Afrique Sub-Saharienne

  • Le projet DESERTEC affecté par le retrait d’un partenaire clé

    Imogen Mathers

    08/07/13

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  • La Fondation DESERTEC a quitté le consortium Dii

  • Elle craint que les problèmes de gestion ne nuisent aux efforts d’exploitation des énergies des déserts

  • Mais les deux institutions continueront à travailler sur les énergies renouvelables du désert

Un projet international dont l’objectif est d’exploiter les énergies des déserts dans le monde pour produire l’énergie renouvelable vient de perdre l’un de ses partenaires de poids. 
 
Invoquant des « différends impossibles à régler », la Fondation DESERTEC, organisation internationale de la société civile qui œuvre pour la promotion de la production durable d’énergie  par l’exploitation des énergies des déserts – a rompu ses liens avec Dii (Desertec Industrial Initiative), le consortium industriel chargé de faire de la vision de DESERTEC une réalité.
 
« Durant les dernières semaines, plusieurs activités de Dii – en particulier les conflits au sein de sa direction -, ont eu un effet préjudiciable sur l’image de DESERTEC “, explique à SciDev.Net Thiemo Gropp, cofondateur de DESERTEC.
 
« Il y a eu tellement de titres de la presse et de querelles publiques que nous avons jugé opportun de nous séparer pour protéger l’idée et la marque DESERTEC », poursuit-il. Pour illustrer ses propos,  M. Gropp dit avoir lu dans les journaux des articles sur les accrochages entre les directeurs généraux d’organisations qui prétendent travailler sous les auspices de la Fondation.
 
Dans un communiqué de presse rendu public le 1er juillet, DESERTEC a aussi fait état de divergences entre Dii et la Fondation, au sujet de « stratégies et obligations futures et de problèmes de communication , et, dernier point d’achoppement et non des moindres, sur le style managérial de la direction de Dii ».  [1]
 
Et M. Gropp d’ajouter: « la Fondation DESERTEC veut également éviter d’être entraînée dans le maelstrom de publicité négative sur la crise de gestion et le dévoiement du consortium industriel ».  M. Gropp a en outre révélé à SciDev.Net qu’il va demander à Dii de cesser d’utiliser la marque DESERTEC.
 
Le concept DESERTEC, lancé en 2003, est fondé sur l’idée selon laquelle les vastes déserts du monde et les régions arides peuvent être exploités pour produire de l’énergie propre et renouvelable, surtout le solaire et l’éolien. En 2009, la Fondation a été lancée par des personnalités civiles, des hommes politiques, des scientifiques et des particuliers. 
 
La même année, le consortium Dii a été fondé par 12 entreprises, de concert avec la Fondation DESERTEC, afin de contribuer à la mise en œuvre du projet à travers l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Plus de 50 entreprises et institutions en sont membres à ce jour.
 
Approche verticale
 
 Mais il est reproché à Dii d’être trop eurocentrique et trop « verticale » dans son approche, de manquer de transparence et de ne pas suffisamment tenir compte des opinons des scientifiques locaux, et des intérêts et points de vue des populations locales dont la survie dépend du désert.
 
M. Gropp dit comprendre que les gens s’inquiètent du mode fonctionnement de Dii, mais la Fondation quant à elle, souligne-t-il, est restée fidèle à son crédo de départ consistant à collaborer avec les populations locales.
 
« Si vous regardez nos critères, la production d’énergie n’en est qu’un des piliers », explique-t-il. « Les autres critères sont les avantages locaux, la création d’emplois et l’impact socioéconomique. Pour nous, ils sont d’une importance capitale».
 
Fin 2012, le départ des entreprises allemandes Bosch et Siemens du consortium, ajouté aux rumeurs d’effritement du soutien des pouvoirs publics au projet, a poussé certains observateurs à dire que l’avenir de DESERTEC était en danger.
 
Les révolutions et l’instabilité politique qui ont touché certaines parties du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord au cours des trois dernières années ont également eu un effet déstabilisateur sur les projets et ébranlé la confiance des investisseurs.
 
Selon Gropp, il est difficile de préserver les opérations dans les pays actuellement en proie à l’instabilité. Par exemple, dit-il, un projet de DESERTEC en Tunisie fait face à de multiples problèmes : « à l’heure actuelle, sur les plans juridique et politique, il est impossible d’exporter l’énergie produite à partir de leurs centrales solaires ». 
 
Il ajoute : « Nous allons apporter notre soutien, s’il le faut, mais nous ne pouvons pas attendre que ces pays avancent avec DESERTEC. Par contre, nous mettrons l’accent sur d’autres pays ».
 
Par exemple, la Fondation est « très optimiste » quant au développement de ses opérations au Maroc et dans la Péninsule arabique et effectue déjà des percées en Amérique du Sud, surtout au Chili, poursuit-il.
 
Dii a rejeté une demande d’interview de SciDev.Net et n’a pas directement répondu à une demande de réaction aux inquiétudes de la Fondation au sujet de sa direction. Dans une déclaration transmise par courriel, le consortium déclare respecter la décision de la Fondation, mais estime que ce nouveau développement [n’affecte pas] le projet d’exploitation de l’électricité du désert ».
 
« La Fondation a une influence négligeable sur la détermination  des objectifs, de la stratégie et des activités de Dii. Les questions soulevées quant aux droits de propriété sur le nom de marque DESERTEC ne font pas avancer notre travail de fond et en profondeur. Nous préférons mettre l’accent sur la promotion de l’idée d’électricité du désert », conclut-il.
 
En attendant, même si la Fondation a quitté Dii, Gropp n’exclut pas « [la possibilité] qu’avec le temps, quand Dii aura retrouvé sa sérénité et se sera restructuré au plan interne, nous puissions nous asseoir à nouveau. Mais il doit, au préalable, régler ses problèmes de stratégie et de gouvernance ».