Afrique Sub-Saharienne

  • Les femmes plus exposées au paludisme que les hommes

    Sam Otieno

    14/08/15

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  • Environ 90% des décès dus au paludisme en 2013 ont été enregistrés en Afrique

  • Une étude portant sur 1158 adultes au Kenya montre que les femmes sont plus exposées que les hommes

  • Un expert estime que cela pourrait être lié à une plus forte prévalence du VIH chez les femmes

[NAIROBI] Une enquête auprès des ménages kenyans a établi que la prévalence des parasites du paludisme reste élevée chez les adultes, et que les femmes sont plus exposées à la maladie que les hommes.

L'OMS estime qu’à l’échelle mondiale, le paludisme a provoqué environ 627 000 décès en 2013 et les enfants de moins de cinq ans vivant en Afrique sub-saharienne étaient les plus touchés.

On estime que 584.000 décès sur le nombre total, soit 90%, ont été enregistrés en Afrique.

L'enquête, qui a concerné les adultes dans le comté de Kisumu, a constaté que les femmes étaient 50 pour cent plus susceptibles d'avoir le paludisme que les hommes.

Selon l'étude, publiée dans le Malaria Journal, le mois dernier (8 Juillet), les chercheurs ont constitué un échantillon aléatoire de 1158 adultes du comté, à partir du centre de santé et de surveillance démographique de Kombewa Ouest, de décembre 2012 à juin 2013.

Rachel Jenkins, co-auteur de l'étude et professeur émérite d'épidémiologie et de politique internationale de la santé mentale au King’s College de Londres, au Royaume-Uni, explique à SciDev.Net que des données sociodémographiques et des échantillons de sang ont été recueillis en vue de réaliser des tests de paludisme en laboratoire.

“Les décideurs politiques et les autorités du Kenya doivent mettre en œuvre des interventions novatrices dans les zones endémiques qu’ils ont déjà identifiées, mais elles ont tendance à ne rien faire à leur sujet.”

Charles Chunge
Centre de médecine tropicale et des voyages, Kenya

Selon Rachel Jenkins, la prévalence du parasite du paludisme dans le comté de Kisumu Maseno reste relativement élevée, à 28%.

Elle note également que dans la zone d'étude, la prévalence du VIH est plus élevée chez les femmes.

Cette situation, ajoute-t-elle, peut avoir contribué à une plus forte prévalence du paludisme chez les femmes, parce que le VIH est connu pour causer la perte de l'immunité et les adultes infectés par le VIH sont plus susceptibles de souffrir du paludisme que les autres.

"En outre, les femmes enceintes perdent la semi-immunité acquise à l'âge adulte et sont plus susceptibles de contracter le paludisme que les autres adultes ; ce qui peut aussi contribuer à une prévalence plus élevée chez les femmes", ajoute Rachel Jenkins.

"Les résultats de l'étude exigent des agents de santé d’être conscients du taux plus élevé de paludisme chez les femmes dans les zones endémiques, de tester les patients et d’envisager un traitement, le cas échéant", conseille Rachel Jenkins.

Charles Chunge, directeur du Centre pour la médecine tropicale et des voyages, exhorte pour sa part à des interventions appropriées au Kenya et dans d'autres régions d'Afrique où le paludisme est endémique.

Il estime que les interventions devraient viser à réduire la charge parasitaire au sein de la population et combattre les moustiques, au moyen de la destruction des sites de reproduction, du recours à la pulvérisation intra-domiciliaire d'insecticides à effet rémanent et de la nécessité d’utiliser des moustiquaires imprégnées d'insecticide.

Des mesures supplémentaires devraient inclure l'amélioration de la nutrition et la réduction de la prévalence de l'infection à VIH.

"Les décideurs politiques et les autorités du Kenya doivent mettre en œuvre des interventions novatrices dans les zones endémiques qu’ils ont déjà identifiées, mais elles ont tendance à ne rien faire à leur sujet", regrette Charles Chunge.

Willis Akhwale, représentant au Kenya du Centre international de formation et d'éducation pour la santé, une agence de l'Université de Washington aux États-Unis, note que la plupart des efforts de lutte contre le paludisme dans les pays endémiques en Afrique ont été consacrés aux enfants de moins de cinq ans et aux femmes enceintes, en grande partie parce qu'ils sont les plus exposés à la maladie.

Davantage d’investissements à long terme sont nécessaires pour la surveillance et le diagnostic, estime-t-il.