Afrique Sub-Saharienne

  • Consommer les insectes 'pourrait contribuer à la réduction des gaz à effet de serre'

    Benjamin Kolb

    17/01/11

Selon des chercheurs, faire de son repas des grillons, des criquets, ou même des cafards au lieu de bovins ou de porcs pourrait aider à lutter contre lʹinsécurité alimentaire et contre les changements climatiques.

Les insectes capturés dans la nature sont déjà largement consommés dans les pays en développement.

Désormais, une étude affirme que les élever à grande échelle pour les consommer nuirait beaucoup moins à lʹenvironnement quʹune production équivalente de bétail.

Les scientifiques ont comparé les émissions, produites par le bétail et par les insectes, de gaz de méthane à effet de serre et dʹoxyde nitreux, qui ont un effet plus important sur le réchauffement que le dioxyde de carbone.

Ils ont aussi mesuré la production dʹammoniac, qui nuit à lʹenvironnement en acidifiant les sols et lʹeau.

Ils ont élevé des vers de farine, des criquets et des grillons, qui sont tous consommés dans le monde, ainsi que des scarabées et des cafards, que les gens ne mangent pas malgré leur potentiel comme source de protéines, et ont mesuré la quantité de gaz produit par kilogramme de croissance des insectes.

Comparé au bétail, à poids égal, les insectes ont émis 80 fois moins de méthane, à savoir un gaz ayant 25 fois plus dʹimpact sur les niveaux de température globale que le dioxyde de carbone.

Et les grillons ont produit 8 à 12 fois moins dʹammoniac que les cochons.

Selon Denis Oonincx, entomologiste à lʹUniversité de Wageningen aux Pays-Bas et premier auteur, 80 pour cent de la population mondiale mange des insectes, en particulier dans les pays en développement.

"Cela fait normalement partie du menu là-bas", a expliqué Oonincx. "Si vous observez lʹindustrie du mopaani [ver ou chenille mangeable] en Afrique, cela représente un commerce dʹun million de dollars".

Il a ajouté que la plupart de ces insectes sont ramassés dans la nature, par conséquent la collecte est sujette aux variations saisonnières.

Lʹélevage est présent seulement dans quelques pays, a-t-il ajouté.

Arnold van Huis, co-auteur de lʹarticle et Professeur dʹentomologie tropicale à lʹUniversité de Wageningen, a collaboré à la formulation de la politique de lʹOrganisation pour lʹAlimentation et lʹAgriculture (FAO) sur les insectes consommables.

Il a affirmé quʹils étaient une "excellente source nutritive… qui devrait être développée et considérée comme une alternative aux bovins".

"Je ne pense pas que nous puissions continuer à manger du bœuf comme dans le passé, dʹailleurs la FAO a déjà prédit quʹen 2050 ce serait tellement cher que personne [nʹaura les moyens] de sʹen offrir".

Au Kenya, Monica Ayieko, économiste sur la consommation et la famille à lʹUniversité de Maseno, étudie la production dʹinsectes et a indiqué que lʹ"occidentalisation" des régimes alimentaires pourrait faire obstacle à lʹencouragement de leur consommation.

Un porte-parole de lʹInstitut international de Recherche sur le Bétail, au Kenya, qui a publié un article lʹannée dernière sur lʹamélioration de lʹefficacité du carbone dans lʹélevage de bovins, a annoncé que lʹinstitut reconnaissait lʹimportance dʹélargir lʹutilisation des insectes nutritifs dans les communautés pauvres. Toutefois, "une seule solution, quʹil sʹagisse de bétail ou autre, ne suffirait pas à fournir assez de nourriture de façon durable".

Lien vers lʹarticle complet publié dans PLoS ONE (En anglais)