Afrique Sub-Saharienne

  • Analyse : l’Afrique doit accompagner la recherche sur la tuberculose

    Linda Nordling

    28/06/13

Lecture rapide

  • Des chercheurs sud-africains recourent aux opportunités locales pour étudier la tuberculose

  • Des organismes de recherche internationaux sont attirés par une législation favorable et des établissements universitaires de niveau décent

  • Les pays africains ont besoin de financer des infrastructures d'essais cliniques

Selon Linda Nordling, même si des organismes internationaux offrent de réelles opportunités de recherche, le financement des pays africains est nécessaire pour préparer le terrain.

Il y a une vingtaine d’années, il n'y avait pas d’emploi dans le secteur de la recherche pour des gens comme Dereck Tait, ressortissant sud-africain qui travaillait à l’époque dans l’industrie pharmaceutique britannique, dans son pays d’origine.
 
Mais l’an dernier, Tait est devenu directeur du développement clinique dans la représentation africaine d’Aeras, une organisation à but non lucratif travaillant sur les vaccins contre la tuberculose (TB). De sa base de Cape Town, Tait dirige un projet qui devrait être lancé cette année, pour tester l'efficacité d'un nouveau vaccin (M72/AS01E) au Kenya, en Afrique du Sud et en Zambie.

"Beaucoup plus d'argent va dans la recherche maintenant", dit-il.

Tait n'est pas le seul chercheur dans le secteur de la tuberculose, à être retourné en Afrique du Sud, au cours des dernières années. Le pays a un des taux les plus élevés de prévalence de la maladie dans le monde et la résistance aux médicaments y est répandue, ce qui en fait un endroit idéal pour la recherche scientifique.

Un autre Sud-Africain, Willem Hanekom, a été formé aux Etats-Unis et y a travaillé, avant de revenir en 2005 dans son pays pour y occuper le poste de directeur de l'Initiative pour un vaccin contre la tuberculose en Afrique du Sud (SATVI), à l'Université de Cape Town. Son université a accueilli le troisième Forum mondial sur les vaccins contre la tuberculose, au mois de mars dernier (25-27 Mars) – c’était la première fois que cette réunion avait lieu en Afrique.

Et, l'an dernier, l'Institut médical Howard Hughes a ouvert les portes de son nouvel Institut de recherche du KwaZulu-Natal pour la tuberculose et le VIH (K-Riss) à Durban, sur la côte est de l'Afrique du Sud. Il s'agit du premier laboratoire de l'institut à l'extérieur des États-Unis.


La recherche moderne


Ces chercheurs ne se contentent pas de mener des essais cliniques. K-Riss et SATVI mènent également des recherches de haut niveau qui, jusqu'à récemment, ne se retrouvaient que dans les laboratoires américains et européens.

L'intérêt croissant des organismes de recherche internationaux et des bailleurs de fonds pour la délocalisation de leurs travaux en Afrique est une grande opportunité pour le continent. Mais pour en tirer profit, les gouvernements africains doivent investir dans les infrastructures de base nécessaires pour la recherche scientifique.

Ce n'est pas seulement le fardeau de la maladie qui fait de l'Afrique du Sud un pays attrayant pour la recherche scientifique dans le domaine de la tuberculose; les universités bien dotées en ressources du pays, les routes décentes et des lois relativement favorables à la recherche y sont également pour quelque chose. Le gouvernement sud-africain a joué un rôle dans la création de ces conditions favorables pour l'investissement. Mais il pourrait faire plus.

Il consacre près de 600 millions de dollars par an au traitement et à la prévention de la tuberculose. Mais en comparaison, ses dépenses en R&D [recherche et développement] sur la maladie constituent une somme dérisoire, selon une étude menée par David Walwyn, expert en gestion de la technologie à l'Université de Pretoria, publiée cette année dans la revue Health research Policy and Systems. [1]

David Walwyn soutient que le gouvernement sud-africain devrait faire passer ses dépenses annuelles en R​​&D sur la tuberculose, de 3 millions de dollars à plus de 90 millions de dollars US. Selon lui, le pays amortirait cet investissement, en ayant des traitements plus efficaces et moins coûteux, grâce aux revenus provenant de nouveaux médicaments et en créant des emplois dans les industries chimiques, pharmaceutiques et les soins de santé.


Investissement rentable


Il est probablement irréaliste de s'attendre à ce que le gouvernement sud-africain augmente son budget de lutte contre la tuberculose et pour la R&D aux niveaux que David Walwyn suggère. Mais même un petit supplément pourrait permettre d’obtenir des résultats tangibles.

Une priorité pour le pays devrait être d'investir dans son infrastructure d'essais cliniques. Dans le passé, des organisations telles que Aeras ont eu tendance à établir leurs propres sites d'essais, en en assurant la maintenance – tout en s’occupant des dizaines de personnes qu'elles employaient – dans les périodes d’inactivité, entre deux la fin d’un projet et le début d’un autre. Mais aujourd’hui, Aeras a cessé cette pratique, ce qui signifie que de l’expertise est dispersée après chaque projet.

Dans le même temps, la demande pour les sites d'essais cliniques est en pleine expansion. Non seulement en ce qui concerne la tuberculose, mais aussi dans d'autres domaines de la recherche et, notamment le paludisme et le VIH / SIDA. Certains des chercheurs participant, le mois dernier, au forum mondial pour un vaccin contre la tuberculose, se sont dits préoccupés par la pénurie de sites.

Le gouvernement sud-africain devrait investir plus d'argent dans la viabilité à long terme des sites d'essais cliniques du pays. Il est également nécessaire de coordonner les recherches sur les différentes maladies, de sorte que les sites d'essai puissent être utilisés par d'autres projets, dans les périodes d’inactivité.

La même chose vaut pour le reste de l'Afrique. Les investissements dans les infrastructures physiques telles que les routes, l’accès à l’Internet et l'approvisionnement en électricité se multiplient rapidement dans de nombreuses villes africaines.

Comme l'Afrique du Sud, d'autres pays devraient bénéficier du renforcement de leur capacité à accueillir la recherche clinique, ce qui leur permettrait de puiser dans le flux d'expertise et de financements de la recherche en provenance du Nord et des économies émergentes comme la Chine et l'Inde.


Un véritable partenariat


Dans le passé, de tels investissements venaient sous la forme d’un système dans lequel les donateurs étrangers ou des instituts de recherche utilisaient les scientifiques locaux à court d'argent comme de simples collecteurs d'échantillons ou des assistants sur le terrain.

Mais des initiatives telles que K-Riss estiment que ce temps est révolu. Les investissements viennent maintenant avec un désir sincère de renforcer les capacités locales de recherche, en partenariat avec des institutions africaines.

Toutefois, les pays africains n’en bénéficieront que s’ils créent des conditions propices à l’épanouissement de la recherche, telles que les possibilités de carrière claires pour les universitaires locaux dans les instituts et universités financés par des fonds nationaux.

Ce serait une erreur désastreuse pour les gouvernements africains de penser que le financement international dans la recherche clinique les exonère de leurs propres responsabilités.
 
La journaliste Linda Nordling, basée à Cape Town, en Afrique du Sud, est spécialiste des questions de politique de recherche scientifique en Afrique, d'éducation et de développement. Elle était rédactrice en chef et fondatrice de Research Africa et écrit pour SciDev.Net, Nature, etc.