Afrique Sub-Saharienne

  • Des cas d'éléphantiasis liés aux sols volcaniques en Ouganda

    Esther Nakkazi

    03/05/17

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  • Des chercheurs ont identifié une forme différente d'éléphantiasis en Ouganda

  • Les personnes travaillant pieds nus sont 13 fois plus susceptibles de la contracter

  • Mais un expert remet en question la méthode utilisée

[KAMPALA] Selon une étude, la récente épidémie d'éléphantiasis en Ouganda serait liée au fait de marcher pieds nus sur des sols volcaniques contenant des cristaux de minéraux minuscules et minces.
 
L'éléphantiasis est une maladie tropicale négligée (MTN) causée principalement par un ver parasite appelé Wuchereria bancrofti entraînant une tuméfaction douloureuse des membres supérieurs ou inférieurs.

“C'est une maladie qui peut être évitée par une simple hygiène des pieds, comme le lavage des pieds après le travail et le port de chaussures.”

Christine Kihembo
Ministère ougandais de la Santé

 
Mais une autre forme d'éléphantiasis appelée podoconiose est associée à un contact à long terme avec de l'argile rouge irritante résultant des volcans.
 
"Les gens qui [ne] portaient pas de chaussures étaient 13 fois plus susceptibles d'avoir une podoconiose", explique Christine Kihembo, épidémiologiste principale au ministère ougandais de la Santé et auteur principal de l'étude.
 
Christine Kihembo a déclaré à SciDev.Net que la maladie est fréquente chez les femmes et les agriculteurs, ainsi que chez tous ceux qui ne se lavent pas au moins deux heures après avoir travaillé dans leurs jardins.
 
Selon l'OMS, ce type d'éléphantiasis est généralement associé à l'agriculture et à des années de travail pieds nus dans du sol fraîchement transformé.
 
L'étude, publiée dans la revue American Journal of Tropical Medicine and Hygiene le mois dernier, indique que les travaux ont été menés par une équipe d'experts du ministère ougandais de la Santé, des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies et de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
 
Elle a été motivée par ce qui semblait être une intense épidémie d'éléphantiasis entre 2014 et 2015 dans la localité de Kamwenge, dans l'ouest de l'Ouganda, une zone qui n'était pas auparavant connue pour être un foyer d'éléphantiasis.
 
Les scientifiques ont passé en revue les antécédents médicaux de 52 victimes soupçonnées, ont effectué des tests sanguins d'identification de W. bancrofti pour exclure l'éléphantiasis et ont conclu qu'ils souffraient de podoconiose.
 
Christine Kihembo note que le risque augmentait avec l'âge.
 
"C'est une maladie qui est totalement évitable par une simple hygiène des pieds, comme le lavage des pieds après le travail et le port de chaussures", explique-t-elle.
 
À Kamwenge, les premiers signes de podoconiose n'ont pas été détectés parce que ni les nouveaux arrivants, ni les agents des services de santé n'en avaient entendu parler, car la maladie était surtout connue autour du Mont Elgon, en Ouganda.
 
Elle est également connue dans la région de l'Afrique de l'Est – le plus souvent en Ethiopie -, en Asie du Sud, en Amérique centrale et en Amérique du Sud. "Nos résultats ont permis de sensibiliser [sur la maladie] et nous espérons qu'ils peuvent mener à des interventions et à des mesures de santé publique", explique encore Christine Kihembo.
 
Pour sa part, Bashir Mwambi, microbiologiste et conférencier à l'Université internationale des sciences de la santé, basée en Ouganda, ajoute que l'étude est pertinente en partie parce qu'elle distingue la podoconiose de la filariose lymphatique.
 
Mais selon lui, les chercheurs auraient dû effectuer une biopsie - examen histologique et histochimique d'un prélèvement tissulaire ou organique - pour détecter la présence de silicium dans les gonflements afin de prononcer un diagnostic de podoconiose plutôt que d'utiliser l'absence de W. bancrofti.
  
"Il y avait un  risque important de recueillir des informations biaisées à partir du seul critère de port de chaussures et donc des expériences sont nécessaires pour corréler la présence de silicium et le fait de ne pas porter de chaussures", explique Bashir Mwambi.