Afrique Sub-Saharienne

  • Nouvelle percée dans la lutte contre la TB

    Esther Nakkazi

    13/03/17

Lecture rapide

  • Deux nouveaux médicaments pourraient permettre de traiter efficacement les patients atteints de TB-MR

  • Des régimes impliquant l'utilisation des médicaments ont permis de réduire la durée du traitement de deux ans à six mois

  • Un expert estime que ces médicaments pourraient réduire la charge de travail des médecins

[KAMPALA] Deux nouveaux régimes thérapeutiques ont montré des signes prometteurs pour le traitement des patients souffrant de la tuberculose résistante aux médicaments (TB).
 
Les derniers chiffres de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) montrent que parmi les patients qui ont accès aux traitements, seule la moitié de ceux qui souffrent de la tuberculose multi-résistante et 28% de ceux souffrant de tuberculose extrêmement résistante sont guéris.
 
Selon Mel Spigelman, président de la Global Alliance for TB Drug Development (l'Alliance mondiale pour le développement d'antituberculeux - TB Alliance), les deux nouveaux protocoles - BPal et BPaMZ - promettent d'être plus simples et plus abordables en raison notamment de la durée plus courte du traitement, notamment pour les patients souffrant de tuberculose à bacilles multirésistants (MDR-TB) et de tuberculose ultra résistante (XDR-TB).

“Ce sont des traitements prometteurs pour toutes les formes de tuberculose.”

Alphonse Okware
Hôpital Mulago, Ouganda

 
Les régimes thérapeutiques impliquent de nouveaux médicaments, la bédaquiline de Janssen (B) et le médicament candidat Pretomanide (Pa) de la TB Alliance en association avec quelques médicaments antituberculeux.
 
Les résultats préliminaires des essais impliquant les schémas thérapeutiques ont été présentés le mois dernier, lors de la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes aux États-Unis.
 
Le traitement de la tuberculose multirésistante peut prendre de neuf mois à plus de deux ans et est coûteux, tandis que le traitement de la tuberculose ultra résistante (XDR) n'a pas de norme de soins et les patients sont souvent traités pendant des années.
 
Aujourd'hui, le traitement pour les patients pharmacorésistants peut être réduit à environ quatre à six mois, tandis que le même régime pourrait traiter la plupart des cas de tuberculose à bacilles résistants au bout de six mois contre deux ans auparavant, ajoute Mel Spigelman.
 
Deux essais sont en cours en Afrique subsaharienne. Le traitement par BPaL est composé de bédaquiline (B), de prétomanide (Pa) et de linézolide (L) et est utilisé dans l'essai Nix-TB tandis que l'essai NC-005 a un schéma BPaMZ comprenant de la bédaquiline, de la prétomanide, de la moxifloxacine (M) et de la pyrazinamide Z).
 
Le Nix-TB, un essai de phase III a débuté en mars 2015 et se poursuit en Afrique du Sud. Il concernait des patients n'ayant pas d'autres options de traitement disponibles parce que tous les autres médicaments antituberculeux avaient échoué.
 
Selon l'Alliance TB, l'essai a montré que la tuberculose a été dépistée dans l’expectoration de la plupart des patients atteints de TB-XDR ou de TB-MR intolérante au traitement qui ont achevé six mois de traitement par BPaL par voie orale.
 
L'essai NC-005 a débuté en octobre 2014 et a passé la phase de suivi en février 2016 dans sept sites d’Afrique du Sud, deux de Tanzanie et un de l’Ouganda, avect 240 patients inscrits pendant huit semaines.
 
Les résultats préliminaires montrent que BPaMZ est efficace dans le traitement de presque tous les cas de tuberculose résistant aux médicaments et la plupart des cas TB-MR.
 
"Ce sont des traitements prometteurs pour toutes les formes de tuberculose", explique Alphonse Okware, responsable du Centre national de traitement des cas de tuberculose à l'Hôpital Mulago, en Ouganda.
 
Alphonse Okware estime par ailleurs que les nouveaux médicaments bénéficieront aux patients en éliminant les admissions aux hôpitaux pour des injections quotidiennes, permettant ainsi d’économiser des ressources.
 
Et cela améliorera les taux de guérison et réduira le nombre de cas de tuberculose, ce qui se traduira par une faible charge de travail pour les médecins.