Afrique Sub-Saharienne

  • La vie en couple peut augmenter l’espérance de vie

    Dorcas Odhiambo

    06/10/15

Lecture rapide

  • Des chercheurs ont évalué l’impact de la vie conjugale sur la mortalité en zones rurales

  • Ils ont constaté que les gens entretenant des relations conjugales vivent plus longtemps

  • Cette étude a des répercussions sur les politiques sanitaires et la lutte contre les maladies

Une étude conclut que les hommes et les femmes ayant des partenaires avec qui ils vivent sous le même toit, maritalement ou non, ont un risque de décès inférieur à celui encouru par ceux qui ne sont pas en couple.
 
Les chercheurs auteurs du rapport affirment que même si d’autres études menées dans les pays à revenu élevé établissent un lien entre le mariage et un risque réduit de décès, elles ne rendent pas compte des effets des autres types de relations qu’entretiennent les hommes et les femmes sur la santé.
 
S’appuyant sur  des données démographiques collectées entre 2001 et 2011 dans la région du KwaZulu-Natal en Afrique du Sud, des chercheurs ont classé les personnes vivant en zones rurales dans l’un des trois groupes ci-après – les  personnes vivant seules, les partenaires vivant sous le même toit et entretenant des relations qu’ils qualifient eux-mêmes de conjugales, et les partenaires qui ne vivent pas sous le même toit – avant d’évaluer leur état de santé.
 
Les chercheurs affirment qu’il s’agit de la première étude menée sur le continent africain qui établisse un lien entre l’influence des relations sentimentales– qu’elles soient conjugales ou non – et la santé.
 
Nuala McGrath, co-auteure de l’étude et épidémiologiste à l’Africa Centre for Health and Population Studies  en Afrique du Sud, explique que son équipe a enregistré l’état matrimonial de 89 000 hommes et femmes, âgés d’au moins 20 ans.
 
Pour les hommes vivant sous le même toit avec leurs partenaires, le risque de décès est réduit de 38 à 66 %, et chez les femmes ce risque baisse de 37 à 80 %, selon les résultats de l’étude publiés le 7 août dans Journal of Epidemiology and Community Health .

La haute intensité des relations sociales sous le même toit qui caractérise les relations conjugales octroie aux hommes et aux femmes une meilleure protection contre la mortalité [décès]

Les auteurs
Revue d’épidémiologie et de santé publique

 
L’étude conclut que : "La haute intensité des relations sociales sous le même toit qui caractérise les relations conjugales octroie aux hommes et aux femmes une meilleure protection contre la mortalité [décès]".
 
Selon Nuala, McGrath, ces conclusions laissent entendre que les interventions sanitaires ciblant les couples peuvent constituer un précieux atout pour l’amélioration de la santé communautaire et offrent une approche complémentaire de ciblage des hommes et des femmes seuls séparément dans le cadre d’initiatives telles que les activités de conseil en matière de HIV, la prise en charge des maladies chroniques, et l’appui aux couples ayant des problèmes de santé.
 
Elle ajoute que l’étude n’indique pas aux gens s’ils doivent vivre en couple ou non, mais elle met en lumière l’importance des liens sociaux dans la réduction de la mortalité, et souligne que cette étude présente un certain intérêt en  Afrique subsaharienne et ailleurs, parce que le fait de se mettre en couple est une étape importante de la vie d’un individu dans tous les pays.
 
McGrath, qui est aussi professeure d’épidémiologie et de santé sexuelle à l’université de Southampton en Grande Bretagne, estime que le constat selon lequel les relations sociales peuvent contribuer à l’amélioration de la santé revêt de l’importance pour les professionnels de la santé et les décideurs.
 
Estelle Sidze qui est chercheuse associée à l’African Population Health Research Center au Kenya n’a pas participé à l’étude ; mais elle en convient et affirme que l’étude a des répercussions considérables sur la législation du mariage et sur les politiques sanitaires en Afrique du Sud et dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne.
 
Elle a confié à SciDev.Net que des études réalisées dans des pays comme le Japon et les États-Unis ont montré que le statut matrimonial a une influence sur le risque encouru par les femmes et les hommes de souffrir de maladies cardiovasculaires, du cancer, des maladies mentales et de maladies sexuellement transmissibles.
 
Estelle Sidze indique cependant que les conclusions de telles études, y compris celle qui vient d’être menée en Afrique du Sud, peuvent avoir un lien avec l’auto-sélection, notamment le fait que les gens en bonne santé sont plus susceptibles de se marier que les gens malades.
 
Elle ajoute qu’aujourd’hui dans plusieurs pays africains l’union libre est reconnue par la loi qui prévoit aussi la plénitude des droits pour les deux partenaires et les enfants.
 
"L’accent doit être mis sur les règles de "cohabitation sous le même toit" afin de protéger non seulement les droits légaux et sociaux des citoyens, mais aussi leur santé", recommande-t-elle.
 
Par ailleurs, il aurait été intéressant à son avis d’inclure dans les conseils prodigués aux patients les encouragements à se marier ou, à tout le moins, à avoir des relations de cohabitation stables ; surtout ceux exposés aux maladies cardiovasculaires qui représentent un risque croissant pour la santé en Afrique.