Afrique Sub-Saharienne

  • La sécurité alimentaire passe par la diversité

    Anita Makri

    21/11/13

Lecture rapide

  • La sécurité alimentaire dépend de facteurs connexes qui vont au-delà d’une simple hausse de la production

  • Semences améliorées, stockage amélioré, réduction du gaspillage et diversification des cultures ont tous un rôle à jouer

  • Fournir suffisamment d’aliments à l’humanité passera par une approche multidimensionnelle

Relever le défi passe par des solutions variées – petites initiatives basées sur la technologie et recherche à long terme.
 
Le mois dernier, notre Dossier spécial s’intéressait à la question d’une production alimentaire durable, à savoir comment les agriculteurs peuvent produire plus de vivres avec des ressources limitées, et dans le respect de l’environnement.

Mais c’est une évidence, la question de la sécurité alimentaire ne se résume pas simplement à produire plus ou à la façon dont les agriculteurs exploitent leurs terres.
 
Prenons juste quelques conditions qu’il faut remplir pour s’assurer que les gens disposent d’aliments en quantité suffisante : des semences abordables, de bonne qualité et d’une haute valeur nutritionnelle ; un revenu suffisant des agriculteurs pour l’achat des semences et d’autres intrants nécessaires pour maintenir de hauts rendements ; et les connaissances, outils et pratiques pour prévenir la détérioration des cultures et les vendre à un prix équitable.
 
Pour la plupart des gens, toute lacune ou faiblesse dans cette chaîne (ou système), de la ferme à la table, peut être synonyme de prix élevés ou de mauvaise alimentation. Les enjeux sont autrement plus grands pour ceux qui vivent de l’agriculture dans le monde en développement.
 
De mauvaises récoltes peuvent réduire le revenu des agriculteurs.

Pour les petits producteurs, elles peuvent également compromettre la satisfaction des besoins alimentaires de la famille, être un facteur du mauvais état de santé, aggraver le risque de maladie et réduire la capacité des agriculteurs à travailler.

Pour leur progéniture, les effets sur la santé peuvent durer toute une vie.

La faim et la mauvaise nutrition peuvent ouvrir une spirale du handicap social - le mauvais état de santé réduit la capacité à obtenir les aliments nécessaires pour une croissance saine et le bien-être.
 
Une nutrition adéquate est tributaire non seulement de systèmes alimentaires qui fonctionnent bien, mais aussi des systèmes de salubrité et d’hygiène et de l’éducation des femmes - pour ne citer que deux exemples de liens entre la sécurité alimentaire et les autres problèmes de santé ou de développement.

 
Problèmes connexes, solutions variées
 

La série d’articles que nous publions cette semaine met en évidence ces liens et souligne le débat autour des stratégies pour accomplir des progrès en matière de sécurité alimentaire.

“Les prévisions selon lesquelles la croissance démographique va prendre la production agricole de vitesse seraient réductrices, mais le monde doit faire face aux systèmes de consommation non durables et s’assurer que la science peut mieux contribuer au renforcement de la sécurité alimentaire là où on en a le plus besoin.”

Anita Makri, SciDev.Net



Dans un article de synthèse, Michael Hoevel, consultant et ancien directeur adjoint d’Agriculture for Impact à l’Imperial College de Londres, explique les phénomènes connexes mais distincts qui contribuent à la sécurité alimentaire – et établit la différence entre l’insécurité alimentaire et la faim, des termes souvent utilisés mal à propos et confondus. Michael Hoevel passe également en revue les initiatives prises par la science et la technologie et qui contribuent à garantir l’accès à des aliments nutritifs en quantité suffisante dans le monde en développement.
 
Dans un article d’opinion, Joe DeVries, de l’Alliance pour une Révolution verte en Afrique (AGRA), soutient que les semences des variétés à haut rendement sont un « catalyseur du changement » qui permet de sortir les sociétés traditionnellement agraires de la faim et de la pauvreté – à condition que les agriculteurs démunis des régions reculées y aient accès.

Joe DeVries présente un modèle efficace de fourniture de semences mis en œuvre dans les pays africains et qui a été conçu en partenariat avec des hommes d’affaires locaux et des associations d’amélioration des espèces.
 
Mais il y a aussi ceux qui estiment que le monde produit déjà assez de nourriture et qu’il faut juste la distribuer de manière plus efficace, plus équitable et en gaspillant moins.

Digvir Jayas, spécialiste en stockage des grains, avance de solides arguments pour que la réduction du gaspillage soit érigée en priorité de la politique. Investir davantage dans le stockage bien géré pour préserver les récoltes de céréales peut réduire considérablement les pertes, affirme-t-il, et permettre d’économiser plusieurs milliards de dollars et nourrir 1,35 milliard de personnes.
 
Mais qu’il s’agisse de semences améliorées ou de la réduction des pertes de récoltes, les petits producteurs ont besoin d’être soutenus et de recevoir des conseils qui reposent sur des preuves. Mais pour Rikin Gandhi, boursier du programme TED Fellows, c’est à ce niveau que les politiques publiques, les systèmes de vulgarisation et les approches traditionnelles de communication ont tendance à faire défaut.

Ghandi explique comment Digital Green, l’entreprise qu’il dirige et dont il est le cofondateur, adopte une stratégie participative pour une formation par vidéo qui exhorte les agriculteurs, surtout les femmes, à adopter les nouvelles pratiques.
 
Dans un article de fond où il souligne l’importance des mesures comme la diversification des cultures et de l’alimentation , ainsi que l’amélioration de la valeur nutritionnelle des cultures, Jan Piotrowski conclut que l’élaboration de nouvelles stratégies de diffusion des connaissances et d’appui constant à la recherche a un rôle essentiel à jouer dans toute initiative de renforcement de la sécurité alimentaire.

 
Des preuves et de l’action
 

Le débat autour de la sécurité alimentaire dans le monde en développent se focalise sur la malnutrition, mais la surnutrition et l’obésité sont en hausse dans certaines régions. Ces deux fléaux sont un indice des problèmes du système alimentaire.
 
Les experts qui mettent l’accent sur la nécessité de renforcer les liens entre la nutrition et l’agriculture estiment que la collecte de données pour l’orientation de politiques efficaces est une priorité.
 
Mais ces diverses stratégies nécessitent des niveaux d’investissement variés, avec des résultats dans des délais variables.

Par exemple, prouver l’efficacité des semences améliorées peut nécessiter plusieurs années. Le développement de nouvelles technologies de séchage des aliments ou la mise en place de systèmes de fourniture des semences nécessiteront aussi du temps, même si l’innovation peut réaliser des percées inattendues.
 
Cependant, il y a des actions que nous pouvons entreprendre dès aujourd’hui, avec les connaissances actuelles.

Le travail effectué par Digital Green en Inde en est une parfaite illustration – sans négliger les hommes et les partenariats, il utilise les nouvelles technologies pour combler les défaillances habituelles de la communication sur les connaissances agricoles et s’appuie sur le rôle central joué par les femmes dans la sécurité alimentaire.
 
Et grâce à la formation et aux microtechnologies proposées par l’ONG Practical Action, une communauté pauvre de Bolivie ajoute de la valeur au quinoa qu’elle produit, afin d’améliorer la nutrition et, surtout, transformer le rôle des femmes au sein de la communauté. 
 
Et Haddad suggère quelques initiatives que les pays peuvent prendre, notamment les « audits nutritionnels » des activités agricoles, avec un accent sur les zones de malnutrition aux cas où les marchés ne fonctionneraient pas bien, tout en explorant les opportunités telles que la biofortification.

 
Explorer toutes les pistes
 

Les prévisions selon lesquelles la croissance démographique va prendre la production agricole de vitesse seraient réductrices, mais le monde doit faire face aux systèmes de consommation non durables et s’assurer que la science peut mieux contribuer au renforcement de la sécurité alimentaire là où on en a le plus besoin.

Pour y parvenir, nous devons canaliser toute notre ingéniosité et utiliser tous les outils disponibles.
 
Les centres d’intérêt des articles varient, mais toute la série laisse croire que les scientifiques et les praticiens du développement ne sauraient faire fi des pistes crédibles – qu’il s’agisse de semences améliorées, de la réduction du gaspillage, ou de la diversification des sources – si nous voulons relever le défi de nourrir environ 9,6 milliards d’êtres humains d’ici à 2050.

En élaborant les politiques, nous devons accorder à la diversité l’importance qu’elle revêt, ou devrait revêtir, dans les champs.
 
Anita Makri
Rédactrice en chef chargée des opinions et des dossiers spéciaux, SciDev.Net
@anita_makri

Cet article est une composante du dossier de SciDev.Net sur la sécurité alimentaire.