Afrique Sub-Saharienne

  • Nouvelles directives pour la recherche agricole en Afrique

    Julien Chongwang

    27/06/17

Lecture rapide

  • Les Etats sont invités à diversifier les sources de financement de la recherche agricole

  • Une vulgarisation des résultats de la recherche est aussi fortement recommandée

  • De nombreux chercheurs iront bientôt à la retraite et il faut vite penser à les suppléer

Au terme d’une étude publiée récemment sur les investissements et la capacité des ressources humaines dans la recherche agricole en Afrique, l’ASTI[1] (Indicateurs relatifs aux sciences et technologies agricoles) formule trois recommandations essentielles à l’attention des Etats d’Afrique subsaharienne.
 
Premièrement, "les gouvernements doivent aborder le problème du sous-investissement dans la recherche agricole en prenant des mesures nécessaires pour diversifier les sources de financement".
 
Pour Nienke Beintema et Gert-Jan Stads, les auteurs dudit rapport, plutôt que de trop compter sur les contributions des donateurs et les prêts accordés par les banques de développement pour financer un domaine aussi crucial que la recherche, les gouvernements devraient déterminer leurs propres priorités nationales et concevoir des programmes pertinents de recherche à long terme.
 
De sorte que l’appui des donateurs et les prêts consentis par les banques de développement viennent juste en complément à ces priorités prédéfinies.
 

“Le potentiel de financement du secteur privé reste largement inexploité dans la plupart des pays”

Nienke Beintema et Gert-Jan Stads
Auteurs du rapport, ASTI

 
Selon le rapport, cette diversification des sources de financement peut se faire "par exemple en vendant des biens et services ou en attirant des investissements complémentaires du secteur privé"
 
A ce titre, remarquent ses auteurs, "le potentiel de financement du secteur privé reste largement inexploité dans la plupart des pays".
 
Deuxièmement, l’ASTI invite les Etats à "investir dans la formation et le renforcement des capacités et à éliminer les écarts de traitement qui existent entre les chercheurs basés à l’université et ceux qui exercent dans les institutions nationales de recherche agricole (NARI[2])".
 
Ici, l’étude attire déjà l’attention des gouvernements sur le fait que dans la plupart des pays de la sous-région, la majorité des chercheurs titulaires d’un doctorat prendront leur retraite d’ici à 2025.
 
Dès lors, peut-on lire, les NARI doivent mettre au point sans tarder des stratégies systématiques de ressources humaines, en prenant en compte les lacunes et les besoins de formation qui se posent actuellement et en anticipant sur ceux qui pourraient apparaître à l’avenir.
 
"Dans certains pays, cela peut impliquer l'augmentation de l'âge officiel de départ à la retraite des chercheurs ou la mise en place d'une forme de dispositions de travail flexibles pour les chercheurs retraités", écrivent les auteurs de l’étude.
 
Toujours est-il que ces derniers insistent sur la suppression de la discrimination dans la rémunération des chercheurs, afin de permettre aux NARI d’attirer et de retenir des chercheurs qualifiés.
 
Contraintes
 
La dernière recommandation veut que "les gouvernements élaborent des politiques nationales de recherche agricole à long terme et fournissent un soutien institutionnel, financier et infrastructurel renforcé aux NARI".
 
Sur ce point, le constat Nienke Beintema et Gert-Jan Stads est formel : " Bien que de nombreux NARI en Afrique subsaharienne aient un statut (semi) autonome, les contraintes de financement et de capacité les empêchent souvent d'exercer cette autonomie".
 
Résultat des courses : "la plupart des NARI sont liées par des directives et des règlements ministériels et ont donc peu ou pas de marge de manoeuvre dans le recrutement du personnel, la fixation de niveaux de salaire concurrentiels ou la détermination des laboratoires qui ont besoin d’être rénovés…"
 
En conséquence, le rapport souligne que "il est essentiel que les gouvernements renforcent les fondements institutionnels, financiers et infrastructurels des NARI afin qu'ils puissent aborder plus efficacement les problèmes de productivité agricole et les problèmes de pauvreté".
 
L’une des choses suggérées dans le cadre de ce renforcement pouvant consister en la stimulation de la coopération entre les NARI en vue d’une utilisation des ressources humaines limitées ; ou en la vulgarisation auprès des agriculteurs des résultats de la recherches.
 
Inutile de préciser que ces recommandations découlent d’un ensemble de constats qui ont émergé de l’étude réalisée à travers des données recueillies dans 40 pays d’Afrique subsaharienne et couvrant la période allant de 2000 à 2014.
 
Parmi ces constats, il y a que jusqu'à 33 pays parmi les 40 sont encore loin de l'objectif d'investir dans la recherche agricole au moins de 1% de la part de leur produit intérieur brut (PIB) consacré à l'agriculture.
 
Progrès
 
Les seuls pays qui font exception étant, dans l’ordre décroissant : Maurice (5,8%), Namibie (3,1), Botswana (2,9), Afrique du Sud (2,8), Zimbabwe (1,4), Sénégal (1,1) et Burkina Faso (1).
 
A l’autre bout de la chaîne, les pays les moins bien classés sont le l’Ethiopie (0,2), le Niger (0,2), le Nigeria (0,2), le Togo (0,1), Madagascar (0,1), le Gabon (0,1) et le Tchad (0,09).
 
Toutefois, en valeur absolue, c’est bien le Nigeria qui occupe la tête du palmarès avec environ 430 millions de dollars investis dans la recherche agricole en 2014, suivi de l’Afrique du sud (420), du Kenya (280), du Ghana (195) et de l’Ouganda (150).
 
Alors que sur ce plan, ce sont l’Erythrée, le Lesotho, le Cap-Vert, le Gabon et la Guinée Bissau qui sont à la traîne, avec moins de 10 millions de dollars d’investissement chacun.
 
Malgré tout, l’on apprend que des progrès considérables ont été réalisés par l’Afrique subsaharienne au cours de la période considérée. Par exemple, il apparaît que d’une manière générale, ces dépenses pour la recherche agricole ont connu une croissance de l’ordre de 50% entre 2000 et 2014.
 
Tandis que le nombre de chercheurs sur le continent a augmenté de 70% au cours de la même période ; même si les femmes y restent sous-représentées.
 
L’ASTI qui a réalisé cette étude est un organisme coiffé par l’IFPRI[3] (Institut international de recherche sur les politiques alimentaires) et opérant dans le cadre du programme de recherche du CGIAR[4] (Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale).