Afrique Sub-Saharienne

  • Cancer : Des médecins prônent une approche collaborative

    Julien Chongwang

    11/06/15

Lecture rapide

  • Les aspects psychologique, psychiatrique, neurologique, etc., sont à considérer

  • L'anxiété et la dépression peuvent exacerber la douleur et vice versa

  • Il y a eu 8 millions de cas de cancer en 2012, dont 645 000 en Afrique

[SEOUL] Au cours de l’une des nombreuses sessions d’échange à la Conférence mondiale des journalistes scientifiques qui se tient à Séoul (Corée du Sud) depuis le 8 juin dernier, des spécialistes coréens ont partagé l’idée d’une approche relativement nouvelle dans la prise en charge du cancer.
 
Il s’agit de l’approche multidisciplinaire.
 
"La multidisciplinarité n’est pas un concept nouveau en médecine ; mais elle est relativement nouvelle dans le traitement du cancer", affirme d’entrée de jeu Dae-Hyun Kim, chef du département d’anesthésiologie au Centre national du Cancer (NCC) en Corée du Sud, un des établissements pionniers dans ce mode de prise en charge.
 
En résumé, cette solution multidisciplinaire appelle notamment la prise en compte des facteurs psychologique et psychosomatique.
 
Car, indique Dae-Hyun Kim, "les troubles de l'humeur sont fréquents chez les patients atteints du cancer et comprennent les troubles d'adaptation, la dépression et l’anxiété".
 
"L'esprit et le corps sont reliés entre eux et interagissent. Mal contrôlée, la douleur pourrait contribuer à l'anxiété et à la dépression; et à leur tour, l'anxiété et la dépression peuvent exacerber la douleur", remarque le médecin coréen.
 
Et de poursuivre: "Chez les patients atteints de cancer avancé, l'expression physique de la douleur est toujours plus élevée que chez ceux qui ont l'anxiété".
 
Fort de ce constat, le NCC s’est doté de services spécialisés tels que l’anesthésiologie, la médecine familiale, la médecine physique et la réhabilitation, la psychiatrie, la neurologie et même la médecine interne et la pédiatrie.
 
Dae-Hyun Kim cite volontiers l’exemple d’une patiente de 43 ans qui s’est présentée un jour dans ce centre, après avoir été chez sont cancérologue primaire.
 
"Elle se plaignait de douleurs à l'épaule, au dos, sur le cuir chevelu, bref sur l’ensemble du corps. L'intensité de sa douleur se situait à 7 sur l’échelle de notation de la douleur, qui est graduée jusqu’à 10."
 
En fait, indique-t-il, "c’est son cancer du sein qui avait créé des métastases sur les os, la plèvre et même le foie."

“L'esprit et le corps sont reliés entre eux et interagissent. Mal contrôlée, la douleur pourrait contribuer à l'anxiété et à la dépression; et à leur tour, l'anxiété et la dépression peuvent exacerber la douleur.”

Dae-Hyun Kim, Chef du département d'anesthésiologie au Centre national du Cancer (NCC) en Corée du Sud

Finalement, rapporte le médecin, cette patiente n’a dû le salut qu’au concours de tous les spécialistes de ce centre qui ont travaillé ensemble.
 
Car, relève-t-il, "contrairement au système médical traditionnel soulignant l'autonomie de chaque département médical et chirurgical, le NCC incarne une "médecine collaborative" dans laquelle le personnel médical de toutes les spécialités travaille ensemble pour trouver les meilleures options pour les patients".
 
Pour les médecins qui ont pris part à la conférence de Séoul, cette pluridisciplinarité est à considérer aussi bien pendant le traitement qu’après ; notamment pour les patients qui auront eu la chance de survivre à la maladie.
 
C’est un détail sur lequel insiste particulièrement Yeol Kim, chef de la Division de la politique de gestion du cancer à l’Institut national de lutte contre le cancer de Corée du Sud.
 
"Beaucoup de survivants du cancer souffrent de symptômes physiques et psychologiques et ont besoin de soins complets", martèle-t-il.
 
Pour Miyako Takahashi, chef de la division de la survie au cancer au Centre national du Cancer au Japon, l’approche pluridisciplinaire est à prendre au sérieux dans le traitement de cette maladie.
 
Car, dit-elle, "le cancer est devenu une maladie chronique. Nous vivons dans une société qui est influencée par le cancer sous une forme ou sous une autre".
 
Forte mortalité
 
En effet, les statistiques indiquent qu’entre 2008 et 2012, près de 32,5 millions de personnes dans le monde ont présenté un cas de cancer et 8,5 millions d’entre elles en sont mortes.
 
Plus précisément, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime à 8 millions le nombre de nouveaux cas de cancer enregistrés en 2012, avec 3,5 millions de morts.
 
Selon cette institution, plus de la moitié (57%) de ces cas et plus de 67% de ces décès ont été recensés dans les pays les moins développés de la planète.
 
L’OMS ajoute que la même année, l’Afrique a enregistré à elle seule 645 000 nouveaux cas de cancer ; un chiffre qui ne prend cependant pas en compte de nombreux cas non enregistrés.
 
A l’échelle du continent africain, ces statistiques de l’OMS mettent en évidence le fait que les femmes concentrent 59% de cas et 55% des décès.
 
Enfin, cette maladie qui représente actuellement entre 10 et 20% des pathologies sur le continent, touche beaucoup plus les personnes âgées entre 45 et 55 ans.