Afrique Sub-Saharienne

  • AFRAVIH 2014: Les chercheurs prônent une stratégie de lutte VIH/hépatite

    Michelle Dobrovolny

    06/05/14

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  • Cinq cent millions de personnes sont atteintes d'hépatite B ou C dans le monde, dont la plupart se trouvent dans les pays du Sud

  • Les chercheurs recommandent d'appliquer aux épidémies d'hépatite les mêmes traitements qui ont aidé à contenir le VIH

  • Les chercheurs lancent aussi un appel pour faire baisser le coût des médicaments contre l'hépatite

Selon les chercheurs lors de la conférence bisannuelle AFRAVIH qui s'est tenue la semaine dernière à Montpellier, les stratégies de prévention et de traitement qui ont réussi à contenir l'épidémie de VIH/SIDA en Afrique sub-saharienne doivent maintenant être appliquées à la lutte contre l’épidémie des hépatites sur le continent.

Pour la première fois, les organisateurs de la conférence AFRAVIH - la plus grande conférence de recherche sur le VIH/SIDA dans l'espace francophone - intègrent les hépatites B et C à l'ordre du jour de la conférence.

Les trois infections virales chroniques ont en commun des facteurs de risque et les méthodes de transmission et, par conséquent, la prévention et les stratégies de traitement sont identiques, explique à SciDev.Net Charles Kouanfack, chef du Service de l'hôpital de jour de Yaoundé.

"Les deux programmes de dépistage gagneraient à aller de pair, afin d’utiliser les mêmes solutions que celles utilisées pour le VIH et d'avoir ainsi accès à des traitements pour les hépatites. C'est pour ça qu'une collaboration étroite – qui prend en compte ces trois virus qui ont la même voie de transmission et qui sont tous aussi mortels – est indispensable", insiste-t-il.

Globalement environ 500 millions de personnes sont atteintes d’hépatite B ou C. Ces infections conduisent à plus d'un million de décès chaque année car elles sont à l’origine de cirrhose ou de cancer, selon les estimations de l'Organisation mondiale de la Santé.

“L'hépatite B est presque oubliée. Elle ne faisait pas partie des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), même s'il y a 170 millions de personnes qui vivent avec cette maladie mortelle.”

Charles Kouanfack, Chef du service de l'hôpital de jour de Yaoundé

Environ 95 pour cent de ces décès surviennent dans les pays du Sud, malgré l'existence de traitements et stratégies de prévention qui ont stoppé avec succès les taux de transmission dans les pays développés, explique Georges-Philippe Pageaux, médecin et professeur au CHU Saint-Eloi de Montpellier.

"Il est urgentissime de dire: demain, que faisons-nous pour avoir les mêmes médicaments, la même efficacité, et la même ambition curatrice mais à des prix qui soient adaptés aux systèmes de différents pays?”, affirme-t-il.
 
Un vaccin pour prévenir l'hépatite B existe depuis 1998, mais la maladie - souvent asymptomatique et difficile à diagnostiquer - est restée largement hors du radar des priorités mondiales de la santé, explique encore Charles Kouanfack.

"Quand vous regardez les programmes des Nations Unies, l'hépatite B est presque oubliée. Elle ne faisait pas partie des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), même s'il y a 170 millions de personnes qui vivent avec cette maladie mortelle", a-t-il souligné.
 
L’arrivée sur le marché cette année d'un régime de traitement antiviral qui peut guérir les infections d'hépatite C dans quatre-vingt-dix pour cent des cas - mais à un prix de € 56.000 pour un traitement de 12 semaines – a lancé un débat quant à l’accessibilité du traitement afin de pouvoir l’appliquer à grande échelle, éclaire Isabelle Meyer-Andrieux, conseillère médicale pour Médecins sans Frontières.

Les institutions mondiales comme le Fonds mondial doivent se mobiliser pour baisser les coûts des médicaments comme cela a été fait pour les ARVs lors de la crise du VIH/SIDA au tournant du millénaire, insiste-t-elle.

"L'énorme enjeu aujourd’hui est l'accès aux traitements à des prix abordables pour les pays en voie de développement. Des financements innovants comme UNITAID ont un rôle à jouer aujourd'hui où on a tellement de travail à faire sur les stratégies de diagnostic et les accès aux traitements. C'est extrêmement important que ces structures ouvrent leurs mandats aux hépatites virales”.
 
Obtenir des institutions mondiales qu’elles prennent les hépatites en compte dans les programmes de santé pour le VIH/SIDA est également logique en raison du taux élevé de coïnfection, estime Charles Kouanfack, citant des statistiques qui montrent que près de 1 patient sur 5 atteint du VIH au Nigeria a également une infection hépatique.

Selon lui, le traitement du VIH sans traitement de l'hépatite concomitante n'a guère de sens. “Le VIH va aggraver les maladies hépatites et accélérer la passage à la chronicité et aux carcinomes hépatocellulaires. En d’autres termes, si l’on traite le VIH sans traiter l'hépatite, les bénéfices du traitement antirétroviral seront perdus, le malade traité pour le VIH mourra quand même".
 
Confronté à nouveau au problème de la disponibilité des médicaments innovants protégés par des brevets dans les pays en développement, Isabelle Meyer-Andrieux dit qu’il est temps pour les décideurs de remettre en question ce qui est devenu un problème récurrent avec chaque nouvelle molécule.

"L'histoire des hépatites aujourd'hui nous confronte au prix des médicaments innovants globalement. On a une question à se poser sur ce qu'on est prêt à payer pour une molécule innovante parce qu’aujourd'hui il s’agit d’un traitement pour l'hépatite C, demain ce sera un anti-cancéreux, après demain un nouvel antibiotique dont nous avons absolument besoin. On ne peut pas continuer à accepter, sans se questionner, des coûts exorbitants".