Afrique Sub-Saharienne

  • La sécheresse empêche le planning familial au Kenya

    Abjata Khalif

    02/05/16

Lecture rapide

  • Le changement climatique décime les arbres utilisés pour la planification familiale

  • Les guérisseurs traditionnels font état d'une pénurie de plantes médicinales

  • Pour des raisons religieuses, la population rurale préfère les herbes aux méthodes conventionnelles

[Garissa, KENYA] Selon les guérisseurs traditionnels, les effets des changements climatiques sur les zones semi-arides du nord du Kenya affectent les méthodes traditionnelles de planification familiale utilisées par des milliers de ménages.
 
Les sécheresses prolongées et des températures élevées ont décimé les arbres utilisés dans la production de diverses concoctions de plantes utilisées depuis des générations pour les besoins de la planification familiale.
 
Les magasins traditionnels de vente de plantes connaissent une diminution des stocks et sont pris d'assaut par des milliers d'éleveurs en provenance de villages éloignés, le long de la frontière entre le Kenya et la Somalie. 

“Les services de planification familiale ici à Dadajibula sont à bout et nos approvisionnements ne peuvent tenir jusqu'au mois prochain.”

Qali Hassan, village de Dadajibula, Kenya

 

 
Lors des visites dans les magasins traditionnels, les guérisseuses traditionnelles qui servent aussi comme accoucheuses, éduquent les femmes sur les cycles de la fertilité et diverses plantes utilisées dans la planification familiale, issues d'arbres tels  que Balanites aegyptiacea et Acacia.
 
"La phytothérapie joue un rôle clé dans la fourniture de soins de santé alternatifs aux personnes vivant dans les zones rurales du Kenya et il est grand temps que le gouvernement et d'autres intervenants apprécient [le] rôle joué par le secteur et travaillent sur un mécanisme d'intégration dans le système de santé moderne", estime Julius Mwangi, professeur de pharmacognosie à l'Université de Nairobi.
 
Julius Mwangi exhorte le Kenya à suivre l'exemple de la Tanzanie, où la pratique de la médecine complémentaire et alternative a été intégrée dans les systèmes de santé.
 
Qali Hassan, guérisseuse traditionnelle et gérante d'un magasin de plantes médicinales dans le village de Dadajibula, a déclaré à SciDev.Net qu'elle avait reçu un millier de clients en provenance d'autres villes et villages en quête de plantes, mais elle n'avait pas suffisamment de stocks, en raison de la forte demande et de la faiblesse des approvisionnements.
 
"Les services de planification familiale ici à Dadajibula sont soumis à une forte pression et nos approvisionnements ne peuvent durer jusqu'au prochain mois, quand nous serons obligés de fermer le "magasin" et de prier pour une intervention divine", affirme Qali Hassan.

Elle poursuit en disant que "nous nous attendions à ce que les pluies liées à El-Nino tombent pour faire changer les choses afin que nous obtenions des fleurs et des feuilles pour produire des concoctions et des pilules à base de plantes mensuelles mais nous n'avons connu que des pluies sporadiques, ainsi que des crues soudaines en provenance des hauts plateaux éthiopiens qui ont balayé les villages frontaliers."
 
Qali Hassan ajoute que les clients concernés ont maintenant recours à l'espacement des naissances par l'allaitement prolongé et l'abstinence de rapports sexuels réguliers.
 
Halima Adow, une cliente du village de Saretho dans la région de Dadaab, affirme avoir épuisé ses concoctions de planification familiale à base de plantes, ce qui l'a forcée à vendre ses deux chèvres émaciées pour s'approvisionner auprès de magasins situés dans la lointaine localité de Dadajibula, mais ses réserves risquent de s'épuiser bientôt.
 
"J'ai utilisé ces méthodes traditionnelles pendant vingt ans maintenant et elles ont produit de bons résultats. Les recettes sont fabriquées à partir d'arbres connus. Ce qui est disponible dans les hôpitaux n'est pas receommandé par ma religion islamique", explique encore Halima dow.
 
La jeune femme ajoute qu'elle utilise des pilules au 7ème jour de son cycle menstruel et un autre au 13ème jour, pour les besoins de la planification familiale et pour se donner suffisamment de temps pour élever des chèvres.
 
Abajillo Jaldesa, un gynécologue travaillant dans le comté de Garissa, dans le nord du Kenya, a déclaré à SciDev.Net que "la méthode est sûre et la concoction et les médicaments sont préparés par des personnes âgées avec une maîtrise des connaissances autochtones. Elle est une alternative locale à la méthode de planification familiale classique abhorrée par la population locale, en raison des contraintes religieuses."