Afrique Sub-Saharienne

  • Pauvreté : le facteur genre doit être pris au sérieux

    Roger Williamson

    19/06/14

Lecture rapide

  • Toutes les questions relatives à l’éradication de la pauvreté comportent une dimension de genre

  • L’exclusion des femmes est préjudiciable à la productivité et aux efforts de réduction de la pauvreté

  • Sur le plan international, il faut fixer des objectifs de développement différenciés selon le sexe

Dans un récent article sur la parité des sexes étudiée dans le contexte des changements climatiques, Janna Tenzing affirme qu’à mesure que les changements climatiques deviennent une réalité, le temps de collecte de la nourriture  et de l’eau augmente, et ce sont les femmes et les jeunes filles qui en font les frais. [1]

Tous les aspects de l’éradication de la pauvreté comportent une dimension de genre, et les changements climatiques n’échappent pas à cette règle.

“Empêcher les femmes de réaliser leur plein potentiel nuit à la productivité et au bien-être, sapant ainsi les efforts de réduction de la pauvreté.”

Roger Williamson

Pour en tenir compte, des objectifs  de développement sexo-spécifiques doivent être fixés à l’échelle internationale.

L’analyse différenciée par sexe doit faire partie des objectifs de l’après-2015, qui vont succéder aux
Objectifs du Millénaire pour le développement.

Il faudra également définir des thèmes spécifiques, axés sur la problématique des sexes, comme le fait le rapport le plus récent.

Le thème de la violence à caractère sexiste ne peut quant à lui faire l’objet d’une distinction aussi spécifique dans le cadre d’un objectif général sur les droits de l’homme ou la réduction de la violence.

Un nouveau rapport d’étude sur le Soudan et les violences sexuelles en temps de guerre, lancé à la veille du sommet mondial, qui a lieu cette semaine, montre combien la violence sexiste peut être terrifiante et répandue, et fait l’objet d’une comparaison avec un « feu de brousse » capable d’ engloutir subitement un être humain. [2]


Deux éléments incitent tout le monde, et notamment les hommes, à prendre au sérieux les thématiques relatives à la parité des sexes et à l’inclusion.

L’un est d’ordre économique : ne pas reconnaître l’importance du travail des femmes (y compris s’occuper des enfants et des membres de la famille) et les empêcher de réaliser tout leur potentiel obère la productivité et le bien-être en général, et freine les efforts déployés pour réduire la pauvreté.

D’autres explications relèvent de la justice et des droits de l’homme : la violence sexiste est injustifiée et serait injustifiée même en l’absence d’arguments contradictoires.

J’ai été récemment le rapporteur d’une conférence des Nations Unies sur les pays en développement puis d’une réunion organisée par l’Institut mondial de recherche en économie du développement de l’Université des Nations Unies (UNU-WIDER) sur l’aide et la parité entre les sexes.

A l’issue de cet exercice, j’appelle les hommes à s’impliquer davantage et activement dans la recherche de solutions à ces problèmes.

Cette implication m’a permis de mieux comprendre que la question de la parité entre les sexes est une question de pouvoir et de relations socialement construites.

Cette vision est présentée de manière plus détaillée dans le document de synthèse d’UNU-WIDER sur l’aide pour la parité entre les sexes, et dans l’ouvrage intitulé Feminists in Development Organizations.   [3,4]

Selon un vieil adage, “ce qui est compté c’est ce qui  compte”. Comme le souligne Janna Tenzing, la prise en compte des données ventilées par sexe sont essentielles pour l’élimination des inégalités en matière de pouvoir entre les sexes et pour l’éradication de la pauvreté.

Tant que les effets néfastes de la situation actuelle sur les femmes ne seront pas maîtrisés, il n’y aura pas d’amélioration pour l’avenir.
 
Roger Williamson est un consultant indépendant et chercheur invité à l'Institut d'études du développement à l'Université de Sussex, au Royaume-Uni. Il a organisé pour le compte du Foreign Office  près de 80 conférences internationales sur les politiques. Il a été responsable de l’agenda politique et des campagnes à Christian Aid.