Afrique Sub-Saharienne

  • Ebola : le salut qui vient d’un vaccin non encore homologué

    Julien Chongwang

    10/08/18

Lecture rapide

  • L’utilisation en anneau du rVSV-ZEBOV a beaucoup enrichi la communauté des chercheurs

  • Bien que ce vaccin ne soit pas encore approuvé, tout le monde s’accorde sur son efficacité

  • Tous les regards sont à présent tournés vers son fabricant qui doit le faire homologuer

Après ses essais, puis son utilisation lors de l’épidémie d’Ebola qui a endeuillé l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, le candidat vaccin rVSV-ZEBOV est en ce moment même en train d’être utilisé pour stopper la nouvelle épidémie qui vient de se déclencher au Nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC).
 
Un communiqué publié ce mercredi, 8 août, par le ministère de la Santé de la RDC annonce que 3220 doses de ce vaccin sont disponibles et que des doses supplémentaires ont été commandées en réponse à cette dixième épidémie pour laquelle on a déjà enregistré 44 cas, dont 17 confirmés, 27 cas probables et 36 décès.
 
"Le fait que ce vaccin n’ait pas encore été approuvé par les autorités réglementaires est la raison pour laquelle sa distribution en RDC doit être utilisée comme vaccin expérimental et non comme un vrai vaccin", observe Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) aux Etats-Unis. 

“Bien que le vaccin n'ait pas encore été officiellement approuvé par un processus réglementaire complet, il n'y a pas d'alternative viable et il s'est révélé suffisamment sûr et efficace pour être recommandé”

Mike Ryan, sous-directeur général, OMS

A l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Mike Ryan, sous-directeur général pour la préparation et l'intervention d'urgence, met l’accent sur le caractère "compatissant" de l’usage de ce produit.
 
"En raison des résultats de l'essai en République de Guinée, le vaccin contre le virus Ebola, rVSV-ZEBOV, qui doit encore être homologué, a été recommandé pour un usage compatissant lors d'épidémies", indique-t-il.
 
Interrogé par SciDev.Net, l’intéressé explique : "Cela signifie que, bien que le vaccin n'ait pas encore été officiellement approuvé par un processus réglementaire complet, il n'y a pas d'alternative viable et il s'est révélé suffisamment sûr et efficace pour être recommandé".
 
On n'est pas loin de cette même posture chez Médecins sans frontières (MSF) où Iza Ciglenecki renchérit en disant que "ce vaccin a jusqu’ici montré de bons résultats en termes d’efficacité et d’innocuité lors des essais cliniques".
 
La Coordinatrice de la recherche opérationnelle de MSF à Genève ajoute que "ce vaccin fournit désormais un outil supplémentaire important pour répondre aux épidémies virales, avec d'autres piliers de contrôle des épidémies, notamment la surveillance et la sensibilisation communautaire".
 
Cependant, l'intéressée ne sait pas encore s’il faut attribuer à ce vaccin la rapide maîtrise de la neuvième épidémie d’Ebola en RDC qui a duré de mai à juillet 2018.
 
"La situation récente en RDC était très différente de celle de l'Afrique de l'Ouest en 2014-2016. L’épidémie en RDC a été marquée par une réaction internationale absolument massive dans les trois premières semaines qui ont suivi la déclaration de l’épidémie", justifie Iza Ciglenecki.
 

Essais

Anthony S. Fauci rappelle que le rVSV-ZEBOV avait subi un certain nombre d’essais avant l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest.
 
"Comme il ne s'agissait pas d'un essai contrôlé par placebo, il était difficile de déterminer avec certitude son efficacité", dit-il, ajoutant que "toutes les indications suggéraient fortement que ce vaccin était utile pour prévenir la propagation du virus Ebola".
 
"Pour cette raison, les connaissances acquises au cours de l’épidémie en Afrique de l’Ouest sont appliquées dans l’épidémie actuelle en RDC", souligne le directeur du NIAID.
 
Parmi ces leçons, le chercheur américain cite l’intérêt de la vaccination en anneau. "C’est une vaccination ciblée qui protège la population touchée en ciblant les personnes les plus exposées au risque d'infection", explique Mike Ryan de l’OMS.
 
"Il s’agit notamment des contacts des cas confirmés et des contacts de ces contacts. Cela signifie qu'environ 150 personnes sont vaccinées pour chaque cas confirmé", précise cette source.
 
Cette vaccination s’adresse enfin aux agents de santé de première ligne et aux autres personnes potentiellement exposées au virus, notamment les travailleurs de laboratoire, les équipes de surveillance et les personnes responsables d'inhumations dans la dignité.
 

Réponse rapide

Par conséquent, relève Anthony Fauci "le vaccin n'est pas utilisé sur une personne déjà infectée par le virus Ebola". Une déclaration confirmée par Mike Ryan qui dit que "les personnes déjà infectées au moment de la vaccination développeront malheureusement la maladie".
 
A l'arrivée, "la mise en œuvre de la vaccination en anneau aux premiers stades de l'épidémie a eu un effet innovant. Outre la reconnaissance précoce et la réponse rapide, elle a fourni une opportunité supplémentaire de contribuer à enrayer la propagation du virus", affirme Iza Ciglenecki.
 
Pour MSF, l'objectif est désormais clair et consiste à comprendre le rôle de ce type de vaccin en tant qu'outil de lutte contre les épidémies.
 
"Idéalement, la vaccination fera partie de toutes les réponses futures à Ebola. Il est important que cette expérience soit partagée afin que les populations, les ministères de la Santé, l’OMS et d’autres acteurs puissent apprendre pour l’avenir", soutient d’ores et déjà la coordinatrice de la recherche opérationnelle de l’organisation.
 
Mike Ryan abonde dans le même sens lorsqu’il affirme que rVSV-ZEBOV est un outil supplémentaire important dans la gestion des épidémies d’Ebola et une étape majeure pour la santé publique mondiale dans la mesure où il a insufflé un sentiment d’espoir dans les communautés touchées".
 
"Nous avons mieux utilisé les outils dont nous disposons pour lutter contre Ebola, à savoir une surveillance rigoureuse pour nous assurer que nous savons où le virus se propage ; un engagement communautaire pour assurer la sensibilisation et le besoin de sépultures sûres et de soins attentionnés pour soigner les malades et prévenir toute transmission ultérieure", indique le cadre d'OMS.
 

Homologation

Reste à présent la question de l’homologation dudit vaccin. "C'est le rôle du fabricant de le faire enregistrer et donc de le rendre disponible pour une utilisation en santé publique", réagit Iza Ciglenecki de MSF.
 
"Nous pensons qu'il est de sa responsabilité de mettre ce vaccin sur le marché le plus rapidement possible afin de sauver des vies à l'avenir", poursuit-elle.
 
"Le vaccin n’a pas encore été approuvé parce quel’essai original dans lequel il a été utilisé en Afrique de l’Ouest n’était pas l’essai typique contrôlé par placebo", croit savoir pour sa part Anthony Fauci du NIAID.
 
"C’était une étude de vaccination en anneau qui, certes, a montré fortement que le vaccin fonctionne. Mais il n'a pas eu le type de preuve que l’on obtient habituellement avec un essai contrôlé randomisé", dit-il.
 
Le chercheur américain se montre néanmoins confiant parce que, dit-il, au fur et à mesure que les informations sont réunies sur ce vaccin, suffisamment de données vont être accumulées pour que les autorités réglementaires l’approuvent.