Afrique Sub-Saharienne

  • Un rapport scientifique de l'ONU sur les ODD

    Anita Makri

    08/09/17

Lecture rapide

  • Le premier rapport sera publié en 2019

  • Un appel à contributions sera lancé sous peu

  • Il vise à donner aux gouvernements des conseils basés sur des preuves scientifiques

Lorsque des représentants de 43 pays se sont réunis au siège de l'ONU à New York cet été, l'attention était focalisée sur le rapport annuel qui mesure à quel point les pays sont parvenus à mettre en œuvre quelques-uns des Objectifs de développement durable (ODD) adoptés il y a deux ans, pour en finir avec la pauvreté et aider à améliorer la vie des gens dans le monde.
 
Mais de manière plus discrète, un groupe de 15 scientifiques qui se sont également rassemblés au sein du Forum politique de haut niveau pour le développement durable (High-Level Political Forum on sustainable development - HLPF) étaient occupés à porter sur les fonts baptismaux un document différent - conçu pour se pencher sur l'avenir et servir de boussole pour l'élaboration de politiques, plutôt que pour porter un regard rétrospectif en vue d'évaluer les progrès.
 
Le premier rapport mondial sur le développement durable (Global Sustainable Development Report – GSDR) sera publié en 2019, puis tous les quatre ans, offrant des orientations scientifiques pour aider les pays à décider de leur propre chemin vers le développement durable.
 
Les scientifiques impliqués dans l'initiative ont déclaré que le document était semblable, en termes d'ambition, aux évaluations scientifiques du Groupe d'experts inter-gouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), une structure mise en place parallèlement aux négociations politiques en matière d'action climatique.

“Ce n'est pas seulement un rapport, c'est un outil permettant aux pays d'identifier différentes approches de la mise en œuvre.”

Lucilla Spiniy

 
Selon Zakri Abdul Hamid, conseiller scientifique du gouvernement malaisien et membre de l'organe directeur de la Banque de technologies des Nations Unies pour les pays les moins avancés, le processus de changement climatique établit un bon précédent.
 
"Le travail du GIEC a montré comment les décisions prises par les décideurs et les négociateurs pourraient être améliorées en s'appuyant sur des preuves scientifiques", a-t-il déclaré. "Le GSDR suit le même chemin".
 
Influence de type GIEC
 
Zakri Abdul Hamid, un défenseur résolu du rôle de la science dans les processus de décision de l'ONU, estime que le rapport apportera une "valeur ajoutée" aux efforts des pays membres, en matière de mise en œuvre des ODD.
 
"Pendant longtemps, la science [n'a pas eu] un profil relevé pour contribuer aux différentes négociations qui ont lieu aux Nations Unies, en particulier celles qui concernent le développement socioéconomique", a-t-il déclaré à SciDev.Net. "De plus en plus, on entend la voix de la science".
 
Tout comme les rapports du GIEC, ceux du GSDR seront basés sur des preuves et visent à influencer la prise de décisions, parallèlement au processus politique de mise en œuvre des ODD. Selon la Déclaration ministérielle du HLPF de l'année dernière, où il a été formellement adopté, il complétera le rapport d'étape annuel sur les ODD, en étant "plus scientifique et analytique, axé sur l'interface science-politique".
 
"Il ne s'agira pas d'un document politique - nous sommes très indépendants", explique Eeva Furman, directrice du Centre for Environmental Policy de l'Institut finlandais de l'environnement et l'une des scientifiques élus pour faire partie du groupe de rédacteurs du rapport.
 
Cette indépendance est importante - tout comme le fait d'avoir simplement un rapport qui présente régulièrement des preuves aux décideurs, selon Saleemul Huq, membre émérite
de l'Institut international pour l'environnement et le développement au Royaume-Uni et expert sur les liens entre le changement climatique et le développement. "Je pense que c'était la plus grande force du GIEC", estime-t-il.
 
Eeva Furman tient à souligner certaines différences par rapport au travail du GIEC. D'une part, le GSDR ne dépendra pas seulement de la littérature examinée par des pairs, mais examinera également des données scientifiques de première main (la "littérature grise"), qui comprennent d'autres sources de recherche.
 
Elle explique que les sources de connaissances et les disciplines qui doivent être combinées pour informer les ODD sont diverses et vont au-delà des sciences naturelles.
 
Le budget est un autre point de différence, souligne Eeva Furman. "Nous ne disposons pas du grand mécanisme [du GIEC]. Nous parlons d'un groupe de 15 personnes qui se font payer leur voyage lorsqu'elles viennent aux réunions."
 
La réunion du Forum politique de haut niveau pour le développement durable de cette année était la deuxième rencontre physique du groupe, le travail ayant commencé au début de l'année.
 
"Mais nous visons le même impact que le GIEC sur la prise de décisions - peut-être même un impact plus élevé", affirme Eeva Furman.
 
Le regard tourné vers l'avenir
 
Le concept de transformation - comment rendre les sociétés plus durables - sera un thème clé dans le rapport. Mais plutôt que d'offrir des réponses prescriptives, l'objectif est d'aider les gouvernements à comprendre les thématiques sur lesquelles ils devraient se concentrer, les relations entre la science et la société et comment ils peuvent obtenir les commentaires des communautés scientifiques à l'intérieur de leurs frontières.
 
"Notre rapport est différent du rapport annuel de l'ONU qui examine les progrès effectués par rapport aux différents objectifs", a-t-elle déclaré. "Il est avant tout question de tourner le regard vers l'avenir".
 
Saleemul Huq partage l'idée selon laquelle le rapport GSDR devrait concerner des solutions, y compris une analyse coût-efficacité. "Il doit s'appesantir sur ce qui marche, ce qui ne marche pas, ce que nous pouvons faire pour améliorer les initiatives qui fonctionnent dans certains endroits et les rendre plus ambitieuses et plus universelles", estime-t-il.
 
Le groupe sur le GSDR est axé sur l'offre de recommandations et de solutions pratiques soutenues par des preuves. Il évite également de produire un document lourd dominé par des considérations scientifiques et privilégie un volume réduit rédigé dans un langage accessible.
 
"[Il] ne s'agira pas d'un rapport de 200 pages", explique Eeva Furman.
 
Saleemul Huq marque son accord avec cette approche. "Il y a une très grande différence entre les ODD et le GIEC", explique-t-il. Les premiers rapports d'évaluation du GIEC ont été compilés à un moment où la science du changement climatique faisait l'objet de très vifs débats. Mais pour ce qui est des ODD, où un accord de prise de mesures est déjà en place, sans aspect scientifique à examiner, le GSDR peut et devrait se concentrer sur les recommandations pour la mise en œuvre des ODD.
 
Bien qu'une première édition "prototype" du GSDR ait été mise en place en 2014, les plans pour la produire dans le cadre du processus des Nations Unies ont été formalisés lors du HLPF de l'an dernier. Lucilla Spini, responsable des programmes scientifiques au Conseil international pour la Science (ICSU), a participé activement aux prototypes, y compris la version pilote de 2016, à l'examen des chapitres et à la facilitation des contributions des scientifiques.
 
Appeler le GSDR, un "rapport" ne lui rend pas justice, selon Lucilla Spini. "Ce n'est pas seulement un rapport, c'est un outil permettant aux pays d'identifier différentes approches de la mise en œuvre", dit-elle. "Il devrait offrir un "guichet unique" sur l'évaluation des interfaces science-politique et un aperçu des problèmes émergents.

Selon Lucilla Spini, c'est aussi un outil de construction communautaire, pour encourager le dialogue entre scientifiques et entre les scientifiques et les décideurs. "Mon rôle personnel a été de créer la confiance entre la communauté scientifique internationale et l'équipe DESA de l'ONU [l'équipe des Nations Unies pour les affaires économiques et sociales chargée de compiler le rapport]", dit-elle. "Et malgré des délais très serrés, de nombreux scientifiques ont décidé de contribuer".
 
Processus et pays du Sud 
 
Au cours des prochains jours, le groupe doit émettre un appel ouvert pour être saisi sur le site Web de la DESA. Pour Eeva Furman, "les appels ouverts comme celui-ci, ainsi que le caractère ouvert de notre conversation, sont des signes que le groupe veut être inclusif et transparent."
 
"Le groupe croit que le dialogue avec la société et d'autres parties contribuera à l'impact de son travail", dit-elle. "Les processus aussi bien que le contenu sont importants."
 

“Ce ne sera pas un document politique - nous sommes très indépendants.”

Eeva Furman


Une partie de cette orientation sur le processus met l'accent sur les contributions du monde en développement. Un prochain atelier à Helsinki fera l'objet d'une répartition égale entre les pays en développement et les pays développés, en termes de participants, explique encore Eeva Furman.
 
"Ensuite, nous nous concentrons fondamentalement sur des questions particulièrement intéressantes pour les pays en développement", dit-elle, "comme toute la structure scientifique... comment elle est construite dans les pays en développement, de quel type de réseaux les pays ont besoin, l'infrastructure, l'éducation, le renforcement des capacités".
 
La participation d'experts des pays en développement a été un problème avec les premiers rapports du GIEC, selon Saleemul Huq, mais les choses se sont améliorées. Une stratégie qui s'est révélée utile ces dernières années est de soutenir les jeunes chercheurs des pays en développement, en les formant afin qu'ils puissent devenir des auteurs principaux.
 
Cet élément du renforcement des capacités est rentable à long terme, selon Saleemul Huq. "C'est là que vous pouvez combler les lacunes - il peut y avoir des pays dans certains endroits géographiques où il n'y a pas assez d'experts pour le moment, mais vous pouvez ensuite investir dans la formation d'experts au fil du temps".