Afrique Sub-Saharienne

  • Signes encourageants pour un vaccin anti-palu à base de parasites OGM

    Lou Del Bello

    04/10/13

Lecture rapide

  • Les chercheurs ont développé un vaccin qui protège à faibles doses

  • Leur technique utilise la délétion précise de gènes pour rendre le parasite inoffensif

  • Mais plus de travail est nécessaire pour prévenir l'infection à des doses plus élevées.

Selon la première étude visant à tester cette nouvelle approche chez l'homme, un vaccin contre le paludisme basé sur des parasites génétiquement modifiés mérite d'être développé davantage.

Six volontaires ont été exposés au parasite du paludisme Plasmodium falciparum, rendu inoffensif par modification génétique, par voie de piqûre de moustiques anophèles. Tous les six ont développé des anticorps contre le parasite, sans être infectés, rapporte l'étude de validation de concept publiée dans la revue Vaccine du mois dernier (11 septembre).

“Bien que le traitement actuel des parasites utilise la technique du rayonnement, notre approche se concentre sur la délétion de gènes entièrement définis qui peuvent être ajustés pour induire une immunité optimale”

Stefan Kappe
Institut de Recherche Biomédicale de Seattle

Mais à des doses supérieures, un volontaire a été infecté - ce qui indique que la technique pour affaiblir les parasites doit être perfectionnée avant que d'autres essais ne soient réalisés.

"Notre approche consiste à modifier génétiquement des parasites par délétion [qui désigne la perte d'un fragment d'ADN par un chromosome] de gènes spécifiques qui sont essentiels pour leur réplication dans le foie", a déclaré à SciDev.Net Stefan Kappe, professeur à l'Institut de Recherche Biomédicale de Seattle, aux États-Unis, également l'un des auteurs de l'étude.

"Les parasites génétiquement affaiblis peuvent infecter le foie, mais ne peuvent pas se développer et par conséquent ne peuvent pas infecter les globules rouges. Nous appelons cela l’approche aller sans retour."  

D'autres chercheurs ont tenté une approche similaire en irradiant les parasites.

"Mais il y a une différence essentielle", explique Stefan Kappe. "Bien que le traitement actuel des parasites utilise le rayonnement pour provoquer des mutations aléatoires dans le génome du parasite, notre approche se concentre sur la délétion de gènes entièrement définis qui peuvent être ajustes pour induire une immunité optimale. De cette façon, nous ne comptons pas sur la chance ... mais, plutôt, nous concevons les parasites."

Mais Stefan Kappe estime qu'il est trop tôt pour penser à une administration à grande échelle du vaccin. L’un des défis consiste à trouver le moyen de produire des parasites affaiblis en assez grand nombre.

"Actuellement, ces opérations peuvent seulement être effectuées chez les moustiques, mais nous travaillons sur la possibilité de les effectuer dans des cultures tissulaires", explique encore Stefan Kappe.

Brian Greenwood, professeur de médecine tropicale clinique à la London School of Hygiene & Tropical Medicine, au Royaume-Uni, se dit convaincu que le nouveau vaccin expérimental est "une approche valable pour le développement d'un vaccin contre la forme humaine du paludisme", même s’il reconnait qu’il y a encore du chemin à faire.

Par exemple, explique-t-il, tandis que l'étude a démontré qu’une réponse immunitaire est déclenchée par ces parasites affaiblis, en revanche, elle n'a pas apporté la preuve formelle de la protection effective des participants aux essais.

Il se pose aussi des problèmes de sécurité. "Ce serait une catastrophe si un grand nombre de personnes étaient immunisées avec un parasite qui n'aurait pas été affaibli suffisamment pour l'empêcher de causer un cas de paludisme clinique chez certains bénéficiaires", avertit Brian Greenwood.

Stefan Kappe estime pour sa part que "le génie génétique du parasite est un art très difficile à pratiquer, mais nous le maitrisons de plus en plus."
 
Lien vers l'étude