Afrique Sub-Saharienne

  • Innover pour éliminer les MTN

    Ochieng' Ogodo

    24/04/17

Lecture rapide

  • Des experts appellent à des innovations contre les maladies tropicales négligées

  • Mais le développement de telles innovations prend souvent du temps

  • Il est capital d'ajouter aux innovations les expériences communautaires

[GENEVE] Selon des experts, le développement de produits scientifiques innovants à partir de la recherche et du développement prend du temps, mais il faut un accès facile aux innovations pour lutter contre les maladies infectieuses.
 
Les experts qui ont assisté à la 2ème réunion mondiale des partenaires de l'OMS sur les maladies tropicales négligées (MTN) à Genève la semaine dernière (18-20 avril) ont ajouté que des innovations faciles à utiliser sont nécessaires pour lutter contre les MTN.
 
Les MTN comprennent l'ulcère de Buruli, la maladie de Chagas, la dengue et le chikungunya, la maladie du ver de Guinée, l'échinococcose, la trypanosomiase humaine (maladie du sommeil) et la leishmaniose.

“Nous devons attirer des partenariats public-privé, des universités et des programmes nationaux pour développer un nouveau traitement pour la leishmaniose.”

Bernard Pécoul - initiative sur les médicaments pour les maladies négligées (DNDi)


L'Afrique figure parmi les régions du monde les plus affectées par ces maladies.
 
Pour aider à lutter contre les MTN – encore appelées maladies des pauvres -, il est nécessaire de combiner des expériences communautaires simples et des innovations scientifiques, explique David Molyneux, professeur principal à l'École de médecine tropicale de Liverpool, au Royaume-Uni.
 
"Ce sont des matériaux innovants simples qui ne découlent pas de la science élémentaire, mais des expériences des communautés et des personnes impliquées dans l'éducation à la santé", estime-t-il.
 
Par exemple, l'utilisation de moustiquaires, devenues une innovation très efficace dans la lutte contre le paludisme a d'abord été suggérée vers 1901. "Il faut beaucoup de temps pour obtenir des produits efficaces dans le secteur de la santé publique. L'innovation dans le contexte des maladies infectieuses doit être examinée au-delà du développement des produits", explique-t-il.
 
Selon David Molyneux, les téléphones portables sont devenus importants pour la cartographie et la surveillance de maladies telles que le ver de Guinée et le trachome, grâce à l'utilisation du service de messagerie courte - une façon d'envoyer un message d'un téléphone portable à un autre - dans les zones touchées.
 
David Molyneux affirme en outre que l'autonomisation des communautés, y compris les villages touchés, afin de leur permettre d'acquérir des médicaments, est une méthode importante pour lutter contre les maladies.
 
"Cinquante pour cent du traitement pour la cécité des rivières en Afrique, 50 millions de traitements par an, étaient destinés aux personnes vivant à plus de 20 kilomètres de tout établissement de santé", soutient-il.
 
"Une bonne science est la base d'une bonne santé publique. Le défi avec les MTN est de savoir comment obtenir la meilleure science dans une politique de santé publique."
 
David Molyneux explique qu'au nombre des problèmes qui rendent difficile l'élimination des MTN se trouvent l'efficacité des médicaments, les problèmes sociogéographiques, l'adhésion des communautés aux traitements médicamenteux, l'eau et l'assainissement et des incitations pour les communautés impliquées dans la lutte contre les MTN.
 
Pour sa part, Bernard Pécoul, directeur exécutif de l'Initiative sur les médicaments pour les maladies négligées (Drugs for Neglected Diseases initiative - DNDi), basée à Genève, assure que l'adaptation d'innovations faciles à utiliser à la condition des personnes vivant dans des endroits éloignés peut changer la dynamique de la lutte contre les maladies.
 
Par exemple, il estime que des innovations sont nécessaires pour développer des médicaments dans le but d'éliminer la leishmaniose, une maladie complexe et sévère qui affecte l'Afrique de l'Est, l'Inde et l'Amérique latine. "Nous devons attirer des partenariats public-privé, des universités et des programmes nationaux pour développer un nouveau traitement pour la leishmaniose", soutient-il, ajoutant qu'il s'agit d'un défi.
 
Joseph Ndung'u, responsable du programme trypanosomiase africaine humaine et d'autres programmes de diagnostic des maladies négligées à la Fondation pour l'Innovation en matière de Nouveaux Diagnostics (Foundation for Innovative New Diagnostics), une organisation basée en Suisse, affirme que les innovations ne sont importantes que si elles vont au-delà du développement de produits.
 
Ces technologies, dit-il, doivent être livrées aux communautés vivant dans des zones appauvries pour aider à raccourcir la distance parcourue par les patients dans ces zones.
 
"Nous sommes maintenant à des étapes très avancées pour développer un test pour le diagnostic simultané du paludisme et le dépistage de la maladie du sommeil", affirme-t-il, ajoutant que de telles innovations pourraient permettre une élimination durable des MTN.