Afrique Sub-Saharienne

  • L’Afrique face à la transformation digitale

    Bilal Tairou

    22/02/17
SELON Internet World Stats, l’Afrique compte plus de 340 millions d’utilisateurs d’Internet, pour une population de 1.2 milliard de personnes (1), ce qui représente un taux de pénétration de 28,6% (2). Ces chiffres montrent clairement que l’Afrique est entrée de plain-pied dans l’ère du numérique et se retrouve, à maints égards, aux avant-postes de la transformation numérique.
 
Aujourd’hui, il n’est guère de domaine de l’activité humaine où le numérique n’ait son mot à dire.
 
Les participants à l’IT Forum Sénégal, organisé ce 21 février 2017 à Dakar, ont unanimement reconnu ce rôle prééminent du numérique dans la transformation des économies africaines.
 
La septième édition de ce rendez-vous des acteurs du monde digital de plusieurs pays de la sous-région avait pour thème "le Sénégal et l'Afrique face aux enjeux de la transformation digitale et de la transition énergétique" et engageait les participants à réfléchir sur le concept de transformation digitale et ses implications pour les économies africaines.

Pour Djibril Sow, expert en transmission de données et sécurité de l'Information à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, "la transformation digitale consiste fondamentalement en la dématérialisation des processus".
 
Au-delà de cette simple dématérialisation, la transformation digitale inclut aussi toute une gamme de corollaires gravitant autour de la galaxie numérique, tels que l’Internet des Objets (IdO) (3) et le big data. (4)

L'État a deux rôles clés dans la transformation digitale : celui d’État acteur et celui de régulateur.

André Grissonanche
Expert en sécurité des systèmes 

Pour planter davantage le décor, Cheikh Bakhoum, directeur de l'Agence de l’Informatique de l’Etat du Sénégal (AIDE),  estime que "quand on parle d'économie numérique, les données représentent la monnaie", tandis que Abdou Samb, président du cabinet FRS, une structure de financement de l’innovation, se fait pour sa part plus radical, en affirmant qu'à terme, on ne parlera plus d'économie numérique, mais d'économie tout simplement, car tous les objets et systèmes graviteront autour du numérique. 
 
Abdou Samb estime en effet que les objets connectés représenteront "80% des objets existants dans dix ans et dont on n'a pas encore idée". 
 
Si la transformation digitale, plus qu'un souhait, s'impose aujourd'hui aux gouvernements, les participants précisent que certaines conditions doivent être réunies pour la rendre possible.
 
Tous les intervenants s'entendent en effet sur le fait que la connectivité, l'énergie et une bonne réglementation constituent les facteurs clés du succès de la transformation digitale. 
 
Sécurité
 
Outre la satisfaction de ces conditions, un autre élément qui constituerait un frein à la transformation digitale est la sécurité, à en croire Brahim Cissé, du club DSI du Sénégal (4).
 
Selon lui, "les individus craignent à cause de la protection des données".
 
Djiby Sow, qui ne partage pas cet avis, estime qu'il existe déjà des technologies nécessaires pour régler le problème de la confiance numérique, et qu'il suffit donc juste de se les approprier.
 
L'intéressé fait notamment allusion à la Blockchain, cette infrastructure virtuelle qui a permis la création du bitcoin.
 
Créée depuis 2008, la Blockchain a aujourd'hui pris son indépendance vis-à-vis du bitcoin et s'applique à presque tous les secteurs.
 
"Les acteurs de presque tous les secteurs devraient se rapprocher de plus près de cette révolution que constitue la Blockchain", conseille-t-il.
 
"La traçabilité, l'inviolabilité et la contrôlabilité des opérations constituent les principes de base de la Blockchain", estime Djiby Sow, qui rassure donc que c'est une technologie qui "garantit une e-gouvernance parfaite en termes de confiance numérique".
 
Djiby Sow pense plutôt que, contrairement à la question de la confiance numérique, c'est plutôt une "décision forte du management au plus haut niveau qui rendra la transformation digitale effective."
 
Il estime que "si les leaders au plus haut niveau de l'État décident de vivre uniquement dans le numérique et de ne plus traiter le support papier par exemple, la décision sera actée et irriguera tous les autres services jusqu'au plus bas niveau".
 
Une idée sur le rôle de l'État dans ce processus, que vient corroborer l'expert en sécurité informatique André Grissonanche, consultant, auditeur et expert spécialisé en sécurité des systèmes d'information et en gestion des risques, lorsqu'il dit que "l'État a deux rôles clés dans la transformation digitale : celui d’État acteur et celui de régulateur".
 
Jean-Jacques Moulin, directeur général de Sofrecom, une filiale du groupe Orange spécialisée dans le conseil et l’ingénierie télécom, rassure pour sa part les plus sceptiques qui craignent que la transformation digitale n’ait un impact négatif sur le capital humain, en faisant disparaître des métiers.
 
"Il y a des métiers qui vont disparaitre, mais ils seront remplacés par d'autres plus valorisants", a-t-il fait valoir, avant de conclure en invitant à multiplier ce genre de rencontres pour informer et surtout sensibiliser.