répandue".
 
Les autres membres de l’équipe de recherche sont Youssoufou Ngamondi Karie, Pierre Yves Désiré Ndzomo Bessala, Albert Le Grand Amba Mballa, tous de l’UCAC, ainsi que Dorothée Ndoumbe de l’université de Yaoundé I et Wilfride Gilbert Nzokou Fotsing de l’Ecole militaire interarmées (EMIA) du Cameroun.
 
Patrick Mouguiama-Daouda de l’université Omar Bongo de Libreville au Gabon cordonne quant à lui un groupe de chercheurs qui se propose d’effectuer des recherches intitulées "Langues et cultures en danger : Biodiversité et savoirs endogènes".
 
L’intéressé dirigera une équipe composée d’Auguste Moussirou-Mouyama de l’université Omar Bongo, ainsi que de Fabrice Agyune-Ndone, Rosalie Ngoua et Aude Lauriane Mboumba Mbety tous trois en service au Centre national de la recherche scientifique et technologique (CENAREST).
 
"Cette étude (…) met l’accent sur l’importance des répertoires linguistiques locaux, sur la flore et la faune (noms, catégories, systèmes de gestion des écosystèmes, croyances, etc.) pour la préservation des écosystèmes", peut-on lire dans le communiqué du CODESRIA.
 
 "L’étude collectera et analysera des données linguistiques, ethnographiques et biologiques sur la flore et la faune de quatre communautés au Gabon. Elle souhaite contribuer à la compréhension des liens entre l’ethno-linguistique et l’écologie et aider à préserver la biodiversité", poursuit cette note d’information.

Alphabétisation
 
Un autre sujet qui touche aux femmes est celui proposé par des chercheurs tanzaniens et qui porte sur "l’alphabétisation sur la santé et la recherche des informations sur la santé par des femmes enceintes qui fréquentent des cliniques prénatales dans certaines régions de la Tanzanie".
 
Ce projet d’étude, coordonné par Edda Tandi Lwoga de l’université de la santé et des sciences connexes de Muhimbili (Tanzanie), cherche à comprendre comment les femmes enceintes recherchent des informations sur la santé.
 
A travers les résultats de ces travaux, les trois chercheurs impliqués entendent contribuer à une meilleure compréhension de la santé maternelle, du développement de la petite enfance et de la façon de les améliorer.
 
Les questions de genre intéressent également les chercheurs capverdiens, bissau-guinéens et mozambicains qui veulent travailler sur le thème : " ‘Confronter des dialogues’ : Trajectoires, constructions et voies émancipatrices genres dans le PALOP[1]: la Guinea-Bissau, le Cap Vert et le Mozambique".
 
Un travail qui vise à jauger "l’impact de la participation des femmes dans les mouvements de libération et leur autonomisation dans les sociétés postcoloniales résultant de ces luttes".
 
Mariage de jeunes enfants

Les deux derniers travaux sélectionnés se rapportent tous à des sujets relatifs à la famille. C’est le cas de l’étude que se proposent de faire des chercheurs zimbabwéens sous la direction de Mildred Mushunje de Justice for Children Trust Eastern and Southern Africa.
  
L’objet de l’étude ici étant de "comprendre la persistance du mariage de jeunes enfants dans certaines sectes apostoliques au Zimbabwe, malgré l’interdiction de ces pratiques par les lois nationales et l’activisme des groupes de la société civile".
 
C’est également le cas du sujet : "les obstacles à l’implication des hommes dans la planification familiale - le cas des comtés de Mombasa et Siaya et du peuplement informel de Korogocho à Nairobi, au Kenya"
 
Soumis par des chercheurs de l’université de Nairobi et coordonné par Dalmas Omia, ce projet voudrait pouvoir expliquer "dans quelle mesure les hommes adoptent les méthodes modernes de planification familiale".
 
A travers le communiqué de presse rendant publics les résultats de cet appel à candidatures, l’on apprend que les chercheurs ont 18 mois pour produire les résultats de ces différents travaux.
 
Lesquels résultats viendront s’ajouter aux études concernant la gouvernance, la sécurité, le genre et l’environnement ; des sujets sur lesquels le Conseil a généré, au fil des ans, de nombreux travaux.
 
Dans son dernier classement baptisé Global Go-To Think Tanks Index Report, publié le 26 janvier dernier, l’université de Pennsylvanie (Etats-Unis) a classé le CODESRIA au rang de premier think tank d’Afrique subsaharienne.
 
Dans une interview accordée à SciDev.Net à cette occasion, Ebrima Sall, son secrétaire exécutif, expliquait cette performance en ces termes : " Le CODESRIA est dans la recherche permanente des moyens de s’améliorer. Donc, il y a une introspection, une évaluation critique interne qui se fait régulièrement."

Dans le communiqué de dimanche dernier, l'organisation rappelle que "l’appui aux chercheurs africains et à ceux de la diaspora est l’un des principaux moyens par lesquels le CODESRIA accomplit son mandat de promotion de la recherche en sciences sociales en Afrique et contribue au développement du continent".