Afrique Sub-Saharienne

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  • Chimie : Les Africains pour une souveraineté accrue

    Amzath Fassassi, Bilal Taïrou

    15/08/17

Lecture rapide

  • La chimie est au cœur de toutes les grandes innovations contemporaines

  • L’Afrique dispose d’une expertise pour faire la différence dans cette discipline

  • Mais les gouvernements doivent financer la recherche pour stimuler le développement

Selon des experts, les gouvernements africains doivent soutenir les efforts de recherche en chimie, afin d’encourager une éthique de la recherche qui réponde aux préoccupations des pays africains, en vue d’atteindre la souveraineté thérapeutique, aussi bien que la sécurité alimentaire.

Réunis à Dakar (8-11 août) à l’occasion des 18e journées scientifiques de la Société ouest-africaine de chimie (SOACHIM), les chimistes d’Afrique de l’Ouest se sont penchés sur la thématique : “Sciences chimiques, souveraineté thérapeutique et alimentaire pour l’émergence de l’Afrique de l’Ouest.”

Les participants ont tour à tour souligné le besoin d’une expertise locale pour porter un projet de souveraineté thérapeutique et de sécurité alimentaire.

“Tant que les gouvernants n’investiront pas par rapport à nos propres problématiques, nous aurons toujours autant de mal à faire de la recherche qui profite directement aux Africains.”

Papa Madieye Gueye
Professeur de biochimie à l’université de Dakar 

Toutefois, selon Papa Madieye Gueye, professeur de biochimie à l’université de Dakar, en termes de connaissances scientifiques, il n’y a guère de différence majeure de niveau entre l’expertise locale et celle des grands centres universitaires et laboratoires de recherche des pays occidentaux.

“On a tous été formés dans les universités françaises, américaines et canadiennes”, a-t-il déclaré dans une interview à SciDev.Net. 
“Donc l’expertise est là.”

Le chercheur sénégalais estime que la différence entre les chimistes du Nord et ceux du Sud tient avant tout aux ressources mises à la disposition des uns et des autres.
 
Il soutient en outre que compte tenu de leurs moyens, la contribution des chimistes au développement, dans le contexte de sociétés en voie de développement, s’exprime essentiellement dans la vérification de la conformité des produits alimentaires aux règlements. Par exemple, ils sont appelés à vérifier la qualité des produits chimiques, notamment au regard de la présence d’éléments nutritifs, de la bonne concentration des composés et de la conformité aux normes. Or, estime Papa Madieye Gueye, “en termes de contrôle ou d’expertise analytique, il faut utiliser des composés chimiques, notamment des intrants qui coûtent très cher. Nos établissements de recherche n’ont pas toujours ces outils à leur disposition. Il en va de même des appareils et c’est la principale différence entre le travail qui peut être fait ici et celui qui est fait là-bas.”

Papa Madieye Gueye estime par conséquent qu’il y a lieu de renforcer la formation continue des ingénieurs biomédicaux, d’assurer l’accompagnement de l’industrie agroalimentaire, pour permettre à l’Afrique d’être autonome.

Pour le professeur Gado Tchangbedji de l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) au Bénin, dans le contexte africain, le rôle de la chimie doit être pris sous l’angle de la qualité.

“Il est vrai qu’il faut produire en quantité pour nourrir toutes les bouches, mais la quantité va avec la qualité”, a-t-il expliqué dans une interview à SciDev.Net.

“Le rôle de la chimie, c’est de faire en sorte que certes il y ait une production en quantité, mais aussi une production de qualité.”

Le chimiste béninois estime en outre que si la bioagriculture prend une importance croissante dans les habitudes culturales, “c’est parce que les effets des intrants chimiques sur la qualité des aliments ont atteint un seuil de gravité tel qu’il faut trouver de nouveaux modes de production, pour satisfaire aussi bien la quantité que la qualité.”
 
Il s’ensuit, selon lui, que la chimie a un rôle clé dans ce processus.
 
“C’est pourquoi, poursuit-il, la chimie doit apporter un coup de main dans la vulgarisation de l’agriculture biologique en Afrique. Il ne faut pas toujours être en retard par rapport aux autres continents.”
 
Reste la sempiternelle question du financement, qui entrave bien des initiatives sur le continent.
 
Très souvent, “l’apport de nos pays, de nos gouvernants est peu significatif”, regrette  Papa Madieye Gueye.

“Généralement, les chercheurs rédigent des projets de recherche qu’ils soumettent aux organismes internationaux, lesquels financent évidemment les problématiques qui les intéressent”, estime-t-il.

Or en Afrique, il existe des défis spécifiques et “tant que les gouvernants n’investiront pas par rapport à nos propres problématiques, nous aurons toujours autant de mal à faire de la recherche qui profite directement aux Africains.”

Pour Papa Madieye Gueye, la question ne se pose pas en termes d’information et de sensibilisation des politiques.

“Nos gouvernants sont bien au fait du problème. Malheureusement, la politique impacte de manière significative sur les décisions et on est dans une logique permanente de clientélisme et c’est ce qui peut rapporter rapidement en termes de voix qui est privilégié.”

Même son de cloche du côté de Roger Nébié, secrétaire permanent de la SOACHIM : “Nous pouvons trouver tous les résultats qu’il faut, mais quand il n’y a pas cette volonté de nos gouvernants d’aller vers leur valorisation et de prendre les dispositions pour financer de manière conséquente nos chercheurs pour qu’ils aboutissent à toutes les solutions pour lever les contraintes de développement, on n’aura pas de solution”, a-t-il confié à SciDev.Net.