Afrique Sub-Saharienne

  • Les femmes au cœur des préoccupations de la Cedeao

    Jean Shiloh

    26/05/15

Lecture rapide

  • Le budget consacré à la recherche scientifique a crû de 102% en cinq ans

  • Un prix de plus de 10 millions de FCFA est lancé chaque année pour les femmes

  • Mais, les autres défis existentiels continuent de l’emporter sur la recherche

Entre 2009 à 2014, le budget consacré à la science et à l’innovation par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) est passé de 392 501 à 792 667 dollars (de 196 à 396 millions de FCFA).

C’est ce que l’on a pu retenir de semaine de la Cedeao organisée du 5 au 9 mai 2015 à Dakar au Sénégal pour célébrer les 40 ans de cette institution.

Cette attention croissante à la science s’est traduite aussi par la formation de 120 chercheurs en 2014 ; mais aussi par des dons de matériels informatiques et d’une somme de 3 000 dollars (1,5 million de FCFA) aux centres de recherche pour les accompagner.

Mais, c’est surtout en direction de la gent féminine que l’engagement de la Cedeao dans la promotion de la recherche scientifique s’est le plus fait ressentir.

Pour notamment encourager les femmes à participer aux activités scientifiques et remédier à leur sous-représentation, la Cedeao organise depuis 2010, en collaboration avec la Commission de l'Union Africaine, le prix régional scientifique Kwamé Nkrumah de l'Union Africaine pour la femme. 

“La science est un héritage commun à toute l'humanité et l’Afrique y a apporté une contribution fondamentale dans les domaines de la métallurgie, de l'astronomie, de la céramique, des mathématiques et de la médecine.”

Amadou Wague, Directeur de l'Institut de Technologies nucléaires appliquées à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal)

Ce prix, d'une valeur de 20 000 dollars (environ 10 millions de FCFA), offre aux femmes la possibilité d'améliorer leur accès à l'enseignement, aux carrières scientifiques, tout en favorisant une plus grande utilisation des sciences dans leurs vies quotidiennes.

Chaque année, deux lauréates sont récompensées dans deux domaines : d’un côté les sciences de la vie et de la terre ; de l’autre les sciences fondamentales, de la technologie et de l'innovation.

Mais, en 2012 et 2014, il n’y a pas eu de lauréate dans le domaine des Sciences fondamentales, de la Technologie et de l'Innovation.
Pour la mise en œuvre du prix Nkrumah, la mobilisation au niveau des Etats est plutôt faible ; car, "nous utilisons les ministères comme canaux. Or nous savons le manque de moyens et les difficultés que ces ministères affrontent", explique Roland Kouakou, Chef de la Division science et technologie au sein de la Commission de la Cedeao.

Ce dernier estime qu’il est "beaucoup plus difficile d’avoir des candidatures d’envergure en sciences fondamentales et innovation. En revanche, je peux vous assurer que dans le secteur de la science de la vie et de la terre nous avons beaucoup de scientifiques dans nos pays".

En 2013, c’est la Burkinabè Libona Yvonne Bonzi-Coulibaly de l'Université de Ouagadougou qui a été primée dans le domaine des sciences fondamentales, de la technologie et de l'innovation.

"Je pense que ce qui a retenu l’attention des membres du jury, c’est l’ensemble des résultats de mon travail de pionnier au Burkina Faso sur l’état de pollution de l’environnement par les pesticides", explique l’intéressée qui est enseignante et chercheur au département de Chimie à l'université de Ouagadougou.

"Ce travail analytique s’est doublé d’une recherche en chimie organique fondamentale à travers la valorisation de substances naturelles bioactives en vue de trouver des solutions pour une agriculture durable", ajoute-t-elle.

Paradoxalement, à la foire organisée à Dakar durant la semaine de la Cedeao, un seul stand avait un rapport avec la science ; il était tenu par Amadou Wague, Directeur de l'Institut de Technologies nucléaires appliquées à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).

"La science est un héritage commun à toute l'humanité et l’Afrique y a apporté une contribution fondamentale dans les domaines de la métallurgie, de l'astronomie, de la céramique, des mathématiques et de la médecine".

Mais, Libona Yvonne Bonzi-Coulibaly a sa petite idée de la place de la science dans les activités de la Cedeao :

"Lorsque l’on considère les énormes défis urgents dans notre région en alimentation, santé, énergie, éducation, démocratie, nous pensons que c’est un luxe de s’intéresser à la science. Pourtant à la suite de la promotion d’un bon système éducatif, la science est un accélérateur de développement", dit-elle.