Afrique Sub-Saharienne

  • Résultats mitigés de la réduction de la malnutrition en Afrique

    Julien Chongwang

    05/09/17

Lecture rapide

  • Sénégal, Ghana et Rwanda ont les meilleurs résultats avec plus de 50% de réduction

  • Ces succès sont dus à des mesures politiques, programmatiques et institutionnelles

  • Les Etats devraient adopter une politique sur la nutrition et renforcer la recherche

Le Panel Malabo Montpellier publie ce mardi, 5 septembre 2017 à Abidjan, un nouveau rapport sur la faim en Afrique, à l’occasion de l’ouverture dans la capitale économique ivoirienne de l’Africa Green Revolution Forum (AGRF), le Forum sur la révolution verte en Afrique.
 
Intitulé "Nourished : How Africa Can Build a Future Free from Hunger and Malnutrition" (1), ce rapport constate que la proportion des personnes souffrant de la faim à travers le continent est passée de 28% à 20% de la population entre 1990 et 2015.
 
Malheureusement, il ne s’agit que d’une réduction en valeur relative. Car, de façon absolue, le nombre total de personnes affectées par la faim en Afrique continue d’augmenter, passant de 182 millions à 233 millions.

“L'insécurité, le déplacement et la perte d'actifs qui accompagnent les guerres ont un impact négatif sur la capacité des gens à accéder à suffisamment de nourriture.”

Joachim von Braun
Center for Development Research (ZEF)

Ce contraste est dû à "une croissance rapide de la population", indique le rapport qui regrette au passage que les progrès enregistrés soient de ce fait en deçà des attentes.
 
Les auteurs du rapport expliquent cette contre-performance par plusieurs facteurs au rang desquels la volatilité des prix des produits de base, la hausse des prix des denrées alimentaires et de l'énergie, l'augmentation des taux de chômage et de sous-emploi et les crises économiques mondiales.
 
Quoi qu’il en soit, le document indique que les pays qui ont réalisé le plus de progrès sont le Sénégal, le Ghana et le Rwanda, qui ont réduit la faim de plus de 50% durant la période considérée. Ils sont suivis d’un autre groupe de pays constitué de l’Angola, du Cameroun, de l’Ethiopie et du Togo, qui ont réalisé un taux de réduction de plus de 40%.
 
Le Panel Malabo Montpellier (2) est un groupe d’experts africains et européens (issus de domaines comme l'agriculture, l'écologie, la nutrition, les politiques publiques et le développement) qui guident les choix politiques pour accélérer les progrès vers la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique.
 
Il explique les progrès de ces sept pays, entre autres, par des actions politiques, institutionnelles et programmatiques initiées par les autorités.
 
Selon le texte, le Sénégal par exemple a lancé un Programme de renforcement de la nutrition dès 2002, en confiant sa mise en œuvre à des organisations travaillant déjà avec les communautés locales ; le Togo, pour sa part, a intégré la nutrition dans son Programme national de sécurité alimentaire.
 
Quant au Cameroun, il a élaboré en 2006 une politique alimentaire et nutritionnelle, intégrant la nutrition dans le Programme national de sécurité alimentaire et dans le Plan national d’investissement agricole.
 
Conflits
 
En outre, tous ces pays, à l’exception de l’Angola, sont membres du Scaling up Nutrition (SUN) Movement (3), le Mouvement pour le renforcement de la faim, qui a pour vocation le renforcement des engagements politiques et de la redevabilité pour lesdits engagements.
 
Dans un entretien accordé à SciDev.Net, Ousmane Badiane, directeur de l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) pour l’Afrique et co-président du Panel Malabo Montpellier, précise qu’au-delà de ces sept pays, c’est la majorité des pays du continent qui ont réduit la proportion de la faim.
 
Ousmane Badiane rappelle que "l'indice mondial de la faim de l'IFPRI révèle qu’en 2016, cinq pays africains dont quatre étaient en conflit, avaient un nombre "alarmant" de personnes souffrant de malnutrition, ce qui représente une réduction par rapport aux quinze pays qui étaient dans cette même situation en 2008".
 
En ce qui concerne les conflits, Joachim von Braun, directeur du Center for Development Research (ZEF) de l’université de Bonn (Allemagne) et coprésident du Panel Malabo Montpellier, déclare qu’ils sont "un facteur important de l'insécurité alimentaire, de la famine et de la faim en Afrique".
 
"L'insécurité, le déplacement et la perte d'actifs qui accompagnent les guerres ont un impact négatif sur la capacité des gens à accéder à suffisamment de nourriture. Notre étude montre qu'une fois que la guerre et les conflits sont surmontés, la sécurité alimentaire et nutritionnelle s'améliore rapidement", dit-il.
 
En tout état de cause, les deux hommes se montrent confiants en l’avenir et affirment que le rapport "décrit un certain nombre de réussites qui peuvent être reproduites à travers le continent, pour lutter efficacement contre la faim et la malnutrition".
 
Dès lors, le rapport prescrit aux pays un ensemble de recommandations parmi lesquelles l’adoption de façon prioritaire d’une politique sur la nutrition, le renforcement de la recherche sur l’agriculture et la nutrition et le soutien aux groupes de femmes.