Afrique Sub-Saharienne

  • Paludisme: des codes-barres pour suivre la résistance aux médicaments

    Samuel Hinneh

    04/09/17

Lecture rapide

  • Un projet vise à développer des méthodes de suivi des parasites du paludisme

  • L'initiative est axée sur les zones de chimioprévention du paludisme saisonnier

  • Selon un expert, il permettra de suivre le mouvement des gènes parasites

Un projet couvrant l'Afrique centrale et occidentale cherche à développer une méthodologie moléculaire robuste basée sur un code barre susceptible d'être utilisé simultanément pour détecter et suivre les parasites du paludisme résistant aux médicaments, suite à des interventions à grande échelle dans la lutte contre le paludisme.
 
Le projet utilisera un processus de sélection en deux étapes pour collecter et imprimer des codes-barres sur des échantillons infectés par le paludisme, au moyen d'enquêtes auprès des ménages dans des zones ayant fait l'objet d'un programme CPS (chimioprévention du paludisme saisonnier à grande échelle). Ce programme permet de fournir une combinaison de sulfatexine-pyriméthamine et d'amodiaquine aux enfants de trois mois à cinq ans.
 
Le projet, intitulé "Codes-barres moléculaires de Plasmodium falciparum pour suivre la diversité génétique des parasites et la résistance aux médicaments dans les milieux de chimioprévention saisonnière du paludisme en Afrique centrale et de l'Ouest", se déroule au Cameroun et au Sénégal et couvre la période de janvier 2017 à janvier 2020.
 

“Nous devons veiller à ce que l'efficacité de l'intervention ne soit pas compromise par le développement de formes résistantes du parasite ou d'autres facteurs de l'écosystème.”

Innocent Ali
Chercheur principal

Présenté lors de la Rencontre annuelle des bénéficiaires de l'initiative DELTAS (Développement de l'Excellence en Leadership, formation et en initiative scientifique), au Ghana (du 3 au 5 juillet), il est évalué à 143.000 euros (environ 94 millions de Francs CFA) et financé par le Wellcome Trust et le Département du développement international du Royaume-Uni (DfID).
 
Innocent Ali, chercheur principal du projet, affirme que la méthodologie moléculaire sera utilisée pour détecter et suivre les changements dans la fréquence des formes de parasites résistant aux médicaments pendant la mise en œuvre de la CPS dans les pays ciblés.
 
"Nous devons veiller à ce que l'efficacité de l'intervention ne soit pas compromise par le développement de formes résistantes du parasite ou d'autres facteurs de l'écosystème", affirme Innocent Ali.
 
Les programmes de lutte contre le paludisme seront armés de preuves scientifiques pour soutenir les décisions rationnelles et stratégiques concernant les médicaments déployés, afin de s'assurer que l'objectif de l'élimination du paludisme est concret, souligne le chercheur.
 
Les institutions impliquées dans la mise en œuvre du projet sont le Centre de biotechnologie de l'Université de Yaoundé au Cameroun et la Faculté de médecine, pharmacie et Odonto-Stomatologie de l'Université Cheick Anta Diop, au Sénégal, avec le soutien de l'École de médecine tropicale de Londres au Royaume-Uni et du Département d'Immunologie et de microbiologie de l'Université de Copenhague, au Danemark.
 
Michael Alifrangis, professeur agrégé au département d'immunologie et de microbiologie de l'Université de Copenhague, affirme que le projet déterminera si la combinaison actuelle de médicaments est encore efficace ou si une résistance est évidente et une combinaison de médicaments de rechange est nécessaire.
 
"Le projet tentera également de mettre en œuvre une méthodologie moléculaire adaptable en Afrique centrale et de l'Ouest et les données sur la résistance aux médicaments dans les parasites du paludisme peuvent être fournies en temps opportun", déclare-t-il.
 
Kevin Marsh, conseiller principal de l'Académie africaine des sciences, affirme pour sa part qu'il est de plus en plus important de suivre les parasites du paludisme avec des caractéristiques différentes telles que la résistance aux médicaments, ajoutant que le codage à barres permet de le faire de manière rapide et efficace.
 
"Au fur et à mesure que nous aurons un meilleur contrôle et que nous passerons à l'élimination, il sera de plus en plus important de pouvoir suivre les parasites et le mouvement des gènes parasites à travers les populations", estime-t-il.