Afrique Sub-Saharienne

  • Le viagra, arme potentielle de lutte contre le paludisme

    Pablo Correa Torres

    05/06/15

Lecture rapide

  • Le médicament renforce la rigidité des globules rouges infectés de manière à provoquer leur élimination par l’organisme

  • Il ne s’agit pas d’un traitement contre le paludisme chez les personnes infectées, mais d’un moyen potentiel de stopper la propagation des infections

  • Des essais cliniques sont nécessaires pour évaluer l'efficacité de la méthode

Selon une étude in vitro, le viagra, un médicament utilisé pour le traitement de l’impuissance sexuelle chez l’homme, pourrait également aider à lutter contre la transmission du paludisme.

Le Viagra favorise l’élimination des globules rouges infectés par le parasite du paludisme de la circulation sanguine, en renforçant leur rigidité. Ce processus réduit la transmission du paludisme de l’homme au moustique.
 
Selon les auteurs de l’étude (en anglais), publiée le mois dernier dans la revue Plos Pathogens, si le processus ainsi décrit ne traite pas le paludisme chez les personnes déjà infectées, il a néanmoins un fort potentiel de réduction de la transmission du parasite du paludisme.
 
Gordon Langsley, chercheur à l’Institut Cochin et membre de l'équipe qui a entrepris l'étude, a déclaré à SciDev.Net que ces travaux démontrent le potentiel de médicaments tels que le Viagra d’ouvrir de nouvelles avenues en vue de bloquer la transmission du paludisme.   Les scientifiques ont utilisé le Viagra pour cibler la première partie du cycle de vie du parasite responsable du paludisme, le Plasmodium falciparum.

Si une personne infectée est piquée par un moustique, le parasite couve à l'intérieur du moustique et est transmis aux personnes que ce dernier mord.

Mais, selon les chercheurs, lorsqu'elles sont exposées au Viagra, les cellules infectées deviennent rigides, ce qui signifie qu'elles seraient incapables de passer à travers le filtre de la rate.

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Cet organe, qui filtre le sang en permanence, ne retient en effet que les globules rouges rigides, vieux ou anormaux.

Les cellules rigides seraient donc retirées de la circulation sanguine, permettant potentiellement de prévenir la propagation de l'infection.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé, environ 198 millions de cas de paludisme ont été enregistrées en 2013, tandis qu'environ 584 000 personnes ont succombé à la maladie.

Les méthodes courantes pour contrôler la propagation de la maladie comprennent l'utilisation de moustiquaires, d'insecticides et la réduction des aires de reproduction des moustiques à proximité des habitats humains.

Mais il n'existe pas de médicaments grand public pour prévenir les transmissions, une fois qu'un être humain est atteint.

Reste la question du traitement des symptômes du paludisme, estime Socrate-Herrera Valencia, directeur du Centre de recherche scientifique Caucaseco en colombie.

"Cette découverte ouvre la voie à la possibilité de stopper l'infection chez les humains, mais elle ne règle pas la question du traitement des symptômes chez un patient infecté", affirme-t-il.

D'autres chercheurs estiment que l'étude pourrait un jour aider à contenir le paludisme, tout en soulignant que de nombreux obstacles restent à franchir avant que tout médicament issu du résultat de cette recherche ne puisse être prescrit.

"Il ne s'agit pas d'une faiblesse de l'étude, mais nous devons attirer l'attention sur le fait qu'il s'agit d'un travail in vitro, en laboratoire", explique Diego Golombek, biologiste à l'Université Nationale de Quilmes en Argentine.

"Nous ignorons si le mécanisme peut être maintenu dans un modèle in vivo."