Afrique Sub-Saharienne

  • Renforcer l’autonomisation de la femme africaine

    Amzath Fassassi

    08/03/17

Lecture rapide

  • L’inégalité dans le traitement salarial reste de 23% entre les femmes et les hommes

  • L’Union africaine note que des avancées ont été enregistrées sur le plan législatif

  • Mais elles doivent encore être accompagnées d’actions concrètes

Dans un rapport publié à l’occasion de la Journée Internationale de la femme, l’Union Africaine et la Commission des droits de l’Homme de l’ONU invitent les gouvernements africains à reconnaître l’importance du travail non rémunéré des femmes et à renforcer leur indépendance économique.
 
Le rapport, intitulé "Women’s rights in Africa" ("Les droits des femmes en Afrique"), énumère les domaines d’intervention, aussi bien au niveau de l’action publique, qu’en termes de législation, pour faire avancer la cause de la femme africaine.
 
Il s’appesantit enfin sur les nombreuses lois discriminatoires à l’égard des femmes dans plusieurs pays du continent.
 
Les auteurs du rapport notent dès les premières lignes l’existence de toute une gamme d’instruments juridiques pour garantir les droits de la femme à l’échelle continentale.
 
Ces textes couvrent, entre autres, des thématiques aussi variées que l’égalité entre hommes et femmes, les discriminations, les droits humains et les valeurs culturelles, les personnes vivant avec l’albinisme, les violences sexuelles, les mutilations génitales et l’accès à la terre.
 
Il s’agit d’accords contraignants, suivis de nombreuses mesures et recommandations qui traitent des droits fondamentaux des femmes.
 
Le plus emblématique de ces instruments juridiques est sans doute le protocole de Maputo, adopté en 2003. Toutefois, treize ans après l'adoption du traité, seulement 49 pays sur 54 l’ont signé, 37 l’ont ratifié et seulement deux pays ont pleinement respecté ses exigences.
 
 
 
Selon les auteurs du rapport, l’arsenal juridique existant commence à porter des fruits, notamment dans le domaine de la participation à la l'animation de la vie politique.
 
Les deux organisations notent ainsi que la participation des femmes aux législatures africaines dépasse celle des pays développés.
 
A titre d’exemple, le Rwanda, avec 63,8%, est classé premier pays dans le monde, tandis que le Sénégal et l'Afrique du Sud peuvent se féliciter de figurer sur la liste des dix premiers pays au monde en matière de représentativité féminine dans la sphère politique.
 
Quinze pays africains devancent la France et le Royaume-Uni, 24 sont en avance sur les États-Unis et 42 sont mieux classés que le Japon.
 
Toutefois, note le rapport, s’il y a lieu de se féliciter de ces avancées qualitatives, il convient aussi de constater qu’elles ne représentent que l’arbre qui cache la forêt des nombreuses inégalités auxquelles la femme africaine reste confrontée.
 
Travail non-rémunéré
 
Ainsi, sur le plan économique, les statistiques parlent d’elles-mêmes : selon les Nations unies, à l’échelle mondiale, seulement 50% des femmes en âge de travailler contre 76% des hommes sont représentés dans la population active et les femmes effectuent 2,5 fois plus de travail non rémunéré que les hommes.
 
De même, l'écart du traitement salarial entre hommes et femmes est de 23% et, pour l’ensemble de ces statistiques, l’Afrique n’est guère logée à meilleure enseigne que le reste du monde.

“À mesure qu'elles grandissent, les filles doivent être exposées à un large éventail de carrières et encouragées à faire des choix qui vont au-delà des options traditionnelles de service et de soins pour les emplois dans l'industrie, l'art, le service public, l'agriculture moderne et la science.”

Phumzile Mlambo-Ngcuka
ONU Femmes

 
Bien qu'il y ait eu des progrès louables en ce qui concerne l'adoption de cadres juridiques et politiques favorisant les droits des femmes sur le continent, il reste encore beaucoup à faire en matière de mise en œuvre et de responsabilité, en particulier en ce qui concerne les droits économiques, sociaux et culturels des femmes, note Letty Chiwara, directrice Afrique d’ONU Femmes.
 
"Les femmes supportent encore un fardeau disproportionné de la pauvreté. Elles continuent d'être engagées dans une main-d'œuvre informelle peu rémunérée, des services non rémunérés et font face à des lois discriminatoires en matière de propriété foncière et d'héritage", écrit Letty Chiwara.
 
Ces propos font écho aux déclarations de Phumzile Mlambo-Ngcuka, directrice générale d’ONU Femmes, dans son message à l'occasion de la Journée internationale de la femme.
 
"Nous voulons construire un monde de travail différent pour les femmes. À mesure qu'elles grandissent, les filles doivent être exposées à un large éventail de carrières et encouragées à faire des choix qui vont au-delà des options traditionnelles de service et de soins pour les emplois dans l'industrie, l'art, le service public, l'agriculture moderne et la science", a déclaré Phumzile Mlambo-Ngcuka.
 
Discriminations en séries
 
Il est maintenant largement admis, note l’Union Africaine, que les lacunes dans les législations et les politiques, ainsi que l'absence de mise en œuvre et d'application de la législation perpétuent et renforcent la discrimination de jure et de fait à l'égard des femmes.
 
Par exemple, dans certains pays où l'adultère est pénalisé, les lois discriminent expressément les femmes ; elles pénalisent uniquement les femmes pour adultère ou pénalisent plus sévèrement les femmes que les hommes.
 
Même lorsque la loi est neutre du point de vue du genre, les dispositions pénales relatives à l'adultère ont dans la pratique des effets discriminatoires sur les femmes. En outre, des lois discriminatoires persistent, notamment en ce qui concerne les codes de la famille, les codes civils, pénaux, commerciaux ou encore les règles et règlements administratifs.
 
Dans plusieurs pays, les lois sur la nationalité n'accordent toujours pas aux femmes les mêmes droits que les hommes pour acquérir, changer et conserver leur nationalité, et certaines lois contiennent des dispositions discriminatoires qui interdisent aux femmes de transférer leur nationalité à leurs conjoints suivant les mêmes critères que les hommes.
 
Si plusieurs pays, dont le Burundi, le Libéria, le Soudan et le Togo, ont consacré l'égalité entre les sexes dans leurs Constitutions, ils n'ont cependant pas encore réformé leurs codes de la nationalité.
 
Au Lesotho, au Nigeria, au Malawi, en Éthiopie, en République centrafricaine, au Cameroun, au Bénin et en Guinée, les femmes ne sont pas autorisées à transmettre la nationalité à leurs conjoints sur la même base que les hommes.

L’Union Africaine déplore que le Burundi, la Guinée, la République démocratique du Congo, le Kenya, le Mali, le Soudan et la Tanzanie disposent tous de codes de la famille contenant des clauses discriminatoires à l'égard des femmes en matière matrimoniale.
 
Même lorsque des réformes juridiques ont eu lieu, elles ne sont souvent pas appliquées et les mécanismes institutionnels de promotion des droits fondamentaux des femmes sont souvent sous-financés.
 
Au regard de ce tableau fort contrasté, les auteurs du rapport formulent deux grandes séries de recommandations  à l’endroit de la classe dirigeante africaine : la première vise à accélérer la ratification et l’appropriation par les Etats, du protocole de Maputo ; la deuxième, à promouvoir des mesures concrètes propres à renforcer les droits de la femme aux niveaux régional et national, à travers la systématisation de l’inclusion d’une perspective liée au genre dans toutes les sphères de la vie publique.