Afrique Sub-Saharienne

  • Comment le CODESRIA est devenu le think tank N°1 d’Afrique

    Julien Chongwang

    01/02/17

Lecture rapide

  • Le CODESRIA est premier en Afrique subsaharienne et 125ème dans le monde.

  • L’organisation compter s’améliorer, surtout dans les secteurs où elle n’est pas classée

  • Ce laurier survient alors que l’institution fête ce 1er février son 44ème anniversaire

Le 26 janvier dernier, l’université de Pennsylvanie (Etats-Unis) a publié son rapport 2016 sur le classement des think tanks dans le monde; un classement baptisé Global Go-To Think Tanks Index Report et produit dans le cadre du Think Tanks and Civil Societies Program (TTCSP) .
 
Il en ressort que le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) occupe le premier rang en Afrique subsaharienne ; soit une nette progression par rapport à la quatrième place qu’il occupait l’an dernier.
 
Sur le podium, le CODESRIA devance notamment la Kenya Institute for Public Policy Research and Analysis (KIPPRA) et le Botswana Institute for Development Policy Analysis (BIDPA) ; tandis que le premier think tank sud-africain (African Centre for the Constructive Resolution of Disputes - ACCORD) dans ce classement régional n’arrive qu’en cinquième position.
 
Au palmarès général, le CODESRIA qui a son siège à Dakar au Sénégal arrive à la 125ème position ; et au 119ème rang si on exclut les think tanks des Etats-Unis qui dominent le palmarès. Ce classement général est coiffé par Brookings Institution (Etats-Unis), Chatham House (Royaume Uni)  et l'Institut français des relations internationales (IFRI).
 
Au classement thématique, le CODESRIA se classe 18ème mondial dans le secteur du développement international, 49ème dans celui du plaidoyer, 28ème en matière de recherche interdisciplinaire, 45ème pour l'utilisation d'internet et 35ème en matière d’influence sur les politiques publiques.
 
Cette reconnaissance tombe au moment où le CODESRIA célèbre ce 1er février 2017 son 44ème anniversaire.
 
Pour découvrir cette organisation, SciDev.Net est allé à la rencontre de son secrétaire exécutif, Ebrima Sall. Il donne ici un aperçu de la structure et du travail qui sous-tendent ces performances dont l’institution se réjouit.
  
C’est quoi le CODESRIA ?
 
Le CODESRIA est un organisme panafricain de recherche en sciences sociales créé en 1973 pour faire la promotion de la science, notamment des sciences sociales en Afrique. Il réunit des intellectuels africains au-delà des différences linguistiques et des différences disciplinaires pour qu’ils réfléchissent ensemble sur nos sociétés, mais également sur les questions qui interpellent le monde contemporain. C’est une initiative autonome des intellectuels africains eux-mêmes. Ils ont créé le CODESRIA pour en faire un espace, un forum, un lieu de rencontres et d’impulsion d’un certain nombre d’idées sur le continent et sur le reste du monde, mais vu à partir de l’Afrique. Cela étant, le principal but du CODESRIA est donc la recherche : organiser et soutenir des réseaux de recherche, former également à la recherche. Il y a tout un volet formation qui concerne notamment les jeunes chercheurs pour leur permettre d’avoir les outils qui vont les aider à s’engager dans la science et la recherche scientifique avec les compétences techniques qu’il faut, avec un esprit critique et l’esprit le plus interrogatif possible à partir de l’Afrique où nous sommes. Après la recherche et la formation, il y a également la publication. Nous publions une douzaine de revues scientifiques à comité de lecture et beaucoup d’ouvrages chaque année.
 
Qu’est-ce qui explique cette spécialisation dans les sciences sociales ?
 
C’est un choix qui a été opéré dès le départ. En fait, ceux qui ont créé le CODESRIA étaient des intellectuels africains qui étaient dans les disciplines des sciences sociales et humaines. Donc, c’est normal que les autres sciences n’aient pas été invitées à ces discussions-là. L’initiative avait engagé des universitaires qui étaient dans les sciences sociales et dans les sciences humaines. Mais, être dans les sciences sociales n’empêche pas de s’intéresser aux questions qui relèvent plutôt de l’objet des sciences naturelles, des sciences dites "dures". Le CODESRIA a ainsi travaillé sur des questions d’environnement, de bioéthique, et même de technologie, de développement rural, d’industrialisation, etc. et ce travail-là se fait de manière multidisciplinaire en partie en collaboration avec les sciences "dures". Mais, la particularité de la démarche du CODESRIA c’est que c’est le regard des sciences sociales et humaines qui est porté sur ces phénomènes.
 
Le CODESRIA vient d’être classé comme premier Think Tank en Afrique subsaharienne. Quel est le contexte de ce classement.
 
C’est un classement qui se fait chaque année. L’Université de Pennsylvanie aux Etats-Unis, a un institut qui s’appelle Lauder institut. Cet institut a un programme qui s’appelle "Think tanks and societies" qui étudie les think tanks, les laboratoires d’idées dans le monde entier : comment ils évoluent ? De quelles questions ils traitent ? Comment ils se comparent les uns aux autres, etc. Donc, cette institution produit un rapport sur l’état des think tanks dans le monde et c’était la dixième fois cette année. Donc, le rapport qui a été lancé vendredi dernier par le CODESRIA est le dixième du genre. Maintenant, ils font un classement mondial, des classements par régions ou par sous-régions, et il y a également un classement thématique, c’est-à-dire par secteur comme l’éducation, la santé, l’environnement, etc. Les classements sont faits avec les Etats-Unis et sans les Etats-Unis, pour voir quels sont les meilleurs. On fait cette distinction parce que les Etats-Unis concentrent un grand nombre de think tanks et tenir compte de ce paramètre change un peu les données.
 
L’année dernière, le CODESRIA s’était classé 4ème avant de devenir premier cette année en Afrique subsaharienne. A quoi devez-vous cette progression et cette performance ?
 
Le CODESRIA est dans la recherche permanente des moyens de s’améliorer. Donc, il y a une introspection, une évaluation critique interne qui se fait régulièrement. Il y a trois ans, nous avons lancé un certain nombre d’études et d’évaluations de ses programmes, de son agenda intellectuel, mais également de sa gestion et de sa gouvernance. Maintenant, il y a un rapport direct entre la gouvernance, l’agenda intellectuel et l’administration pour faire en sorte que l’agenda intellectuel qui est le principal puisse être réalisé parce que c’est cela l’objet du CODESRIA.
 
Le classement indique que le CODESRIA fait partie des meilleurs utilisateurs d’internet dans la sous-région. Mais, dans le même temps, le Conseil n’utilise presque pas les réseaux sociaux. Comment expliquez-vous un tel contraste de nos jours ?
 
Nous utilisons l’internet parce qu’il permet de faire au moins deux choses : diffuser l’information et atteindre les chercheurs qui sont en Afrique ou ailleurs, à travers les e-mails, notre site web, etc. L’internet c’est également le moyen par lequel nous arrivons à diffuser les ouvrages scientifiques ; car, il y a une politique d’accès libre aux ouvrages du CODESRIA (" open access "). Elle permet de télécharger les ouvrages que nous publions, à partir de notre site web. Et une fois que cela est fait, on n’a pas besoin de venir à Dakar pour acheter un livre ; car, on peut l’avoir à partir du moment où on peut accéder à internet.

“Nous avons des éléments qui nous montrent que les recherches que nous menons intéressent les décideurs africains, qu’ils soient dans les gouvernements ou dans des organisations régionales”

Ebrima Sall
Secrétaire exécutif du CODESRIA

Quant aux réseaux sociaux, c’est un secteur où nous ne sommes pas très performants. Le CODESRIA a bien un compte Twitter et une page Facebook ; tous les messages que nous mettons sur notre site web sont automatiquement publiés sur Twitter et sur Facebook. Mais, nous savons qu’il en faut plus. Par exemple, ce qui se fait de nos jours est que lors d’un colloque par exemple, il y a des participants qui ne sont là que pour faire des twits afin de distiller immédiatement toutes les phrases et informations importantes issues des différentes communications. C’est devenu un moyen important de communiquer. Même pour l’information scientifique, il s’est avéré que c’est un moyen assez efficace de diffuser l’information essentielle parce qu’on peut mettre le twit et joindre le lien vers un article qui est sur le site web du CODESRIA par exemple. C’est un moyen de diffusion également.
Donc, nous ne gérons pas ces pages comme nous devrions le faire parce que nous n’avons pas un personnel dédié à cela. Ceux qui y travaillent même ne sont pas formés et d’autres collègues et moi-même ne sommes pas toujours habitués à faire des twits ou des posts. Ce n’est pas très compliqué à faire et il faut s’y mettre et aimer le faire. Je crois que c’est ce qui explique le paradoxe que vous relevez.
 
Comment mesurez-vous la prise en compte de vos travaux par les décideurs et leur impact sur les politiques publiques ?
 
Il existe des techniques de mesure d’impact qui ont d’ailleurs fait l’objet d’une table ronde récemment. Ce qui nous intéresse c’est de voir dans quelle mesure les décideurs s’intéressent à ce que fait le CODESRIA. Et sur ce point, nous avons des éléments qui nous montrent que les recherches que nous menons intéressent les décideurs africains, qu’ils soient dans les gouvernements ou dans des organisations régionales ; car, certains vont jusqu’à citer le CODESRIA dans leurs travaux. Par exemple, en 2014, un rapport de l’Union africaine sur l’enseignement supérieur a cité de façon explicite le CODESRIA comme l’une des rares institutions qui font un excellent travail par rapport à cette question. Cela est une preuve de l’appréciation du travail que nous faisons, de la part du département de l’Union africaine qui s’occupe de cette question d’éducation. En outre, avec le département des affaires politiques de l’Union africaine, nous avons même fini par signer une convention parce que ce que fait le CODESRIA l’intéresse et il souhaiterait travailler davantage avec nous. Nous avons egalement signé une convention avec la CEA (Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique) et avec cette institution nous avons, en 2015, lancé La Revue de la Transformation africaine  (Journal of African Transformation) qui est une plateforme qui cherche à relier les chercheurs aux milieux décisionnels. Ce sont là quelques éléments qui montrent que les milieux décisionnels s’intéressent au travail que fait le CODESRIA.
 
Quels sont les axes sur lesquels le CODESRIA compte se focaliser pour soigner son classement dans les années à venir ?
 
Le CODESRIA ne cherche pas particulièrement à orienter son travail en fonction des classements. Cependant, il y a lieu de faire un effort plus important dans les domaines dans lesquels nous avons été mal classés ou pas classés du tout. Nous avons parlé des réseaux sociaux tout à l’heure. Le rapport relève aussi que nous ne faisons pas une bonne utilisation des médias traditionnels. Ce sont des domaines dans lesquels nous devons nous investir. Mais, nous savons également que nous ne sommes pas parmi les think tanks dont les travaux ont le meilleur impact sur les questions de l’environnement, de l’éducation, de santé, etc. Le CODESRIA ne fait pas partie des classements dans ces domaines qui sont pourtant très importants pour nous en Afrique. Ça veut dire donc que nous avons un travail à faire. Les questions de santé et d’environnement sont fondamentales pour notre développement et le fait de ne pas apparaître comme performants dans ces domaines-là nous indique que nous y avons un travail à faire. Je pense que ce que nous devons faire pour les années à venir c’est commencer à nous occuper des questions qui sont marginales par rapport à ce que nous faisons et mettre un accent là-dessus pour voir la formule qui marche. Sans toutefois perdre de vue le focus que le CODESRIA a adopté jusqu’à présent, à savoir les sciences humaines et sociales en mettant l’accent sur les recherches fondamentales.
 
Le classement montre qu’il y a très peu de think tanks en Afrique francophone. Comment cela s’explique-t-il ?
 
Au départ, c’est parce que les think tanks étaient peu connus dans les pays francophones. Les pays qui ont véritablement développé une culture de think tanks sont les Etats-Unis et l’Allemagne. Aux Etats-Unis, c’est un peu parce que leur système politique fonctionne par des lobbies et par des projets et des contre-projets. Donc, des gens ont créé des think tanks qui produisent des idées pour influencer les débats. En Allemagne, il y a des fondations comme Friedrich Ebert, Konrad Adenauer, et Rosa Luxemburg qui servent de boîtes d’idées (laboratoires d’idées).
Alors, je pense qu’en Afrique, cette culture des think tanks commence à peine à se développer. C’est un peu lié aux conditions économiques, mais surtout au climat politique dans lequel ces choses-là se font. Je crois que le nombre de think tanks en Afrique va commencer à augmenter avec justement les ouvertures démocratiques. Parce qu’au fond, pour qu’un think tank prospère, il faudrait que le contexte soit favorable et que les gens soient d’accord sur le fait que les think tanks sont importants, que les idées qu’ils produisent peuvent être utiles pour la formulation des politiques ou des alternatives. A partir de ce moment-là, on peut croire que s’investir dans un think tank peut être utile.
 
Que faut-il faire à votre avis pour multiplier les think-tanks en Afrique subsaharienne francophone ?
 
A mon avis, plus que le nombre, c’est la qualité qu’il nous faut, en Afrique francophone et ailleurs sur le continent. L’un des grands défis est de trouver un mécanisme de financement pour permettre aux think tanks de fonctionner. Beaucoup de think tanks africains dépendent de financements venant de l’extérieur. Je pense qu’il faudrait que cela change. Il faudrait que les ressources qui nourrissent les think tanks d’Afrique viennent d’Afrique principalement, même s’il y a des ressources extérieures. En outre, il faudrait créer un cadre qui permette aux think tanks de faire un travail appréciable. C’est-à-dire un contexte où les gens, les décideurs, la société civile, etc. accordent une grande importance à la qualité du débat et reconnaissent que le pluralisme est utile, et qu’il y a plusieurs offres qui peuvent être disponibles, que plusieurs choix sont possibles. En substance, il faudrait un contexte plus ou moins démocratique dans lequel on sait qu’un parti politique pourrait formuler une proposition et qu’en voulant faire une contre-proposition, les think tanks pourraient participer. Il faudrait également que les gouvernements reconnaissent qu’il y a plusieurs choix possibles sur les questions auxquelles ils s’attèlent et que les think tanks pourraient les accompagner en faisant des analyses prospectives, et des évaluations, non seulement avec le gouvernement, mais aussi avec la société civile et tous ceux qui s’intéressent à la question. De cette manière-là, on peut créer les conditions dans lesquelles le travail des think tanks sera valorisé par les gens qui sont dans les milieux décisionnels, mais également par les gens qui cherchent à influencer les décisions.
 
D’où vous viennent les ressources qui vous permettent de réaliser tous vos travaux et toutes vos études ?
 
Nos ressources viennent principalement de la coopération avec les pays d’Europe du nord, en l’occurrence la Suède, la Norvège et le Danemark. Mais, il y a aussi des appuis que nous recevons du gouvernement du Sénégal qui nous accorde des exonérations fiscales sur tout ce que nous faisons. Mais, également, l’Etat du Sénégal paie la moitié du loyer de l’immeuble qui abrite le siège du CODESRIA. C’est utile pour le continent et pour le CODESRIA d’avoir une importante caution africaine. Mais, nous souhaiterions passer à une autre étape où ce n’est pas seulement le Sénégal, mais tous les pays du continent qui soient familiers avec le travail du CODESRIA et le soutiennent financièrement, et qu’ils reprennent nos travaux dans la mesure du possible.
 
Est-ce que ces soutiens extérieurs ne compromettent pas l’indépendance du CODESRIA et des travaux qu’il réalise ?
 
Nos travaux sont indépendants. On peut effectivement faire une corrélation entre le type de financement et les positions qu’on défend dans les recherches. Mais, je dirais que les pays nordiques ont commencé à soutenir le CODESRIA dans une dynamique de libération des Africains. C’est pour cela qu’au même moment, ils ont soutenu le MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola), le FRELIMO (Front de libération du Mozambique) ou encore l’ANC (African national congress) en Afrique du Sud et la SWAPO (South West Africa People's Organization) en Namibie. De la même façon, ils ont appuyé les intellectuels africains pour que nous sachions réfléchir de manière indépendante sur les problèmes de l’Afrique et sur les problèmes du monde dans son ensemble.
 
Comment se recrutent les chercheurs qui travaillent au CODESRIA ?
 
Tout est ouvert et annoncé et passe par une compétition. Les recrutements sont ouverts, les groupes de travail sont annoncés, on invite les candidats à formuler des propositions pour participer à la conférence pour lancer des réseaux de recherche ou des revues nouvelles. C’est de la même façon que les chercheurs sont recrutés : il y a une annonce qui est publiée entre autres sur notre site web dans la section des vacances de postes, les gens candidatent, un comité de sélection indépendante est monté avec des spécialistes qui font la pré-sélection, et le recrutement du personnel panafricain, qui est le personnel sénior, est fait par le comité exécutif du CODESRIA.
 
Quelles est la place des étudiants et des jeunes chercheurs dans les activités du CODESRIA ?
 
Ils ont une place centrale. L’un des départements qui ont la croissance la plus forte et la plus rapide, c’est le département formation et bourses. L’encadrement des jeunes chercheurs se fait par le biais des instituts et écoles d’été, des ateliers méthodologiques, des bourses doctorales et postdoctorales, des séminaires facultaires, du monitoring et bien d’autres mécanismes.
 
Quelles relations entretenez-vous avec d’autres think tanks sur le continent ? Compétition ou collaboration ?
 
Beaucoup plus une relation de collaboration. Beaucoup de centres de recherche qui sont classés comme think tanks et beaucoup de think tanks qui se définissent comme tels sur le continent sont membres du CODESRIA. Donc, on travaille beaucoup plus en partenariat, et c’est plutôt bien. Car, il y a des think tanks qui ont une spécialisation dans des domaines précis ; tandis qu’il y en a d’autres qui ne couvrent qu’un région précise, comme l’Afrique australe par exemple et qui ne diront que des généralités sur le reste du continent. Donc, avec ces différentes situations, on voit bien que ce n’est pas un think tank qu’il faut, mais plusieurs. Et il faut que tout cela se fasse de manière à permettre une compréhension améliorée des phénomènes.
 
Est-ce qu’il arrive que des organismes ou organisations commandent auprès de vous la réalisation de certains travaux ?
 
Il arrive qu’on nous invite à soumissionner pour un appel d’offre qui est lancé ; ou à faire un travail qui est plus ou moins une consultance. En général, le CODESRIA a des réserves par rapport à la consultance. Parce que ça prend beaucoup de temps et on n’a pas toujours la latitude de raisonner en tant qu’universitaires critiques. Mais, il est important que ce type de travail soit fait ; car, c’est parce que ces institutions pensent qu’en travaillant avec le CODESRIA, elles sont assurées de la qualité du travail qui va être fait.
 
A quels obstacles fait face le CODESRIA dans l’ensemble de ses activités ?
 
Le financement reste le principal casse-tête. En réglant le problème du financement, on règle aussi celui de l’encadrement parce qu’on pourra embaucher des gens pour gérer les programmes, pour formuler des projets sur des questions qui ne sont pas encore prédominantes. La réalité c’est que les décideurs s’intéressent le plus souvent aux questions qui sont déjà dans les médias. Mais, avec les recherches, on devrait pouvoir identifier des problèmes et les mettre sur les agendas des milieux décisionnels, notamment en publiant des "policy briefs", en organisant des débats publics sur les questions, ou à travers les médias.
 
Il existe un débat au sujet de savoir s’il faut privilégier la recherche appliquée ou la recherche fondamentale en Afrique. Quelle est la position du CODESRIA à ce sujet ?
 
Dans le domaine des sciences locales, pendant longtemps, les chercheurs d’Afrique ne faisaient que de la recherche appliquée. C’était des recherches sur commande, effectuées à la demande, sous forme de consultance. Le CODESRIA a ensuite pris la décision d’investir dans ce qui nous permet d’avoir une compréhension profonde de nos réalités et selon les critères qui nous conviennent le plus. Donc, je dirais que cette dichotomie ne doit pas être absolutisée. On peut produire du savoir en faisant de la recherche appliquée, comme on peut tirer des recommandations très pertinentes pour les politiques publiques à partir de la recherche fondamentale.