Afrique Sub-Saharienne

  • L’Ouganda "pourrait produire une banane enrichie à la vitamine A d’ici 2020"

    Esther Nakkazi

    14/08/14

Lecture rapide

  • La banane est une denrée de base en Afrique de l’Est, mais sa teneur en vitamine A est faible

  • Des chercheurs procèdent aux premiers essais humains de la banane enrichie à la vitamine A

  • Selon un expert, il faudra des essais approfondis pour valider cette biotechnologie

[KAMPALA] Si le premier essa humain mondial d’une biotechnologie qui devrait commencer en octobre était couronné de succès, les agriculteurs ougandais et ceux d’autres pays africains pourraient cultiver la banane enrichie à la vitamine A d’ici 2020.

Selon les Services ougandais de vulgarisation agricole, 75 pour cent des agriculteurs ougandais cultivent la banane en tant que denrée de base.

James Dale, professeur éminent à l’Université des technologies du Queensland en Australie(QUT) et directeur de cette étude affirme que la teneur de la banane africaine en macronutriments comme la vitamine A et le fer, est faible.

“La banane enrichie à la vitamine A doit encore subir des essais approfondis, et il est donc inutile d’aller vite en besogne et présenter cette technologie comme une solution miracle.”

Piet van Asten, Institut international d’Agriculture tropicale, Ouganda


Dans un communiqué publié par la QUT le mois dernier (16 Juin), les experts espèrent améliorer la teneur de la banane en vitamine A d’au moins 20 microgrammes par gramme de matière sèche afin de permettre aux consommateurs africains de la banane d’améliorer leur santé.
 
Le communiqué souligne que le projet de loi devant faciliter la commercialisation des cultures génétiquement modifiées en Ouganda, actuellement sur la table de députés ougandais, pourrait être adopté d’ici 2020 dans le but de promouvoir l’adoption de cette biotechnologie par les agriculteurs.

Le communiqué précise que les essais humains de cette banane seront réalisés aux États-Unis et que les résultats sont attendus d’ici la fin de l’année.

D’après Dale, les essais en champ de cette banane réalisés en Australie ont produit des gènes de haute performance. Ces gènes ont ensuite été transférés en Ouganda pour d’autres essais en champ, et l’on espère qu’ils produiront des plantes élites de banane au cours des trois prochaines années en vue des essais à grande échelle sur tout le territoire ougandais, ajoute-t-il.

Selon Dale, la carence en vitamine A tue chaque année entre 650.000 et 700.000 enfants dans le monde et au moins 300.000 autres perdent la vue. Ce projet soutenu par une subvention de la Fondation Bill et Melinda Gates à hauteur 10 millions de dollars EU peut avoir un impact positif sur les denrées de base dans la majeure partie de l’Afrique.
 
Andrew Kiggundu, biotechnologiste et chef du Centre national de biotechnologie agricole de Kawanda en Ouganda, affirme qu’environ 35 pour cent d’enfants et 55 pour cent de femmes enceintes dans les zones rurales en Ouganda souffrent de la carence en vitamine A.
 Il ajoute que l’Ouganda est en partenariat avec l’Australie depuis 2005, une collaboration ayant permis la mise au point des variétés locales de banane notamment la variété SukaaliNdiizi.

Piet van Asten, agronome à l’Institut international d’agriculture tropicale en Ouganda, a déclaré à SciDev.Net : «La banane enrichie à la vitamine A doit encore subir des essais approfondis, et il est donc inutile d’aller vite en besogne et présenter cette technologie comme une solution miracle, mais il n’y a pas non plus lieu de la jeter à la poubelle avant que nous ayons compris ce qu’elle a de bien et de mal ».
 
Selon Dale, la couleur de la chair de la banane génétiquement modifiée passera de la couleur crème à l’orangée— à l’image de la patate douce enrichie à la vitamine A très répandue de nos jours auprès des agriculteurs.
 
Cet article est une production de la rédaction Afrique subsaharienne de SciDev.Net.